Gael Garcìa Bernal,
Diego Luna, Guilllermo Francella
[GGB:] En réalité, les deux personnages se définissent par la dualité. Je crois que Tato finit par devenir beaucoup plus dur que Beto. S’il est surnommé «Le Doux», c’est parce qu’il aime la musique et la magie, et qu’il est passionné. Il aspire à devenir célèbre, à gagner de l’argent, à conquérir l’amour de sa mère, à ne plus travailler à la plantation de bananes et par-dessus tout à chanter. Il veut devenir un chanteur célèbre. Par ailleurs, c’est un excellent footballeur : il a du talent, mais cela ne le passionne pas. C’était très intéressant de jouer sur ces différents paramètres.
[DL:] Il m’a fallu pas mal de temps pour découvrir le personnage et trouver les repères qui me permettent de m’y attacher. Nous nous sommes rendus à Cihuatlán (dans l’Etat de Jalisco) pour y rencontrer ceux qui travaillent dans les plantations de bananes, ce qui s’est avéré très utile. Ils nous ont raconté leurs journées, et nous avons mieux compris l’origine des personnages. Il était essentiel de cerner les enjeux du personnage : comprendre les raisons de son bégaiement et son sentiment d’insécurité lié au besoin d’être accepté par sa mère car Beto a l’impression de ne jamais avoir été accepté par elle. On croit que c’est un dur, mais en fait, c’est un homme tendre qui n’a qu’une faiblesse : l’adrénaline que lui procure le jeu. C’est un rôle très différent de tout
ce que j’ai joué jusque-là.
[GGB:] Le foot est une formidable métaphore de la vie à bien des égards. J’adore regarder les matchs qui sont d’authentiques combats. On a dû suivre un entraînement qui nous a aidés à avoir l’air de véritables footballeurs. J’ai aussi pris des cours d’accordéon et j’ai appris quelques chansons. Mais surtout, cela m’a permis d’être plus à l’aise avec un instrument difficile et j’avoue que j’y ai pris goût.
[DL:] Pour moi, le foot est une formidable thérapie. J’y joue deux fois par semaine, et cela me rend heureux. Ceci dit, je n’avais jamais été gardien de but. Je suis du genre à fermer les yeux quand le ballon s’approche de moi. Les gardiens de but sont en général détestés, et quand ils font bien leur boulot, on ne reconnaît jamais leur talent. Il n’y a pas beaucoup de panache chez le personnage du gardien de but. Et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression que c’était un rôle difficile.
[GGB:] Rudo et Cursi est une histoire extrêmement complexe. Depuis Et... ta mère aussi ! j’avais envie de retravailler avec Alfonso, Carlos et Diego. Entre nous, les idées ne cessent jamais de fuser. J’aime beaucoup ce genre de film où il n’y a pas de «bons» et de «méchants». C’est un film d’une totale liberté.
[DL:] Nous avions à notre disposition un scénario très bien écrit où la trajectoire des personnages était parfaitement claire. C’est une histoire très forte dans laquelle on se reconnaît tous puisque nous avons tous un frère que ce soit un frère biologique ou un frère que l’on se choisit. Carlos était formidablement bien préparé car il a son intrigue en tête depuis des années et qu’il sait exactement ce qu’il veut. Pour autant, il laisse une grande marge de manœuvre aux comédiens.
[GF:] J’ai adoré le scénario, la construction, et les personnages. Il s’agit de la relation très forte entre deux frères qui passe par différentes phases. Mon personnage incarne aussi un enjeu entre les deux frères. Mon personnage a un passé douloureux : fils d’une prostituée, il s’est séparé de sa femme avec laquelle il a eu des enfants, mais il a été déclaré père «démissionnaire» car il ne s’en occupe jamais. Il se comporte comme un charmeur de serpents parce qu’il sait qu’il a déniché deux diamants bruts. Il accepte de s’occuper des deux frères en s’engageant à faire d’eux des stars du foot et à les protéger comme un père, mais il se comporte comme un loup aux aguets parce qu’il sait qu’il peut tirer d’eux un gros paquet d’argent. Il est extrêmement séduisant. Depuis que je suis petit, le foot compte beaucoup pour moi. Je connais personnellement des directeurs techniques, des joueurs, et des patrons de clubs que je rencontre pour déjeuner ou prendre un café. J’adore l’univers du foot et des footballeurs je m’intéresse à ce joueur-ci qui a suffisamment de talent pour aller jouer à l’étranger ou à cet autre-là qui le pauvre ne progresse pas et stagne dans le club où il a débuté. Je connais aussi des gens comme Batuta qui ont beaucoup de charisme et j’adore écouter leurs anecdotes. Je me suis probablement inspiré d’eux pour mon personnage. Pour travailler avec Carlos, il faut être très concentré. Il sait ce qu’il veut et il connaît très bien Batuta. C’est un homme très respectueux des autres qui, tout en affirmant sa volonté, est ouvert aux avis de tous. Par exemple, il y avait certains dialogues dans le scénario que l’on ne formule pas comme ça en Argentine, et il a eu l’humilité d’accepter qu’on les change.