“L’enquête est rouverte...”
Avec ces quelques mots prononcés à la fin du premier
Sherlock Holmes, le spectateur pouvait s’attendre à de nouvelles aventures du célèbre détective. Désormais, avec ce deuxième volet,
Sherlock Holmes 2 : Jeu D'Ombres, le héros britannique se retrouve au cœur d’une enquête inédite, riche en rebondissements.
Comme l’indique
Guy Ritchie, «J’avais très envie de renouveler l’expérience de
Sherlock Holmes car j’avais vécu une aventure humaine et artistique formidable. Comme c’est un personnage aux facettes multiples, on pouvait envisager toutes sortes d’intrigues différentes. Il a des traits de personnalité qui n’appartiennent qu’à lui, et je voulais les explorer davantage tout en offrant au spectateur des scènes qu’il n’avait encore jamais vues».
Grâce à sa relecture de
Sherlock Holmes,
Guy Ritchie a imposé une nouvelle image du héros imaginé par Sir Arthur Conan Doyle pour toute une génération. De son côté,
Robert Downey Jr réinvente l’interprétation du protagoniste, tout comme
Jude Law campe le docteur Watson – ami, partenaire et faire-valoir occasionnel du détective – en lui imprimant sa patte personnelle.
«Il s’était produit une véritable alchi mie entre les deux comédiens sur le premier film, et on avait envie d’aller encore plus loin dans leurs rapports», indique le producteur
Joel Silver. «Dans le premier volet, il fallait donner au public le temps de cerner les défauts des personnages. L’avantage, avec ce deuxième épisode, c’est que, comme on a déjà jeté les fondations, on peut se permettre de projeter le spectateur au cœur de l’action sans attendre. Et de signer des scènes plus spectaculaires, plus drôles et plus explosives – dans tous les sens du terme – que dans le premier opus».
«Avant tout», reprend
Robert Downey Jr, «il s’agissait de rester fidèle à la vision originale de Guy, tout en confiant une enquête encore plus complexe que la première à Sherlock et en cherchant à mettre ses grandes capacités intellectuelles à l’épreuve». C’est un redoutable adversaire qui fait peser cette menace sur le célèbre détective : le professeur James Moriarty, dont le nom est connu de tous ceux qui ont côtoyé, de près ou de loin, l’univers de
Sherlock Holmes.
«Il nous fallait une énigme qui fasse monter les enchères pour Holmes et nous l’avons donc confronté à son ennemi le plus célèbre», indique la productrice
Susan Downey. «À la fin du premier opus, Sherlock entendait vaguement parler de Moriarty par Irene Adler. Depuis, il est obnubilé par les sombres projets de Moriarty et commence à prendre conscience de l’ampleur de ses plans».
«Moriarty est le criminel à l’esprit le plus affûté au monde», poursuit le producteur
Lionel Wigram. «C’est un génie – certes un génie psychopathe – mais comme il est particulièrement brillant, Holmes a sans doute enfin trouvé un homme à sa mesure».
«Étant donné qu’ils sont du même calibre intellectuel, ils ont un peu le sentiment de participer à un jeu qui les passionne», souligne Ritchie. «À cet égard, ils ont besoin l’un de l’autre, et cette idée renvoie d’ailleurs au livre. Holmes a autant besoin de Moriarty que Moriarty a besoin de Holmes».
Pour le scénario, les producteurs ont fait appel à Kieran et
Michele Mulroney, mariés dans la vie. Il faut dire que cette dernière est une formidable experte de l'œuvre de Conan Doyle : «Comme j’ai grandi en Angleterre, je me souviens que lorsque j’ai lu ses livres, j’ai été fascinée par la manière à la fois étrange et puissante dont son cerveau fonctionnait», dit-elle. «C’était formidable de se replonger dans cet univers : je suis toujours aussi éblouie par l’originalité et l’intelligence des enquêtes imaginées par Conan Doyle».
D’ailleurs, les passionnés de Sherlock Holmes remarqueront que les auteurs du film ont rendu hommage à l’écrivain en ponctuant les dialogues de ses propres tournures.
Les scénaristes tenaient absolument à rester fidèles à la description du «méchant» de l’histoire ainsi qu’à celle des deux héros. «On savait que quels que soient les projets machiavéliques de Moriarty, on devait donner le sentiment qu’ils sont incontrôlables», explique
Kieran Mulroney. «Les enjeux devaient être à la hauteur de la noirceur du professeur qui, de toute évidence, est incommensurable. Notre objectif consistait à faire en sorte que Holmes et Watson se dépassent eux-mêmes en poursuivant cet homme, et à mettre leur relation à l’épreuve plus encore que dans le premier opus».
