Rudo et Cursi est un véritable projet familial, d’autant plus que l’un des producteurs
Alfonso Cuarón est mon frère et que les deux autres Alejandro González Iñárritu et
Guillermo Del Toro sont deux amis très proches, que les deux acteurs principaux, Diego et Gael, sont mes copains, et que j’ai tissé des liens très forts avec le reste de l’équipe. Nous avons créé une grande famille où nous avions tous le même objectif. Je me suis senti très entouré. Non seulement mes producteurs m’ont donné les moyens financiers de mener le projet à bien, mais ils m’ont fourni de précieux conseils artistiques. Quant au choix du directeur de la photo, j’ai d’abord pensé à faire appel à plusieurs Mexicains avec qui j’ai déjà travaillé, mais aucun d’entre eux n’était disponible. Lorsque j’en ai parlé aux producteurs, ils m’ont conseillé d’élargir mes horizons.
Adam Kimmel figure parmi les nombreux chefs-opérateurs du monde entier que j’ai rencontrés, et il m’a fait plusieurs suggestions très intéressantes.
C’est un génie de la lumière. Je souhaitais travailler avec le chef-décorateur
Eugenio Caballero depuis longtemps. Je lui avais parlé du projet il y a quelque temps, mais il ne m’avait pas pris au sérieux. Après cela, j’ai essayé de le trouver, mais il s’apprêtait à parti à Los Angeles où il était cité à l’Oscar. Juste avant son départ, j’ai réussi à le joindre pour lui dire que j’aimerais qu’il travaille sur mon film, et je lui ai envoyé mon scénario. A son retour, il m’a rappelé pour me dire qu’il avait adoré le scénario et qu’il souhaitait participer au film. Sur le tournage, il s’est montré extrêmement attentif aux détails et aux textures pour imaginer un univers parallèle à la réalité de la ville de Mexico, tout en lui étant très proche. J’ai découvert la musique de Felipe Pérez Santiago lorsque j’étais en pleine écriture du scénario. Je conduisais tout en écoutant la radio et j’ai alors entendu un morceau à la fois moderne et original, écrit par un «jeune compositeur mexicain». Au moment de la post-production, j’ai demandé à la superviseuse musicale
Annette Fradera de me mettre en contact avec Felipe car j’avais l’impression qu’il pouvait nous proposer quelque chose d’intéressant. J’ai bien aimé faire le pari de travailler avec un musicien inconnu, mais très à l’aise avec la musique de chambre et électro-acoustique. Je lui ai demandé de nous écrire une partition proche d’un concert pour cordes et accordéon. C’était un risque énorme, mais cela m’a plu. Ce qui m’a intéressé chez Diego et Gael, c’est de leur offrir des rôles à contre-emploi. Au départ, Diego se sentait plus proche de «Cursi» et Gael de «Rudo». Mais je trouvais plus intéressant d’aller contre leur nature profonde.
Guillermo Francella (Batuta) est le plus grand comédien de Buenos Aires. J’ai été surpris qu’il accepte de participer aux auditions, et puis j’ai été étonné par sa grande humilité sur le plateau. Il a totalement compris que je n’étais pas intéressé par Francella le comédien, mais par sa vérité humaine. Et c’est exactement ce que l’on a obtenu : un Batuta crédible de bout en bout. Pour les autres comédiens, je voulais des visages beaucoup moins connus que pour les trois premiers rôles. Quand j’ai dit à
Dolores Heredia (Elvira) que je souhaitais la vieillir, et qu’elle ait des cheveux blancs, elle a trouvé que c’était une idée formidable car cela ne lui ressemble pas du tout ! Pour le reste des personnages, j’ai fait appel à des acteurs qu’on a très peu vus au cinéma, parce que je voulais être fidèle au réalisme du scénario. J’ai limité les effets de montage par souci de réalisme. Au départ, il y quelques plans panoramiques et puis de moins en moins, jusqu’au troisième acte où j’ai souhaité plonger dans l’intimité des personnages : au départ, on est dans la plantation de bananes et, très progressivement, la caméra se rapproche en gros plans des personnages jusqu’à ce qu’on cadre leurs yeux. Au montage, je tenais à ce qu’il n’y ait pas de baisse de rythme. Il ne faut pas perdre une seconde. Du coup, dès qu’une scène est terminée, on passe à la suivante, et ainsi de suite, pour donner le sentiment qu’on ne relâche jamais la tension.