Sur la réalisation de Samson et Delilah
Chacun d’entre nous a sa raison d’être. Chacun a son combat.
Samson & Delilah est ma raison d’être, c’est mon combat.
L’art du récit est depuis des milliers de générations un mode de vie pour mon peuple, depuis les chants sous les étoiles jusqu’aux images projetées sur un écran. Le medium a changé mais pas les raisons de raconter nos histoires.
Je crois que cette histoire, j’avais besoin de la raconter. Vous devez croire à vos histoires et faire confiance au public pour qu’il embarque avec vous et vos personnages dans ce voyage.
Un voyage à travers les ténèbres, qui rend la lumière d’autant plus brillante à la fin. L’amour non conventionnel de
Samson et Delilah est cette lumière. Leurs épreuves et leurs luttes sont inspirées de ce que je vois chaque jour quand je retraverse ma propre vie, ici en Australie centrale. C’est réel, c’est notre réalité.
Sur l'amour
Samson & Delilah est une histoire d’amour, mais peut-être pas au sens traditionnel du terme. Elle parle de la vie dans une communauté aborigène reculée et de comment un jeune couple parvient à échapper à cette existence.
L’amour est le thème central que je voulais explorer. Un amour qui naît de la survie, un amour nécessaire. C’est le récit des chemins compliqués qu’emprunte l’amour pour grandir.
Samson et Delilah ont une relation très étrange et leur amour est fort mais secret. Il se construit à mesure que leur confiance mutuelle se développe. Suffira-t-il à les sauver ?
Samson & Delilah parle de personnes qui ne sont pas considérées comme telles – sans parler de personnes qu’on autoriserait à aimer ou à avoir des émotions. Ils ne sont pas autorisés à être humains. Ils sont les intouchables.
L’histoire de ces deux jeunes amoureux,
Samson et Delilah, est une histoire importante et unique, une histoire ignorée. A la fin, même si leur vie s’annonce dure, ils peuvent s’en sortir. Une nouvelle vie les attend. L’espoir.
Sur la méthode
Un film aussi fragile que
Samson & Delilah pouvait très facilement être écrasé par la folie d’un tournage traditionnel, l’équipe, les camions, le processus de production compliqué.
Nous avons donc décidé d’adopter une approche différente, que nous avions expérimentée sur
Nana, mon dernier court-métrage (déjà avec Mitjili). Pas de camion, le strict minimum et surtout une petite équipe de techniciens choisis pour leur cœur.
Les deux personnages sont joués par des acteurs non professionnels dont c’est ici le premier rôle. Mais ils ont l’expérience d’une vie, celle des gamins de la communauté. Ils connaissaient l’existence que
Samson et Delilah ont vécue et ils étaient capables de dessiner leur personnage à partir de cette réalité.
La caméra et le décor renforcent ce travail du réel : caméra à l’épaule, brute, directe. Pas de machino, pas d’électro, ni grues ni rails de travelling, très peu de lumière additionnelle. J’ai cadré le film moi-même pour ne rien avoir entre les acteurs et moi.