«J’étais ravi que les rapports entre Holmes et Watson, tels que nous les avons construits, soient encore la pierre angulaire de cette nouvelle histoire», affirme
Jude Law.
Le producteur
Dan Lin, qui avait déjà collaboré avec le couple Mulroney, ajoute : «Leur scénario explore l’évolution des rapports entre Holmes et Watson, sachant qu’à la fin du premier film, Sherlock se tient prêt pour une nouvelle affaire et que Watson s’est fiancé à Mary, dans la perspective de fonder un foyer et de ne plus jouer au détective. Qu’est-ce que cela implique pour leur avenir ? Et le monde pourra-t- il s’en sortir sans eux, d’autant plus que le redoutable professeur Moriarty est toujours en liberté ?»
Dans ce deuxième épisode, on fait aussi la connaissance d’un personnage bien connu des familiers de l’œuvre de Conan Doyle : Mycroft Holmes, frère aîné du héros, bien plus raffiné que son cadet, à qui
Stephen Fry prête ses traits. Irene Adler (
Rachel Mcadams) est toujours là pour tourmenter Sherlock, tandis qu’un autre personnage féminin fait son apparition : la bohémienne Sim, campée par la comédienne suédoise
Noomi Rapace, qui fournira peut-être la clé de l’énigme et parachèvera le sinistre projet de Moriarty.
Étant donné que le complot du professeur prend une dimension internationale, l’intrigue se déroule non seulement à Londres, mais aussi en France, en Allemagne et en Suisse.
«Le fait de voyager à travers l'Europe nous a permis de donner une tonalité nouvelle au récit, ce qui correspond bien aux évolutions politiques, économiques et surtout industrielles de la fin du XIXème siècle», reprend Wigram. «C’était le début de l’époque moderne qui a donné naissance au complexe militaro-industriel et à un arsenal de guerre beaucoup plus puissant et efficace».
Dans ce monde en mutation, le danger est constant. Mais pour ceux qui savent en profiter, c’est l’occasion rêvée d’étendre son pouvoir et sa fortune. Seul Sherlock Holmes a compris que James Moriarty cherche à tirer avantage de la situation – et c’est désormais la course contre la montre avant que celui-ci ne provoque une catastrophe...
“C’est notre dernière enquête, Watson. J’ai l’intention de vivre pleinement cette aventure”.
Le personnage campé par
Robert Downey Jr est hors normes. Délaissant la célèbre casquette, la pipe calebasse et le protocole typiquement britannique, Holmes revisité par l’acteur est un bagarreur aguerri, qui connaît les lois de la rue, et dont l’agilité physique n’a d’égale que sa puissance cérébrale et ses intuitions quasi surhumaines.
«Ce qui était primordial dans le premier film, c’était de prendre nos distances avec l’image un peu poussiéreuse du personnage à laquelle s’attendent en général les gens», signale Ritchie. «Tout en restant fidèles à l’esprit de Conan Doyle, nous voulions mettre en avant sa force physique, sans négliger bien entendu son intelligence et son instinct infaillible, et Robert a formidablement bien campé le personnage et toutes les nuances subtiles propres à sa personnalité. Je ne pourrais plus imaginer un autre acteur que lui pour interpréter
Sherlock Holmes».
«J’adore tourner avec Guy», renchérit Downey. «C’est un vrai travail d’équipe et son formidable sens de l’humour entre aussi en jeu. Sur ce film, on redécouvre Sherlock Holmes sous un nouveau jour. On voulait conserver l’énergie du premier opus, en ancrant ce deuxième volet dans une atmosphère plus sombre».
«Robert a su s’approprier le personnage, en en faisant un type drôle et excentrique, et surtout parfaitement vraisemblable en détective le plus réputé de tous les temps», s’enthousiasme Silver.
Depuis la fin du premier volet, Holmes est convaincu que s’il a mis le terrible Lord Blackwood hors d’état de nuire, un péril bien plus grand encore menace le monde. Tapi dans l’ombre, le professeur Moriarty attend patiemment son heure, espérant tirer profit des méfaits de Blackwood.
«Au bout de plusieurs mois, on constate que Holmes est devenu totalement obsédé par Moriarty, au point qu’il est en train de péter les plombs», note Downey. «Il ne pense plus qu’à lui, si bien qu’il risque bien de perdre la raison».
