Notes de Prod. : Sans laisser de traces

    en DVD le 18 Août 2010

Patrick par François-Xavier Demaison, à propos de Sans laisser de traces

Il est très rare de voir un scénario aussi bien construit et aussi abouti. les sentiments, l’action et les personnages sont toujours sur le fil, très justes et très complexes. Pour moi qui me suis d’abord fait connaître à travers un registre comique, que ce soit sur scène ou au cinéma, ce projet était forcément tentant parce qu’au-delà de sa qualité intrinsèque, il me permettait de développer une autre facette de ce que je peux offrir.

J’aime qu’un réalisateur puisse projeter sur moi autre chose que les évidences. Antoine de Caunes l’a fait avec coluche et ce film-là m’entraîne encore dans une autre direction. le rôle n’est pas «comique» à proprement parler. on ne me demande pas de faire rire, même si le personnage est parfois tellement énorme, avec un comportement tellement irraisonné, qu’il fait au moins sourire. ensuite, il fait peur parce qu’on ne sait ni ce qu’il pense vraiment, ni jusqu’où il est prêt à aller. le film est passionnant parce qu’il offre un rebondissement à chaque scène. Patrick chambon, mon personnage, est un ami d’enfance d’Etienne. ils se sont depuis perdus de vue.

Patrick a vécu de galère en galère, quitte à magouiller un peu pour s’en sortir tout juste. Pourtant, face à l’éclatante réussite d’Etienne, Patrick a un avantage : il est vraiment vivant ! de tous les protagonistes, Patrick est le seul capable d’espérer, de rêver, d’imaginer et d’agir. les autres sont bien propres sur eux et complètement engoncés dans leurs codes sociaux. Patrick dit ce qu’il pense en permanence. tous les autres sont dans la culpabilité, l’angoisse, alors que lui fait l’impasse sur ses doutes et ses erreurs. c’est la culpabilité d’Etienne qui va permettre à Patrick de prendre un ascendant sur lui. la culpabilité est un terrain idéal pour tout manipulateur. Etienne se sent seul. il est rongé par le remords. il se retrouve face à quelqu’un qui le renvoie à son enfance et le rassure. une espèce de boulevard affectif s’ouvre alors devant Patrick Chambon. boulevard qu’il n’aurait jamais eu si Etienne n’avait pas été là, à ce moment précis de sa vie où il a besoin de parler à quelqu’un. Patrick va lui faire faire une erreur de plus ! Pendant tout le film, Patrick sera le pire cauchemar d’Etienne. incapable de construire, Patrick détruit sans que l’on puisse savoir s’il le fait intentionnellement ou non. Son apparence et le lien qu’il a avec Etienne donnent une première image de lui, et cette image va se compliquer, se fissurer au fil de l’intrigue.

Paradoxalement, Patrick est un mal pour un bien. À cause des problèmes que lui cause Patrick, ou grâce à eux, Etienne va devenir un homme. la bombe que représente Chambon va faire exploser beaucoup de codes. et à partir de ce moment-là, Etienne va assumer bien plus de choses. Pour approcher le personnage, nous avons d’abord beaucoup parlé avec Grégoire. il devait effectivement avoir cette dimension bonhomme donnée au départ par son physique, mais Grégoire et moi étions d’accord sur le fait que Patrick n’a pas de filtre social et fait les choses comme elles viennent, toujours dans l’instant, avec une sincérité d’enfant. il croit à tout ce qu’il dit. c’est une grenade dégoupillée. il est dangereux malgré lui. c’est l’ami qu’il ne faut pas avoir. le rôle est un lieu de rencontre entre ce que je suis sur le plan humain et ce que le scénario exige. le script était tellement bien écrit que nous n’en avons pas changé une virgule. J’ai simplement essayé de m’exprimer à travers ce Patrick. même si je n’ai en commun avec ce personnage que son côté vivant et jouisseur du moment présent, il fallait arriver à quelqu’un d’aussi proche que possible de moi. J’ai la plupart de mes scènes avec benoît et nous nous sommes très bien entendus. nous avons eu grand plaisir à travailler ensemble, dans un respect mutuel, avec beaucoup d’écoute de part et d’autre et une franche camaraderie.

