Si Françoise Sagan est devenue au fil des ans la sympathique grande dame à petits scandales de la scène culturelle française, elle n'a jamais délaissé sa carrière littéraire : elle a publié une cinquantaine de romans ou pièces de théâtre, dont plusieurs ont connu de grands succès.
Françoise Sagan, de son vrai nom Françoise Quoirez, est née le 21 juin 1935 à Cajarc, dans le Lot. Troisième enfant d’une famille d'industriels aisés, elle grandit avec son frère Jacques et sa sœur Suzanne, à Paris, boulevard Malesherbes.
En 1940, les Quoirez se réfugient à Lyon et louent une maison à Saint-Marcellin (Vercors) jusqu’à la fin de la guerre. La famille revient à Paris en 1945. Après un bref passage au Couvent des Oiseaux, d’où elle est renvoyée pour ''manque de spiritualité'', Françoise entre au cours Hattemer : elle y rencontre Florence Malraux.
Fascinée par les
Illuminations de Rimbaud, Françoise écrit, à l’été 1953, un roman en six semaines :
Bonjour Tristesse - le titre est tiré d'un vers de Paul Eluard. Elle l’envoie à deux éditeurs, mais c’est René Julliard le plus rapide : il lit le manuscrit dans la nuit, et au matin, décide de le publier. Françoise choisit un pseudonyme inspiré de la princesse de Sagan dans
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
Bonjour Tristesse raconte dans un style détaché l'éveil à l'amour d'une adolescente à la fois innocente et perverse. Son roman est lancé au printemps 1954 sur fond d'émancipation féminine : neuf ans après la guerre, un vent de liberté souffle sur le Saint-Germain-des-Prés existentialiste. La presse s'emballe pour le ton de Sagan, encore mineure, que l'on compare à Colette ou Radiguet. Le livre obtient le prestigieux Prix des Critiques avant d'être encensé par François Mauriac. Les ventes explosent pour atteindre plusieurs millions d'exemplaires, dont un million aux Etats-Unis. C'est la gloire pour la jeune Sagan, propulsée icône de la jeunesse affranchie des années 50/60 et bientôt égérie des zazous, des hussards et des existentialistes parisiens. "
La gloire, je l'ai rencontrée à 18 ans en 188 pages, c'était comme un coup de grisou", dira-t-elle plus tard.
En 1956 elle publie
Un certain sourire qui tire à 500 000 exemplaires.
En 1957, Françoise Sagan échappe de peu à la mort après un très grave accident de voiture. Tirée d’affaire, elle épouse l’année suivante l’éditeur Guy Schoeller, dont elle divorce trois ans plus tard.
En 1958, Otto Preminger adapte
Bonjour tristesse au cinéma tandis que Sagan acquiert, grâce à la roulette du casino de Deauville, le manoir du Breuil à Equemauville, près d’Honfleur.
1959 voit la création de sa première pièce,
Château en Suède, montée au théâtre de l’Atelier. Françoise Sagan rencontre Paola Saint-Just et publie, toujours chez Julliard,
Les merveilleux nuages. Entourée de ses amis Bernard Frank, Florence Malraux et Jacques Chazot, elle mène une vie pleine d’excès et de petits scandales insolents. Éprise de voitures de sport, de jeu, et d’alcool et elle défraie régulièrement la chronique mondaine
En 1962, elle épouse Bob Westhoff. Le 26 juin, c’est la naissance de leur fils Denis.
En 1965 elle écrit
La Chamade, roman qui sera adapté au cinéma par Alain Cavalier.
En 1966 On monte
Le cheval évanoui au théâtre du Gymnase. En 1968 elle publie
Le garde du cœur et l’année suivante,
Un peu de soleil dans l’eau froide, chez Flammarion
Séparée de Bob Westhoff en 1972, Françoise continue à publier, notamment
Des bleus à l’âme et Réponses, en 1975. Elle réalise également un long métrage :
Les fougères bleues.
Entre 1977 et 1983 elle publie
Le lit défait, Le chien couchant, La femme fardée, Un orage immobile et
Avec mon meilleur souvenir.
En octobre 1985, Françoise Sagan est victime d’un sérieux incident respiratoire lors d'un voyage en Colombie, où elle a accompagné le président François Mitterrand.
En février 1995, elle est condamnée à un an de prison avec sursis, et à une peine d'amende, pour usage et possession de cocaïne.
En février 2002, Françoise Sagan est à nouveau condamnée à un an de prison avec sursis pour une fraude fiscale, en marge de l’affaire Elf.
Le vendredi 24 septembre 2004, Françoise Sagan décède d'une "décompensation cardio-respiratoire" à Honfleur. Elle meurt ruinée, ayant vendu tous ses bijoux et vu les droits de ses derniers livres partir directement aux impôts.
Françoise Sagan a été inhumée le mardi 28 septembre 2004 dans le petit cimetière du hameau de Seuzac, à quelques kilomètres de sa ville natale de Cajarc.
Bibliographie
Romans
Bonjour tristesse, Julliard 1954
Un certain sourire, Julliard 1956
Dans un mois, dans un an, Julliard 1957
Aimez-vous Brahms… Julliard 1959
Les merveilleux nuages Julliard 1961
La Chamade Julliard 1965
Le Garde du cœur, Julliard 1968
Un peu de soleil dans l’eau froide, Flammarion 1969
Des bleus à l’âme, Flammarion 1972
Un profil perdu, Flammarion 1974
Des yeux de soie (nouvelles), Flammarion 1975
Le lit défait, Flammarion 1977
La Femme fardée, Ramsay-Pauvert 1980
Le Chien couchant, Flammarion 1981
Musiques de scène (nouvelles), Flammarion 1981
Un orage immobile, Julliard-Pauvert 1983
De guerre lasse, Gallimard 1985
Un sang d’aquarelle, Gallimard 1987
La Laisse, Julliard 1989
Les Faux-fuyants, Julliard 1991
Un chagrin de passage, Plon-Julliard 1994
Le Miroir égaré, Plon 1996
Théâtre
Château en Suède, Julliard, 1960
Les Violons parfois, Julliard 1962
La Robe mauve de Valentine, Julliard 1963
Bonheur, impair et passe, Julliard 1964
Le Cheval évanoui, Julliard 1966
Un piano dans l’herbe, Flammarion 1970
Il fait beau jour et nuit, Flammarion 1978
Récits, Biographies, Entretiens…
Landru (scénario), Julliard 1963
Toxique (récit illustré par Bernard Buffet), Julliard 1964
Réponses (entretiens), Jean-Jacques Pauvert 1974
Brigitte Bardot (biographie) Flammarion 1975
Le sang doré des Borgia (scénario et dialogues), Flammarion 1977
Avec mon meilleur souvenir (mémoires), Gallimard 1984
Sand et Musset, lettres d’amour (introduction), Hermann 1985
Sarah Bernhardt, le rire incassable (biographie), Robert Laffont 1987
Répliques (entretiens), Quai Voltaire 1992
… Et toute ma sympathie (portraits), Julliard 1993
Derrière l’épaule (mémoires) Plon 1998