Entretien avec Ki-duk Kim
En tant qu’artiste, vous avez débuté dans la peinture. Pensiez-vous ensuite que le cinéma serait le meilleur moyen pour vous exprimer ?
J’aime dessiner depuis mon enfance. J’ai arrêté mes études après l’école primaire. Je pensais que m’engager dans l’armée me permettrait de mener une vie assez stable.
Après l’armée, j’ai commencé à travailler, mais aucune profession ne m’attirait. Alors, j’ai décidé de partir pour la France. La France était pour moi le lieu idéal pour peindre. Je croyais qu’il y aurait un marché pour la peinture.
Mais finalement le cinéma est un moyen d’expression plus efficace et convaincant que la peinture.
L’armée a été une expérience positive pour vous ?
La plupart des coréens qui font leur service mi li tai re gardent de bons souveni rs, romantiques, nostalgiques, mais on peut aussi être traumatisé après de mauvaises expériences. Je pense que la plupart des coréens vivent avec les habitudes qu’ils ont prises dans l’armée. Donc je pense qu’il y a autant de positif que de négatif
Depuis vos débuts, vous construisez une œuvre cohérente où des thèmes récurrents apparaissent dans chacun de vos films. Avez- vous l’impression de reprendre des éléments de vos anciens films pour les améliorer dans les suivants ?
Il est vrai que tous mes films se ressemblent un peu et que les thèmes se répètent mais ce n’est pas volontaire de ma part, c’est plutôt inconscient. Je les fais à l’instinct. Mais par contre, en faisant des films, je change d’avis, ma vision du monde et de la vie change.
SAMARIA est votre troisième film qui traite de la prostitution après BIRDCAGE INN et BAD GUY …
En fait, même si SAMARIA semble se situer dans la lignée de ces deux films, je ne l’ai pas vraiment imaginé de cette manière. La prostitution est un thème assez vaste qui m’interpelle plus ou moins et je ne pense pas que ce soit quelque chose de vraiment marginal. C’est un vaste sujet. Quand par exemple vous offrez un collier à une fille avec qui vous sortez, et qu’après cette fille couche avec vous, peut-on considérer cela comme une forme de prostitution ?
Et quel regard portez-vous sur les hommes d’un certain âge qui payent des jeunes filles en échange de leurs faveurs ?
En Corée, lorsque vous regardez les informations à la télévision, les faits sont pratiquement toujours relatés de la façon suivante :les hommes qui sont coupables sont représentés comme des êtres diaboliques, et les filles sont traitées comme de pauvres victimes innocentes.
Certains hommes se sont véritablement suicidés à cause de ce genre de scandale.
Dans mon film, j’ai voulu interpréter cela de manière différente. J’ai cherché à donner les raisons qui avaient poussé ces hommes à agir de la sorte et à moins montrer les filles comme des victimes.
Certains de vos films sont considérés par certains comme sexistes. Qu’en pensez-vous ?
Lorsque le film BAD GUY est sorti en Corée, un journal féministe a créé un site Internet “anti-BAD GUY ”. Je comprends très bien pourquoi elles le prennent mal, mais je pense que si elles y regardent de plus près, elles changeront peut-être d’avis. Je n’ai jamais décrit les femmes comme étant inférieures aux hommes.
Au contraire, je pense que les femmes sont précieuses, belles, géniales. . . Sur le site officiel de BAD GUY, 70%des fans étaient des femmes. Je pense que le public féminin est plus réceptif à mes films.
Comme dans vos précédents films, SAMARIA comporte quelques scènes assez violentes. Certaines sont d’un réalisme impressionnant. On a même l’impression que certains acteurs reçoivent de vraies claques dans le film.
Cette violence que l’on voit dans mes films représente une par ti e de la réali té de la société coréenne.
Je n’invente rien. La plupart de mes scénarios s’inspirent de ma propre expérience. Quand le film CROCODILE est sorti, il n’y avait pas vraiment de films qui parlaient de personnages négatifs. Le cinéma montrait plutôt des héros de type Hollywoodien ou bien des gangsters héroïques.
Donc CROCODILE était assez choquant pour le public. Mais il y a toujours eu une poignée de gens pour soutenir mes films et qui les soutiennent toujours actuellement. Concernant les scènes de claques de SAMARIA, j’ai dû m’en donner une à moi-même comme ça (il s’en donne une !)pour leur montrer l’exemple. Je leur demande ensuite si ça leur pose un problème de faire la même chose. M’ayant vu agir de la sorte, ils se sentent obligés d’en faire autant.
SAMARIA est le premier film que vous avez produit. Pourquoi ?
Est-ce si difficile de monter vos projets malgré votre reconnaissance internationale depuis quelques années ?
Oui, il est assez difficile pour moi de faire financer mes films. J’ai produit SAMARIA également pour avoir une plus grande liberté artistique. Je suis ainsi passé par moins d’intermédiaires, et j’ai trouvé cette façon de travailler très plaisante et efficace. Ma société n’est pas exactement une vraie maison de production. Quand je tourne un film, il y a deux ou trois personnes qui travaillent avec moi. Mais quand on ne tourne rien, la boîte n’est pas en activité.