Les mandats exercés par nos deux femmes présidentes (Cory Cojuangco Aquino,
1986-1992, et Gloria Macapagal Aroyo, depuis 2001) illustrent leur ténacité, envers et contre tout. Elles ont essuyé bien des tempêtes, avec coups d’Etats militaires et autres soulèvements, tout en continuant à diriger.
Dans l’histoire, le personnage d’Alan (interprété par Coco Martin) est constamment ennuyé par un furoncle sur les fesses. Qu’est-ce que cela représente ?
Ce furoncle sur les fesses d’Alan (
Coco Martin) est une véritable plaie. Cela lui est très inconfortable, comme beaucoup de choses dans sa vie. Symboliquement, ce furoncle représente l’imprévisible - tout ce qu’on tente d’éviter en vain et qu’il nous faut bien gérer. L’inattendu se produit pour un tas de raisons, mais une fois qu’il est là, il faut vivre avec, en espérant s’en débarrasser un jour. La souffrance d’Alan l’oblige à boiter, mais c’est sa vie toute entière qui est bancale. Sa petite copine est enceinte et lui n’est pas prêt à assumer une telle responsabilité. Il se prête alors à toutes les mascarades en jouant au romantique et en couchant avec elle, alors que tout devient de plus en plus irrespirable autour de lui. Finalement, après s’être débarrassé de son satané bouton, en pratiquant un rituel traditionnel, Alan décide de tout abandonner - sa famille, ses proches, le cinéma, son travail, sa petite copine et leur projet commun. Il rassemble toutes ses affaires dans un sac et s’enfuit, bravant une foule immense, rassemblée lors d’une procession religieuse. Peut-être incarne-t-il l’image de l’ingrat qui quitte son pays, désespéré, à la recherche l’endroits plus propices, et qui reviendra dans son pays après une vie de servitude, accueilli en héros.
Dans ce film, la caméra suit constamment chaque personnage, qui erre autour du cinéma FAMILY, à tel point que le spectateur a l’impression de faire lui-même partie du décor. Etait-ce volontaire ?
C’est devenu une marque de fabrique, une façon de faire, dans tous mes films la caméra suit presque toujours les personnages. On peut le constater dans
Le Masseur, dans
Kaleldo. Nous avons fonctionné de la même manière dans
John John (Foster Child), en suivant tous les personnages sur une journée, et
Tirador (Slingshot) montrait aussi toutes les voies que pouvaient emprunter les personnages. Dans
Serbis, les déplacements qu’opère la caméra, accompagnant les personnages dans tous les recoins du cinéma, sont délibérés et complètement intégrés à la narration du film. Les différents étages du cinéma reflètent la structure de chacun des personnages. Ils sont étudiés et interprétés en fonction de leur nature, de leur culture, de leur éducation, de leur expérience et de leurs sensations.