D’où vous est venue cette histoire à sept personnages ?
Je commence toujours un film sur le rêve personnel d’une scène, d’un éclat de situation, qui me semble riche d’un mystère, d’une ambiguïté, d’une histoire que l’on peut aller chercher en amont ou en aval de cette scène. Je livre ce rêve en confiance à
Jacques Fieschi et
Frédéric Bélier-garcia. J’accueille les leurs, on parle. Tout commence là. Un peu comme une photo ou un tableau énigmatiques dont il faudrait retrouver le sens, imaginer le récit dont cet instantané est tiré. Pour
Selon Charlie, se sont d’abord imposés deux personnages, liés par regard dans une cour de lycée : Pierre et Matthieu. Deux hommes qui se retrouvent de part et d’autre d’une vie, d’une ambition qu’ils avaient rêvée ensemble, et qui s’étaient perdus... Je me suis passionnée pour l’énigme de leur relation. Mais quand j’ai commencé à entrevoir en quoi elle était productive de fiction et d’affects, je me suis rendue compte que ce «mystère» me ramenait trop du côté de mes films précédents, en me mettant dans ces thèmes du secret et de la culpabilité, que j’avais déjà creusés. J’ai préféré faire de ce duo initial une des figures de l’histoire et aller chercher ailleurs le déploiement du sujet sensible que j’entrevoyais... comme si la mosaïque était la meilleure technique pour peindre le motif que je voulais, encore de manière diffuse, traiter.