Notes de Prod. : San Antonio

    en DVD le 16 Février 2005

Entretien avec FRéDéRIC AUBURTIN

A quand remonte l’idée de ce San-Antonio au cinéma ?

Laurent Touil-tartour a obtenu les droits de tous les San-Antonio peu avant le décès de Frédéric Dard. Pendant deux ans et demi, il a travaillé sur le scénario. Il a repris les personnages, en a fait sa propre histoire et a convaincu Claude Berri de le produire. L’argument est assez simple : le président de la République disparaît de l’Elysée alors qu’il est aux toilettes, au moment même où un groupe de terroristes s’attaque aux grands de ce monde. Le lieutenant Bérurier (Gérard Depardieu) est en charge officielle de l’enquête mais le commissaire San-Antonio (Gérard Lanvin), qui vient de claquer la porte à son supérieur Achille (Michel Galabru), est nommé officieusement par le ministre de l’Intérieur (Robert Hossein). Ils vont donc essayer de retrouver le président.

Laurent Touil-tartour devait réaliser le film mais, suite à un désaccord avec la production, vous l’avez remplacé…

Je suis arrivé au dernier moment. Je connais Claude Berri depuis dix-neuf ans pour avoir été stagiaire sur Jean de Florette et Manon des sources, son assistant sur Germinal et Lucie Aubrac ou encore sur L’amant de Jean-Jacques Annaud qu’il avait produit. Pour reprendre le film au pied levé, Claude Berri et Pierre Grunstein, le producteur exécutif, avaient besoin de quelqu’un de confiance. J’ai tout de suite sauté dans les bottes pour rejoindre l’aventure ! Je me suis investi à fond sur ce projet.

Quel a été votre premier travail sur ce film ?

D’abord, de faire part d’un regard neuf sur l’histoire. Dans un premier temps, j’ai retravaillé le scénario avec Laurent et Claude Berri. Je voulais lui donner un peu plus de fluidité et le réorienter davantage vers la comédie, tout en préservant le travail préliminaire de Laurent.

Pourquoi avoir situé l’action de San-Antonio de nos jours ?

Les premiers bouquins datent des années 50. Patrice Dard, le fils de Frédéric, continue à en écrire. Disons que, pour le film, jouer la modernité à fond, c’est plus efficace. Donner un côté vintage à l’histoire n’était pas souhaitable. C’est plus marrant d’être dans une histoire qui se déroule de nos jours.

Dans San-Antonio, il y a des héros, des jolies filles, des méchants, des abrutis, de l’aventure…Votre volonté était d’en faire une pure comédie d’action ?

Absolument ! Mais je pense que la difficulté est double. D’abord, ce n’est pas facile de partir d’une oeuvre qui contient 175 romans, avec un patrimoine de personnages sur plus de 40 ans qui ont leurs propres aficionados. Et puis, le film se situe dans un genre très particulier qui n’est ni un Bond, ni Austin Powers. Je ne voulais pas être dans la parodie, ni me prendre au sérieux. L’oeuvre littéraire
San-Antonio a ses propres codes mais avec quelque chose en plus : la décontraction. Il y a un degré de comédie qui est vraiment assumé, quelque chose de rabelaisien, avec des sentiments… James Bond est infaillible alors que San- Antonio a des faiblesses émotives, sa première étant Bérurier. Il y a quelques scènes entre eux où c’est à la fois "je t’aime moi non plus" et "à la vie à la mort."
Tout les oppose malgré leur amitié et Béru réussit à sauver San-Antonio par des apparitions très spectaculaires. Quand Béru va mal, San-Antonio ne va pas très bien. J’aime également les rapports entre San-Antonio et Toinet, son fils, interprété magnifiquement par Jérémie Rénier. Il est vraiment épatant teint en brun !

Quels étaient les codes à respecter ?

Le code principal, c’est le langage. Mais ce qui passe dans la littérature ne passe pas forcément à l’écran. Une suggestion imaginative et hilarante par les mots peut ne rien donner du tout à l’image. Nous avons donc essayé de faire un film qui satisfasse tout le monde. Pas dans un but démagogique, mais je voulais que les fans de l’oeuvre s’y retrouvent et que les béotiens, ceux qui ne connaissent rien à San Antonio, puissent apprécier une comédie d’action sans connaître les codes.

