Notes de Prod. : Selon Charlie

    en DVD le 14 Mars 2007

Entretiens

Entretien avec Nicole Garcia

D’où vous est venue cette histoire à sept personnages ?
Je commence toujours un film sur le rêve personnel d’une scène, d’un éclat de situation, qui me semble riche d’un mystère, d’une ambiguïté, d’une histoire que l’on peut aller chercher en amont ou en aval de cette scène. Je livre ce rêve en confiance à Jacques Fieschi et Frédéric Bélier-garcia. J’accueille les leurs, on parle. Tout commence là. Un peu comme une photo ou un tableau énigmatiques dont il faudrait retrouver le sens, imaginer le récit dont cet instantané est tiré. Pour Selon Charlie, se sont d’abord imposés deux personnages, liés par regard dans une cour de lycée : Pierre et Matthieu. Deux hommes qui se retrouvent de part et d’autre d’une vie, d’une ambition qu’ils avaient rêvée ensemble, et qui s’étaient perdus... Je me suis passionnée pour l’énigme de leur relation. Mais quand j’ai commencé à entrevoir en quoi elle était productive de fiction et d’affects, je me suis rendue compte que ce «mystère» me ramenait trop du côté de mes films précédents, en me mettant dans ces thèmes du secret et de la culpabilité, que j’avais déjà creusés. J’ai préféré faire de ce duo initial une des figures de l’histoire et aller chercher ailleurs le déploiement du sujet sensible que j’entrevoyais... comme si la mosaïque était la meilleure technique pour peindre le motif que je voulais, encore de manière diffuse, traiter.

Chaque personnage de Selon Charlie semble sortir de sa propre sphère, sans pour autant empêcher le film d’avoir une unité très forte.
Il y a un lien intime entre tous, qui m’a presque surprise, le résultat d’un cheminement inconscient. Ils sont si proches à l’arrivée, et pourtant si éloignés dans leurs classes sociales, leurs caractères, leurs histoires. On les a lancés comme des billes. L’unité de cet échantillon d’humanité s’est faite dans l’entrechoc de leurs rencontres. Ça modifie leurs courses et leur donne une sorte de point de fuite commun. Mais plus encore par un jeu d’écho, de sympathie entre leurs différentessensibilités, comme s’ils finissaient dans cette bataille chaotique de la vie par faire, bien qu’étrangers les uns aux autres, cause commune. Mais nous n’avons rien voulu forcer en verrouillant leurs liens ou en organisant un banquet final !

Même secondaires, les femmes ont des rôles-clés. L’équilibre dramaturgique du film se fait aussi et surtout grâce aux personnages de l’ombre, épouse, gouvernante, maîtresse, amie.
C’est sûrement un film sur le masculin. Les femmes évoluent sur la marge, elles montrent le chemin, délivrent les hommes de leurs chimères paralysantes. Bertagnat sera sauvé par Séverine, Pierre par Nora. Même si ces happy end restent «tremblés», incertains, ils sont pour moi décisifs.

Au centre du film on trouve la figure de l’homme préhistorique, Dirk. Qu’avez-vous voulu dire avec ce qui devient le huitième personnage du film ?
Nous nous sommes interrogés sur le désir de cet homme de la Préhistoire qui un jour a quitté sa tribu. Pourquoi s’est-il éloigné des siens, pourquoi s’est-il enfoncé dans ce désert glacé ? C’est l’énigme de son départ qui est rejouée par les sept personnages du film. C’est un peu l’écho de leur quête, leur désir d’ailleurs, dans le fatras des enjeux sociaux, quotidiens, sexuels, policiers, où se jouent et se faufilent leurs destinées. C’est comme l’impulsion archaïque qui nous convoque toujours et encore, à notre propre risque.

