Interview de Lee Chang-dong
Vous prépariez Peppermint Candy avant même la sortie de votre premier film, Green Fish. Alors, quand avez-vous commencé à préparer Secret Sunshine ?
Je l’ai en tête depuis 2002, après la sortie d’Oasis, mais j’ai dû arrêter d’y réfléchir quand j’ai été appelé à servir aux fonctions de ministre de la culture et du tourisme. Pendant cette période, il a fallu oublier le film, pour y retourner quand j’ai quitté ce poste.
Pour ce film, nous n’avons pas forcément tourné de nombreuses prises de la même scène. Il était important que les acteurs conservent le même flux d’émotions. Nous avons donc gardé l’ordre des scènes du scénario. Les scènes de la seconde moitié du film ont tendance à être plus longues que celles de la première moitié, mais ça n’a pas été fait exprès. Je croyais que le film devait suivre un format simple et normal, et c’est ce que j’ai fait.
Mon idée de départ était d’être… plus réaliste, peut-être dans le format d’un documentaire. J’ai vu que ce serait difficile, et j’ai été obligé d’y renoncer.
Secret Sunshine a été tourné principalement à Miryang. A part le fait que cette ville, comme la plupart des villes coréennes de province, ressemble en gros à la capitale de Séoul, qu’est-ce qui vous y attirait d’autre ?
Une raison majeure est le nom de la ville. Le « mir » de Miryang est le caractère chinois qui veut dire « secret », mais ce même caractère a un autre sens : « dense ». On peut traduire le nom de la ville par « un lieu bien ensoleillé », mais nous lui avons donné le sens d’ « ensoleillement secret ».
Miryang est aussi une ville coréenne type, de taille moyenne. Nous ne savons rien de Miryang. Nous n’avons aucun renseignement à son sujet. Ce n’est que la grossière miniature d’une plus grande ville et, en lui ôtant tout ce qu’elle avait, sa beauté, sa grâce, tout ce qui était bien dans cette ville a été caché. Une phrase de Jong-chan dans le film en rend compte : « Cet endroit, c’est comme partout ailleurs. » Cela amène la question : « Pourquoi devons-nous vivre là ? » Néanmoins, j’ai pensé que la raison de vivre peut-être trouvée dans la ville elle-même, que cette raison est cachée derrière ses murs. Le salut doit être trouvé à l’intérieur, non pas que la réalité ait une beauté ou un sens particuliers ; mais parce qu’il faut qu’il y ait une raison de continuer à vivre même à l’intérieur de cette ville lugubre. Si Dieu existait, c’est ce qu’il nous dirait. Et c’est cela, l’histoire que je voulais faire passer.
Interview issue du dossier de presse
Interview de Jeon Do-Yeon
Je n'ai pas eu besoin de lire le scénario avant de dire oui. Le metteur en scène est Chang-dong, la vedette Song Kang-ho. Je voulais en être…
Shin-ae est faible et vulnérable, mais elle n'aime pas le montrer. Elle ne demande jamais d'aide. Elle résout ses problèmes toute seule. Je me rappelle avoir demandé au réalisateur pourquoi Shin-ae était venue à Miryang. Je ne comprenais pas pourquoi elle devait tant souffrir. Il m'a répondu que c'est là qu'elle pouvait repartir à zéro avec de tels souvenirs. Kang-ho a lu le script avant moi. Il n'arrêtait pas d'en chanter les louanges. Ce n'est que quand j'eus fini de le lire que je me suis rendue compte de la difficulté. J'ai commencé par être vraiment intimidée. Je ne savais pas si je serais capable de faire passer les émotions du personnage. J'ai dit au metteur en scène que je n'étais pas sûre d'y arriver.