Le docteur Watson découvre son ami dans ce piteux état quand il revient à Baker Street, la veille de son mariage avec Mary. «Il est tout heureux à l’idée que son meilleur ami, et témoin, lui a organisé une fête d’enterrement de vie de garçon», remarque
Jude Law. «Au lieu de cela, il se rend compte qu’il a toutes les raisons de s’inquiéter du comportement obsessionnel de Holmes à l’égard de Moriarty. Je ne pense pas qu’il mette en cause les soupçons de Holmes, d’autant qu’il y a toujours en lui cette dimension combative qui le pousse à vouloir que la justice soit faite. Mais il sait qu’il se retrouvera face à ce dilemme de toujours : une vie paisible avec sa femme ou l’excitation trépidante de l’enquête. De toute évidence, il passe des moments formidables quand il travaille sur une enquête avec Holmes, et il souhaite venir en aide à son ami. Autant dire qu’il est dans un terrible conflit de loyauté».
«On aimerait tous avoir le génie de
Sherlock Holmes, même si on est plus susceptible d’éprouver de la sympathie pour Watson», observe le réalisateur.
«En tant que médecin, c’est lui-même un intellectuel, mais d’une certaine façon, Watson incarne l’homme simple tenté par l’aventure, et Holmes représente pour lui l’opportunité d’y goûter. C’est donc un tandem qui fonctionne à merveille, et c’est lui qui assure le dynamisme des enquêtes de Conan Doyle».
L’alchimie entre Holmes et Watson fait écho à l’amitié qui s’est nouée entre leurs deux interprètes. «Mes sentiments envers Jude sont comparables à ceux qu’éprouve Sherlock pour John : j’aime ce mec comme un frère», confie Downey. «Je n’aurais pu rêver meilleur partenaire».
«La relation entre les deux personnages était l’un des aspects les plus gratifiants du premier opus et, dès le départ, Robert et moi avons retrouvé nos marques sur ce nouvel épisode», souligne Law. «En plus, nous avions l’avantage de connaître nos personnages d’entrée de jeu puisque nous avions déjà jeté les fondations de leur relation, si bien qu’on a pu se fier à nos intuitions et même aller encore un peu plus loin».
Michele Mulroney explique que la présence des acteurs était d’autant plus cruciale qu’ils connaissaient très bien leurs personnages. «Robert et Jude ont incarné Holmes et Watson avec une telle précision qu’ils savent exactement ce qui les stimule», dit-elle. «Impossible de leur faire apprendre des répliques qui leur sembleraient inappropriées. C’était formidable de travailler avec eux car ils sont vraiment les garants du respect de leurs personnages».
“Cet homme sans visage avec qui tu traites n’est pas un criminel comme les autres. C’est le Napoléon du crime”.
En définitive, Watson n’a plus le choix de faire équipe avec Holmes ou pas. Car Moriarty menace désormais de s’en prendre au médecin et à sa chère Mary.
Jared Harris campe l’homme qu’il décrit comme «le premier "super-méchant" de la littérature moderne, et c’est ce qui était assez intimidant. Il doit se comporter de manière à justifier l’estime dans laquelle le tient Sherlock Holmes car il incarne une terrible menace. Il faut qu’on puisse croire au fait qu’il est aussi malin que Holmes – peut-être même plus malin – à l’image d’un maître des échecs, capable d’avoir plusieurs coups d’avance sur son adversaire. Mais en réalité, c’est un redoutable sociopathe, ce qui en fait un personnage très amusant à jouer».
En choisissant l’interprète d’un des personnages les plus maléfiques jamais imaginés, les producteurs ont dû prendre en considération le fait que Moriarty était perçu comme un brillant professeur de mathématiques inoffensif, davantage admiré que craint. «Il fallait qu’on reste fidèle à l’idée que Conan Doyle l’a conçu comme un méchant qui cache totalement son jeu», rapporte le réalisateur. «C’est l’envergure de ses projets qui en fait un personnage hors normes. Jared était l’homme de la situation».
«Jared fait du personnage un type à la fois séduisant et dangereux», reprend Wigram. «Il peut sembler réservé et doux, mais il y a quand même une lueur de folie dans son regard, si bien qu’il restitue très bien les différentes facettes du bonhomme : éminent universitaire et proche des puissants et des fortunés, et cerveau diabolique d’une gigantesque entreprise criminelle qui a bien vu que l’industrialisation est en train de bouleverser le monde et qui sait en tirer profit d’une manière insoupçonnée. C’est là son génie».
«Seul Holmes a perçu l’importance et la complexité des plans de Moriarty», indique Ritchie. «C’est à lui d’en faire part à Watson et, à travers lui, au spectateur».
Mais le célèbre détective n’aurait peut-être pas déjoué les projets du professeur à temps sans Irene Adler qui, comme on l’a appris dans le premier volet, a travaillé pour Moriarty. Elle a révélé son identité à Sherlock, en lui conseillant cyniquement de ne pas sous-estimer ce redoutable adversaire.
