Comment êtes-vous arrivée sur Secret Défense?
C’est en voyant 36 d’Olivier Marchal que
Philippe Haïm a pensé à moi. Ensuite, la lecture du scénario de
Secret Défense m’a immédiatement connectée au projet, car le sujet était jubilatoire et surtout extrêmement documenté sur les services secrets français et le terrorisme. De part son ancrage dans l’actualité, Philippe voulait une ambiance très réaliste. Pourtant, il s’agissait de faire une oeuvre cinématographique et non un documentaire. C’est cette complémentarité entre rigueur documentaire et souffle romanesque qui m’a énormément plu dans
Secret Défense.
Quelle type de relation de travail avez-vous mise en place avec Philippe Haïm ?
Mes rapports avec les réalisateurs varient d’un film à l’autre en fonction de l’implication qu’ils attendent de ma part. Sur
Secret Défense, j’ai débuté mon travail très en amont, au moment du scénario. Ca nous a permis de développer une connivence et un échange plus intenses. Schématiquement, le réalisateur arrive avec ses idées, et moi, je lui offre un regard neuf sur son esthétique. Evidemment, je suis restée respectueuse de l’imaginaire de Philippe, tout en cherchant à lui ouvrir de nouvelles perspectives. De cette manière, nous avons pu remettre certaines choses en questions, rebondir et affiner l’esthétique
Finalement, votre travail s’apparente à la notion de direction artistique ?
Oui, d’une certaine manière. A la lecture d’un scénario surgissent immédiatement des idées d’harmonie entre les décors, les costumes, les accessoires et la lumière. L’idée, c’est de les transmettre au éalisateur, qu’il s’en serve ou non. Ca fait 25 ans que je fais ce métier et il y a un moment où j’ai envie d’élargir mon champ d’action.
Comment avez-vous appréhendé les codes esthétiques du film d’espionnage pour Secret Défense ?
C’est une balance entre le désir de casser les références habituelles, tout en restant cinématographique et en évitant le travers de l’expérimentation à tout prix. On ne casse pas un code, si ça met en danger l’histoire ; c’est la règle numéro un. Le design des locaux de la D.G.S.E est assez symptomatique de l’approche que nous avons eue avec Philippe. Ce décor exigeait de rester réaliste et, en même temps, tout ce que l’on avait pu apercevoir de ce lieu n’étant pas d’un esthétisme torride, il fal- lait trouver une façon de le remodeler. Au final, c’est un peu plus lyrique et cinématographique qu’un banal bureau de la D.G.S.E, mais sans en faire trop, sans tomber dans le décor spatial avec plein de choses qui clignotent.
De part votre fonction, vous avez également la responsabilité de la couleur du film, au sens propre. Comment avez-vous abordé celle de Secret Défense ?
Philippe et moi l’avons définie dés le départ. Nous voulions que
Secret Défense soit un film cohérent, avec une unité au niveau des ambiances. Nous avons opté pour des tons sombres couleurs de
Secret Défense racontent le cinéma noir, le chuchotement, les sous-sols et les secrets d’alcôve.
C’est-à-dire ?
Le centre de la D.G.S.E a été conçu avec un souci majeur de crédibilité, tout en cherchant à le magnifier dans son architecture, ses matières de béton et de verre, son absence d’ouvertures sur l’extérieur et donc de lumière naturelle. Son implantation offre d’une part une circulation dynamique et d’autre part, une ambiance lourde et mystérieuse. Nous devions générer une sensation d’enfermement pour contraster avec la luminosité des extérieurs qui ont été tournés dans des pays du Maghreb.
Justement, une partie du film se déroule au Moyen-Orient, comment avez-vous géré l’authenticité de ces pays ?
C’était un challenge complexe. D’un point de vue occidental, tout le Moyen-Orient se ressemble. De plus, pour des raisons de sécurité et de financement, car ce film s’est fait avec un budget très serré compte tenu de son ambition, on ne pouvait pas tourner en Syrie, en Afghanistan, au Liban ou en Jordanie. Nous avons donc investi le Maroc pour situer ces états. Je me suis beaucoup documentée pour approcher au plus près l’ambiance de ces pays, en amassant de la documentation photographique, architecturale et cinématographique. Ensuite, j’ai constitué un dossier complet que j’ai remis à différentes personnes de l’équipe. C’était pour moi un outil essentiel de la démarche artistique, car il contenait les références qui nous ont permis à tous de concevoir « le même film ». Enfin, Philippe avait été lui-même au Liban pendant plusieurs semaines avec un des consultants et s’était imprégné de l’ambiance générale.
- Extrait du dossier de presse