Notes de Prod. : Rudo et Cursi

    en DVD le 12 Janvier 2011

Le point de vue des comédiens

Gael Garcìa Bernal, Diego Luna, Guilllermo Francella

[GGB:] En réalité, les deux personnages se définissent par la dualité. Je crois que Tato finit par devenir beaucoup plus dur que Beto. S’il est surnommé «Le Doux», c’est parce qu’il aime la musique et la magie, et qu’il est passionné. Il aspire à devenir célèbre, à gagner de l’argent, à conquérir l’amour de sa mère, à ne plus travailler à la plantation de bananes et par-dessus tout à chanter. Il veut devenir un chanteur célèbre. Par ailleurs, c’est un excellent footballeur : il a du talent, mais cela ne le passionne pas. C’était très intéressant de jouer sur ces différents paramètres.

[DL:] Il m’a fallu pas mal de temps pour découvrir le personnage et trouver les repères qui me permettent de m’y attacher. Nous nous sommes rendus à Cihuatlán (dans l’Etat de Jalisco) pour y rencontrer ceux qui travaillent dans les plantations de bananes, ce qui s’est avéré très utile. Ils nous ont raconté leurs journées, et nous avons mieux compris l’origine des personnages. Il était essentiel de cerner les enjeux du personnage : comprendre les raisons de son bégaiement et son sentiment d’insécurité lié au besoin d’être accepté par sa mère car Beto a l’impression de ne jamais avoir été accepté par elle. On croit que c’est un dur, mais en fait, c’est un homme tendre qui n’a qu’une faiblesse : l’adrénaline que lui procure le jeu. C’est un rôle très différent de tout
ce que j’ai joué jusque-là.

[GGB:] Le foot est une formidable métaphore de la vie à bien des égards. J’adore regarder les matchs qui sont d’authentiques combats. On a dû suivre un entraînement qui nous a aidés à avoir l’air de véritables footballeurs. J’ai aussi pris des cours d’accordéon et j’ai appris quelques chansons. Mais surtout, cela m’a permis d’être plus à l’aise avec un instrument difficile et j’avoue que j’y ai pris goût.

[DL:] Pour moi, le foot est une formidable thérapie. J’y joue deux fois par semaine, et cela me rend heureux. Ceci dit, je n’avais jamais été gardien de but. Je suis du genre à fermer les yeux quand le ballon s’approche de moi. Les gardiens de but sont en général détestés, et quand ils font bien leur boulot, on ne reconnaît jamais leur talent. Il n’y a pas beaucoup de panache chez le personnage du gardien de but. Et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression que c’était un rôle difficile.

[GGB:] Rudo et Cursi est une histoire extrêmement complexe. Depuis Et... ta mère aussi ! j’avais envie de retravailler avec Alfonso, Carlos et Diego. Entre nous, les idées ne cessent jamais de fuser. J’aime beaucoup ce genre de film où il n’y a pas de «bons» et de «méchants». C’est un film d’une totale liberté.

[DL:] Nous avions à notre disposition un scénario très bien écrit où la trajectoire des personnages était parfaitement claire. C’est une histoire très forte dans laquelle on se reconnaît tous puisque nous avons tous un frère que ce soit un frère biologique ou un frère que l’on se choisit. Carlos était formidablement bien préparé car il a son intrigue en tête depuis des années et qu’il sait exactement ce qu’il veut. Pour autant, il laisse une grande marge de manœuvre aux comédiens.