«Irene est la seule femme qui ait jamais tenu tête à Holmes et la seule qui le fascine», déclare
Susan Downey. «Ils ont une relation explosive dont Moriarty est bien conscient, et c’est ce qui peut s’avérer dangereux pour eux deux».
Rachel Mcadams, qui endosse de nouveau le rôle de cette femme fatale calculatrice, explique : «Ses rapports avec Holmes sont assez ludiques : ils jouent au chat et à la souris, attendant chacun que l’autre avoue ses sentiments. Mais il y a aussi une part d’ombre et de mystère dans leur relation car on ne sait jamais quel coup elle mijote. C’était gratifiant de travailler avec Guy et Robert pour trouver le bon équilibre entre l’amour et la haine qui caractérise leurs rapports... comme un ballet parfaitement chorégraphié».
Sorte de messager au service de Moriarty, Irene fournit involontairement à Sherlock un autre indice : une lettre adressée à une diseuse de bonne aventure, du nom de Sim, qui, selon Downey, devient le «pivot de l’enquête».
Remarquée dans
Millénium, Le Film,
Noomi Rapace tient son premier rôle anglophone. «On l’a tous adorée et, quand on l’a rencontrée, elle avait plein d’idées pour son personnage», signale Ritchie. «J’ai beaucoup aimé travailler avec elle parce qu’elle a du punch, qu’elle est futée et qu’elle s’investit totalement dans son rôle, et c’est exactement ce qu’on cherchait pour Sim».
La comédienne souligne que le mode de vie nomade des Tziganes et les circonstances historiques ont fait de Sim une dure à cuire. «Elle est constamment aux aguets et, où qu’elle aille, elle n’est pas bien accueillie, si bien qu’elle a dû apprendre à se défendre», dit-elle. «Son peuple s’est habitué à vivre dans des conditions extrêmes et à être à l’affût du moindre danger, et sait qu’il n’est le bienvenu nulle part. Sim a été confrontée à la part la plus sombre du genre humain et, à cet égard, elle se sent proche de Holmes».
La comédienne a sans doute, elle aussi, des points communs avec son personnage. «Mon père était d’origine espagnole et chanteur de flamenco, et on m’a raconté qu’il avait du sang tzigane», rapporte- t-elle. «Je ne sais pas si c’est vrai, mais je me suis toujours intéressée à la culture tzigane et le fait de pouvoir interpréter Sim m’a permis de me plonger dans cette civilisation, et de bien cerner son mode de vie, ses rapports affectifs et son formidable sens de la famille et de la loyauté. Grâce à Guy, je me suis sentie très libre pour mettre au point le personnage, ce que j’ai beaucoup apprécié».
«Noomi est non seulement une formidable comédienne, mais une personne adorable», renchérit Silver. «Elle a beaucoup de scènes, aux côtés de Robert et de Jude, et elle a vraiment été à la hauteur». La lettre énigmatique qui a poussé Sherlock Holmes à s’intéresser à Sim vient de son frère Rene. Il y a plusieurs années, Sim et Rene faisaient partie d’un groupe anarchiste, le Lapin Vert. Quand les méthodes de celui-ci sont devenues trop violentes, Sim et son frère ont quitté le groupe, mais pour des raisons qui restent obscures, Rene y a adhéré de nouveau et a fini par devenir un pion dans le stratagème diabolique de Moriarty. Sim accepte d’aider Holmes et Watson à condition qu’ils sauvent son frère.
Holmes cherche d’abord la trace de Sim dans un club privé, où il emmène Watson et son frère Mycroft, sous le prétexte d’y organiser la fête d’enterrement de vie de garçon du médecin.
Stephen Fry campe Mycroft Holmes, haut fonctionnaire dont les responsabilités restent mystérieuses.
«Sherlock Holmes est l’un des premiers personnages de la littérature que j’ai découverts, et l’un de mes préférés», note l’acteur anglais. «J’ai adhéré à la
Sherlock Holmes Society of London et à mon avis j’étais, à l’époque, le membre le plus jeune. Quand on m’a contacté pour le rôle de Mycroft, j’ai bondi de joie !» «Ce qui est formidable chez
Sherlock Holmes, c’est qu’il a des traits de personnalité qui résistent à l'épreuve du temps», poursuit-il. Quand j'ai vu la première adaptation réalisée par
Guy Ritchie, je me suis dit qu’elle correspondait parfaitement à notre époque. Il y avait un mélange d’action et d’humour qui enrichissait l’incarnation du personnage. Guy est un réalisateur extraordinaire, malin comme tout, constamment curieux, d’autant qu’il sait exactement ce qu’il veut, tout en détendant l’atmosphère sur le plateau».
