Serge Lifar Musagete
Genre : Documentaire - Durée : 1H27 mn
Sortie en salles le 30 Novembre 2005
Presse
Spectateurs

Serge Lifar par Dominique Delouche, le réalisateur

Est-il nécessaire de présenter Serge Lifar au centième anniversaire de sa naissance ?
Non, si l'on interroge les amoureux de la danse plus que sexagénaires. Pour ma part, je pense en revanche qu'un Mystère Lifar mérite bien d'être élucidé.
Lifar au plus haut de son zénith pendant les années noires de l'Occupation a été ébloui par son propre soleil et a bu le poison des louanges et des privilèges offerts par de mauvais prophètes. Citoyen défaillant et créateur de génie, ainsi que l'a stigmatisé Cocteau, Lifar, tel Orphée a été précipité du plus haut de sa gloire dans l'Erèbe, poursuivi et lapidé par la meute des Ménades.
Lifar est mort à petit feu, étouffé par la conspiration du silence, cette Némésis à l'usage des poètes. L'artiste a payé avec usure les faiblesses du citoyen fourvoyé. Il avait choisi de ne pas répondre aux coups ni aux outrages, se présentant résigné devant ses accusateurs, prenant peut-être ses humiliations comme une rédemption, et restant confiné dans un mutisme qui rendait encore plus énigmatique le Cas Lifar.
J'ai connu cet homme blessé en 1959 alors qu'il acceptait de participer à mon premier film Le Spectre De La Danse. J'ai reconnu en lui de la souffrance, de la dignité et de la générosité.
C'est quinze ans plus tôt que Lifar avait ébloui mon enfance par sa présence apollinienne sur la scène de l'Opéra et par ses ballets, fêtes de l'intelligence. C'était précisément pendant cette Occupation qui lui fut si funeste.
Lifar avait apporté à l'Opéra quand il y entra en 1929 la philosophie du Ballet de son maître Diaghilev. C'est dire qu'il y a tout révolutionné : la Danse, d'abord, enfin suffisante à soi-même et non plus art de divertissement, intermède (du mot entremets) du spectacle lyrique. Il a promu le ballet en art total, lieu de rencontre du peintre, du musicien, du librettiste et du danseur. En matière d'écriture, il a bousculé, basculé les angles droits de Petipa et inventé des figures qui sont rentrées dans le langage courant de la chorégraphie. Lifar a créé, modelé dans la glaise une nouvelle race de danseurs. C'est son côté musagète.
Nos actuels danseurs sont ses héritiers qu'ils le sachent ou non.
Et Lifar a même transformé le public. Au spectateur jadis frivole, il a inculqué la ferveur et la passion.
J'avais recroisé ses ballets après sa mort dans plusieurs films que j'ai consacrés à la danse, tentative d'anamnèse toujours reprise, jamais achevée sur plus de quarante ans de réalisations. Ces témoignages se présentent sous forme de transmission de chorégraphies de la bouche et du geste de ceux qui les avaient inspirées, les Chauviré, Vyroubova, Peretti…
Jean Cocteau son ami nous dit : « Chaque fois que je vois Lifar danser, je vois du sang. Ses genoux sont meurtris, sa bouche est une blessure, ses veines s'ouvrent. Il ruisselle littéralement de ce sang de l'âme dont la perte nous épuise et qui est sueur d'amour. Alors, la Danse, au lieu d'être un art assez ridicule retrouve son caractère sublime et religieux ».
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