Après BOULEVARD DU CREPUSCULE, conte cruel sur l'amour défiguré, LE GOUFFRE AUX CHIMERES, œuvre au noir sur la morbidité des passions humaines, et STALAG 17, métaphore des prisons intérieures,
Billy Wilder semble marquer une pause dans sa « Tragédie humaine ». Avec SABRINA, il change de registre et se lance dans la comédie sentimentale.
Sur une idée au départ malicieuse (Cendrillon se trompe de prince charmant), il brode un divertissement d'apparence badine. Mais qu'on ne s'y trompe pas : parée d'atours séduisants, cette « bluette » féroce met son héroïne, adolescente idéaliste, aux prises avec le dilemme d'une vie : faut-il céder à la tentation et se fier aux apparences, ou se murer dans l'ennui des sages mais sauver son âme ? Cette question, Wilder la pose dans chacun de ses films, en s'efforçant toujours d'y trouver une parade.
Ici, il biseaute ses cartes en donnant le choix à Sabrina entre un play-boy malsain et décoloré et un vieux garçon aigri, tartuffe malgré lui. Charybbe ou Scylla ? Suspense. L'ironie, la malice et la verve de Wilder trouvent ici leur pleine expression : cette alternative truquée est à l'image du film dans son entier. Tout y est faux ou, mieux, tout y sonne faux. Les rêves de midinette conçus par l'imagination enfiévrée de Sabrina, les cheveux blonds de
William Holden, le Paris chic et toc où Sabrina va parfaire son éducation, l'apogée d'une société de consommation où le plastique est roi, le retournement final qui a tout d'une happy end de circonstance.