Entretien avec le scénariste, Frédéric Bélier-garcia

À quel stade d’élaboration du film êtes-vous arrivé ?
Dès le début de la rêverie sur le projet. Nicole Garcia avait en tête une scène, qui avait pour épicentre un regard, un regard entre deux hommes qui ne se sont pas vus depuis longtemps, et qui se retrouvent de part et d’autre de cette ligne de partage qu’est la réussite ou l’échec. J’ai tout de suite aimé ce qui se jouait entre ces deux hommes, de part et d’autre de ce regard, travailler sur cette frontière qui passe entre les êtres et en chacun de nous entre réussite et échec, victoire et défaite (J’ai d’ailleurs un temps milité pour un autre titre du film, qui aurait pu être ce vers de Shakespeare : «Pense à moi demain dans la bataille»). Mais tout de suite, nous nous sommes demandés s’il n’était pas plus pertinent de proposer un regard fragmenté sur ce thème, à travers une mosaïque de moments, d’histoires. Plutôt qu’une biographie, travailler sur ces éclats de vies où la trajectoire d’un homme s’incurve, se redresse ou prend une tangente.

Écrit-on un film choral comme un film linéaire ?
Apparemment, oui. Il n’y a pas une autre méthode à ceci près, que l’essentiel, à savoir la tonalité globale du récit, s’écrit un peu en aveugle. On ne maîtrise pas techniquement le ressenti global, il se peaufine par tâtonnement, de manière empirique. Chaque personnage trace son sillon, mais doit aussi sans cesse ramener le thème des autres, comme dans une partition d’opéra. C’est pourquoi les jugements sur la couleur globale de l’œuvre ne cessent de nous surprendre.

Vous êtes-vous approprié un personnage plus qu’un autre ?
Non, personne n’avait de paternité sur les personnages. Chacun de nous en a nommé plusieurs : «l’homme qui se rêvait voleur», «le maire», «le père», «le tennisman», etc... Mais après cette impulsion première, les aventures existentielles du personnage étaient prises en charge par tous. Il fallait d’abord définir l’inquiétude de chaque personnage, par un mauvais pacte qu’il avait pris avec son existence. Chacun est défini par un arrangement bancal qu’il a pris avec lui-même, et qui au moment où on le prend dans son destin ne tient plus, vacille, se fissure ou implose selon le cas. Puis définir leurs stratégies face à cette situation, et leur point d’arrivée, leur échappée belle. Au bout du compte, il y a une cohérence très serrée qui s’est faite presque à notre insu, on peut ainsi percevoir que chaque personnage a un alibi à son insuffisance, et qu’il faut que cet alibi tombe (comme on dirait dans un roman policier) pour qu’il se délivre de l’enfermement existentiel dans lequel il s’était enlisé.

Comment résumeriez-vous le film ?
Il y a sans doute plusieurs manières de s’approprier son propos. Pour moi, ce pourrait être un film sur le destin, ou plutôt sur une idée contemporaine du destin. Le destin n’étant là que le nom qu’on donne à ce qu’on veut essentiellement éviter et qui inlassablement nous rattrape, nous double, pour finir par se tenir face à nous. C’est le nom du jeu périlleux et vital entre ce qu’on fuit et ce qui incessamment nous rattrape. On a ça dans la phrase assez centrale de Pierre sous les arbres : «Chacun, une fois dans sa vie, doit rencontrer son pire cauchemar. Moi c’était ce soir». Chacun danse autour de sa catastrophe personnelle, plus il essaie de s’en éloigner plus il s’en rapproche, et quand enfin il tombe dedans, il peut rejoindre son histoire, ou sa vérité.

Sur le tournage...

Le 24 juin 2004 : Selon Charlie, prochain film de Nicole Garcia

L’actrice Nicole Garcia, pour qui le passage à la réalisation a été prolifique avec des films comme Place vendome, Le fils préféré, est en préparation de son cinquième film : Selon Charlie. Le sujet, moins douloureux que les précédents, se rapprochera d’une comédie de mœurs, un short cut à la française...
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 66 822 entrées
  • Cumul IDF : 120 517 entrées

  • 1ère semaine France : 257 457 entrées
  • Cumul France : 518 629 entrées