[GF:] J’ai adoré le scénario, la construction, et les personnages. Il s’agit de la relation très forte entre deux frères qui passe par différentes phases. Mon personnage incarne aussi un enjeu entre les deux frères. Mon personnage a un passé douloureux : fils d’une prostituée, il s’est séparé de sa femme avec laquelle il a eu des enfants, mais il a été déclaré père «démissionnaire» car il ne s’en occupe jamais. Il se comporte comme un charmeur de serpents parce qu’il sait qu’il a déniché deux diamants bruts. Il accepte de s’occuper des deux frères en s’engageant à faire d’eux des stars du foot et à les protéger comme un père, mais il se comporte comme un loup aux aguets parce qu’il sait qu’il peut tirer d’eux un gros paquet d’argent. Il est extrêmement séduisant. Depuis que je suis petit, le foot compte beaucoup pour moi. Je connais personnellement des directeurs techniques, des joueurs, et des patrons de clubs que je rencontre pour déjeuner ou prendre un café. J’adore l’univers du foot et des footballeurs je m’intéresse à ce joueur-ci qui a suffisamment de talent pour aller jouer à l’étranger ou à cet autre-là qui le pauvre ne progresse pas et stagne dans le club où il a débuté. Je connais aussi des gens comme Batuta qui ont beaucoup de charisme et j’adore écouter leurs anecdotes. Je me suis probablement inspiré d’eux pour mon personnage. Pour travailler avec Carlos, il faut être très concentré. Il sait ce qu’il veut et il connaît très bien Batuta. C’est un homme très respectueux des autres qui, tout en affirmant sa volonté, est ouvert aux avis de tous. Par exemple, il y avait certains dialogues dans le scénario que l’on ne formule pas comme ça en Argentine, et il a eu l’humilité d’accepter qu’on les change.



Le point de vue du réalisateur, Carlos Cuarón.

Rudo et Cursi est un véritable projet familial, d’autant plus que l’un des producteurs Alfonso Cuarón est mon frère et que les deux autres Alejandro González Iñárritu et Guillermo Del Toro sont deux amis très proches, que les deux acteurs principaux, Diego et Gael, sont mes copains, et que j’ai tissé des liens très forts avec le reste de l’équipe. Nous avons créé une grande famille où nous avions tous le même objectif. Je me suis senti très entouré. Non seulement mes producteurs m’ont donné les moyens financiers de mener le projet à bien, mais ils m’ont fourni de précieux conseils artistiques. Quant au choix du directeur de la photo, j’ai d’abord pensé à faire appel à plusieurs Mexicains avec qui j’ai déjà travaillé, mais aucun d’entre eux n’était disponible. Lorsque j’en ai parlé aux producteurs, ils m’ont conseillé d’élargir mes horizons. Adam Kimmel figure parmi les nombreux chefs-opérateurs du monde entier que j’ai rencontrés, et il m’a fait plusieurs suggestions très intéressantes.

Le point de vue des producteurs

Alfonso Cuarón - Guillermo Del Toro - Alejandro González Inárritu

AC:] Certes, la tonalité d’ensemble de Rudo et Cursi est dramatique, mais le film n’est pas dénué d’humour. Pour moi, le vrai sujet, c’est la relation entre les deux frères. C’est autant une histoire de rivalité qu’une histoire d’amour. D’ailleurs, cette rivalité entre les frères est liée à leur besoin de reconnaissance par leur mère. Je crois que nos films – ceux de Carlos comme les miens – sont autobiographiques à plusieurs égards, non pas d’un point de vue anecdotique, mais d’un point de vue émotionnel. Je ne suis pas certain que Rudo et Cursi dépeigne la relation entre Carlos et l’un de ses frères, mais je pense plutôt qu’il évoque les deux facettes de sa personnalité : c’est à la fois un type très dur et un grand tendre.

Le point de vue du scénariste, Carlos Cuarón

Dire que la vie ressemble au foot est presque une banalité. Dans la vie, il y a des pénaltys, des corners, des cartons jaunes... d’une certaine façon, le foot est comme un miroir de la société, un microcosme de ce qui se passe dans le monde. Dans le film, le foot est une métaphore de la vie et la vie est, à son tour, une métaphore de ce sport. J’ai essayé de brosser un portrait sincère de la société mexicaine. Au départ, j’avais conçu Rudo et Cursi comme un «documenteur» sur Tato joueur d’origine modeste qui connaît la gloire grâce au foot, mais qui disparaît mystérieusement et devient une légende. Quand j’ai raconté l’histoire à Diego et Gael, ils voulaient tous les deux jouer le personnage, ce qui était vraiment génial. Le problème, c’est qu’il n’y avait qu’un seul personnage. C’est alors que j’ai compris que je voulais travailler avec les deux ensemble, et il m’a donc fallu