J’ai eu beaucoup de chance. J’adore les scènes où chacun doit s’appuyer sur le jeu de l’autre. chacune des scènes de confrontation avec benoît correspondait à cinq ou six pages du scénario, avec de gros enjeux, beaucoup de non-dits, des silences qui comptent et des regards. Grégoire ne coupait pas et nous laissait faire la scène. de vrais moments de jeu ! J’aime cette continuité et je préfère de loin avoir le temps d’installer le jeu dans la scène que de trop découper. Grégoire savait vraiment ce qu’il voulait et nous prenait par la main avec beaucoup de précision.

Plus il était précis, plus nous avions de repères pour créer d’autres choses. le sujet était tellement maîtrisé et Grégoire tellement habité par son scénario que son film ne donne jamais l’impression d’être un premier long. Je suis très heureux de ce grand film, simple en apparence et intense. J’en ai aimé la mise en scène, la musique et l’image, qui est très belle. J’ai aimé la cohérence du jeu. nous sommes tous sur la même note, Julie toute en sensibilité, Léa, Jean-marie, Dominique... nous avons été bien dirigés et c’est vraiment agréable. J’ai appris qu’il me faut aller encore et toujours vers plus de sobriété, de fluidité et d’écoute. au cinéma, c’est la caméra qui vient vous chercher. Je ne suis pas encore trop étiqueté et je souhaite en profiter pour faire des choses très différentes.

Ce film était une belle occasion. même après avoir vu le film, je me pose encore des questions au sujet de Patrick. J’aime d’ailleurs beaucoup que des doutes subsistent encore après le générique de fin. cela signifie que l’histoire est désormais en vous.

Entretien avec le réalisateur de Sans laisser de traces, Grégoire Vigneron

Comment le Projet est-il né ?

Depuis sept ans, j’écris des scénarios avec Laurent Tirard. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Au départ, je n’avais pas l’intention de devenir scénariste. Depuis mes débuts, je cherchais à réaliser, mais après avoir vu mon court métrage, Laurent m’a contacté. À l’époque, je réalisais des pubs et sa demande m’a tellement surpris que je n’ai même pas compris exactement ce qu’il me voulait ! Heureusement, il a eu la bonne idée d’insister. Nous avons alors commencé à travailler sur Mensonges Et Trahisons, son premier film, et nous en avons écrit d’autres ensuite. Je n’avais encore jamais écrit de long métrage et c’est Laurent qui a fait de moi un scénariste. Mais je n’ai jamais abandonné l’idée d’être réalisateur. Sans Laisser de traces arrive donc naturellement dans mon parcours, même s’il est clair que sans cette expérience acquise avec Laurent, je n’aurais pas pu faire ce premier film. Pour ce projet-là, Laurent est devenu mon coscénariste. Nos rôles se sont inversés.

Entretien avec Laurent Tirard, scénariste de Sans laisser de traces

Comment le tandem d’écriture que vous formez avec Grégoire Vigneron est-il arrivé à ce nouveau projet ?

Dès notre rencontre, qui remonte maintenant à sept ans, nous avions prévu d’écrire un film que Grégoire réaliserait. Mais le chemin a été plus long que nous pensions. Nous avons travaillé plusieurs années sur un premier projet, que nous avons finalement abandonné, avant de rebondir sur celui-ci. Grégoire avait des envies, mais nous avions du mal à les mettre en forme. Et puis avec le temps, un thème s’est dégagé un peu plus clairement : celui de l’imposture, ou plus précisément, du sentiment d’imposture. Une fois que Grégoire a réussi à mettre le doigt dessus, on a pu creuser le sujet, et c’est venu très vite. Il a dû se passer trois mois entre les prémices de l’idée et le scenario fini, ce qui est très rapide. Mais il y avait comme une évidence qui s’imposait.

Etienne par Benoit Magimel, à propos de Sans laisser de traces

Lorsque j’ai découvert le scénario, j’ai tout de suite été impressionné par la force de sa mécanique. Contrairement a ce qui se passe souvent, je l’ai trouvé très abouti, captivant jusqu’au bout et offrant une dimension de réflexion personnelle rare dans un thriller.