Le personnage pour lequel on a le plus pu préserver la langue, c’est Béru. Il est un peu en décalage puisqu’il s’exprime, la plupart du temps, à l’imparfait du subjonctif avec des barbarismes. Cela convenait parfaitement à Depardieu. Pour San- Antonio, il fallait avant tout respecter le fait qu’il est un piège à femmes. Contrairement à Bond, c’est quelqu’un qui est abordé par toutes les femmes.
C’est un play-boy qui a la classe. Et puis, je voulais que dans les scènes d’action, on sente aussi la dérision, le second degré. J’ai beaucoup aimé tourner ces scènes. Le retour à la bonne vieille baffe avec un mot d’auteur, je crois que cela fait plaisir au public ! Disons qu’il s’agit de notre "French touch".

Il y a beaucoup de scènes d’action, avec des cascades, des courses-poursuites, des explosions… Cela a t-il été difficile à réaliser ?

Cela fait partie de mon métier, je considère qu’un réalisateur doit savoir tout faire. Mes grands maîtres Capra, Lang et Hawks sont des exemples en la matière. Les scènes de poursuite étaient écrites d’une manière très basique et je n’ai pas hésité à les développer. Je disais aux conseillers techniques : "Essayons de nous amuser." Par exemple, sur la poursuite de la Jeep, nous avons inventé plein de péripéties avec, en prime, la petite phrase qui resitue la comédie. Ce que j’aime dans cette scène, c’est qu’il ne s’agit pas d’une course-poursuite mais de retrouvailles entre un père et un fils. Pendant cette conversation presque banale, ils foutent Paris en l’air ! C’est cela qui est amusant.

Dans l’histoire, il y a plein de petits clins d’oeil à la réalité…

C’est une autre manière de transgresser un contexte forcément référencé sans pour autant nous prendre au sérieux. En fait, je me suis fié à ce que l’on me disait sur les romans de San-Antonio. L’intrigue est là mais l’important ce sont les situations, les dialogues, les personnages. Il faut rester humble par rapport à l’histoire. L’essentiel est d’avoir un côté un peu fun et de rester crédible. Surtout pour les scènes à l’Elysée.

Vous a t-il fallu des autorisations spéciales pour ces scènes-là ?

Tous les intérieurs ainsi que la cour ont été faits en studio. Nous avons eu l’autorisation de tourner rue du faubourg Saint-Honoré, uniquement grille fermée.
Pour tous les passages de voitures, j’étais obligé de trouver des astuces pour faire croire que l’on entrait dans l’Elysée. L’autre contrainte était que la caméra soit toujours sur le trottoir opposé au palais. Christian Marti, le décorateur, a fait un excellent travail avec son équipe, puis on a rajouté la façade et les perspectives en numérique. Le chef du protocole de l’Elysée a vu les images et nous a dit que c’était impeccable. Je voulais vraiment que l’on y croît.

La fin est très colorée avec cette scène au carnaval de Rio. Comment avez-vous procédé pour le tournage ?

Quand je suis arrivé sur le film, il y avait déjà eu une semaine de tournage au carnaval sans les acteurs. Leurs scènes devaient se faire à Paris avec des trucages. Comme nous avons changé pas mal de choses dans l’histoire, je pensais que c’était important d’avoir Lanvin et Depardieu au pied du Pain de sucre. Ce sont des images qui font rêver les gens. Nous sommes donc partis au Brésil pendant trois jours au mois de décembre. En ce qui concerne la séquence d’ouverture et les scènes censées se dérouler en Suisse, nous avons tourné dans de très beaux endroits en Angleterre.

Le pré-générique fait évidemment penser à James Bond…

Oui, j’ai voulu la jouer ambiance pop cor n, avec de jolies nanas ! Ce n’était pas écrit tout à fait comme cela, mais le spectateur comprend immédiatement que San-Antonio est un homme à femmes et que Béru est un gros dégueulasse. Et puis, l’action démarre très vite.