«En Angleterre,
Stephen Fry est considéré comme faisant partie du patrimoine national et, quand on le côtoie un peu, on comprend pourquoi», reprend
Susan Downey. «C’est non seulement un comédien prodigieux, mais c’est aussi l’une des personnes les plus brillantes et les plus intelligentes que j’aie jamais rencontrées. C’est une encyclopédie vivante. La plupart du temps, si on se posait une question d’histoire ou une question sur Holmes, on se tournait vers lui car on savait qu’il aurait la bonne réponse».
Véritable connaisseur de l’œuvre de Conan Doyle, Fry maîtrisait parfaitement les excentricités du personnage de Mycroft. «J’aime l’idée que Sherlock a un frère plus futé que lui, mais qui est d’une grande paresse et qui ne s’intéresse pas du tout aux autres», précise-t-il. «Mycroft est un parfait misanthrope. Il a cofondé un club, le Diogenes Club, où il n’est pas permis de parler. Quand on découvre les deux frères ensemble, ils se lancent dans une sorte de compétition intellectuelle, et le pauvre Watson se retrouve au milieu de ces deux génies sans pouvoir rien faire».
L’épouse de Watson, Mary, est quelque peu épouvantée par cet autre Holmes qui est censé prendre soin d'elle après que Sherlock a ruiné sa lune de miel.
C’est
Kelly Reilly qui retrouve le rôle de Mary Morstan, désormais mariée à Watson. «Elle est très douée», s’enthousiasme
Susan Downey. «On était ravis que Mary ait davantage de scènes – d’action et de comédie – dans cet opus, ce qui nous a permis de mettre en valeur les différentes facettes du talent de Kelly, et les aspects multiples de la personnalité de Mary».
«Mary sait que John l’aime, mais elle est aussi consciente du fait qu’il est tiraillé entre une vie de famille paisible à ses côtés et des aventures rocambolesques avec Sherlock», remarque l’actrice. «Et je pense qu’elle est plus sensible à ses exploits qu’elle ne le laisse paraître».
Parmi les comédiens, citons encore Paul Anderson dans le rôle du colonel Sebastian Moran, bras droit de Moriarty, réputé pour être le meilleur tireur d’élite d’Europe, ou encore Thierry Neuvic dans celui de Claude Ravache, patron du Lapin Vert, qui commet l’erreur fatale de s’allier à Moriarty.
“Mon cher, si cela vous ennuie d’aller jusqu’au bout de cette enquête, je ne vous demanderai plus jamais votre aide.”
Quand Holmes retrouve Watson, cela fait déjà quelque temps qu'il cherche à localiser Moriarty. Pour fêter sa dernière soirée de célibataire, le médecin débarque au 221B Baker Street, dont l'extérieur a été construit dans les studios Leavesden. Watson s'attend à une fête d'enterrement de vie de garçon selon les règles, mais il aurait dû se douter que la tradition n'est pas le fort de son ami... Lorsque la porte s'ouvre, il se retrouve plongé au cœur d'une véritable jungle urbaine : le salon est en effet envahi par des plantes et des arbres, ainsi que par une ménagerie d'animaux exotiques !
C'est la chef décoratrice
Sarah Greenwood et son équipe qui ont conçu la faune et la flore de l'appartement de Baker Street dans les studios d'Elstree. «Ce qui était formidable, c’est qu’on a pu utiliser toutes sortes de plantes puisque Holmes les a importées du monde entier pour tester divers poisons et formules médicinales», dit-elle. «On a malgré tout essayé de respecter une certaine esthétique, même si Holmes ne fait rien par souci esthétique car chacune de ses décisions n'obéit qu'à une logique purement rationnelle».
Il a fallu installer cette jungle très dense dans un environnement déjà envahi par les meubles, les livres, les papiers, les dispositifs expérimentaux et autres accessoires, à tel point «qu’on n’aurait jamais cru qu’on pouvait encore y glisser quoi que ce soit», souligne la chef-décoratrice. «On s’est demandé comment l’équipe allait pouvoir y insérer une caméra, mais elle y est parvenue !»
Caché parmi les plantes, Holmes est indétectable car il est vêtu dans une tenue de camouflage qu’il a lui-même fabriquée. La chef costumière
Jenny Beavan s’explique : «Sherlock porte davantage de déguisements dans ce nouvel opus, ce qui était un vrai défi pour nous, mais qui nous a plu. Par ailleurs, on s’en est tenu à l’idée que la garde-robe de Holmes est un mélange d’accessoires hétéroclites qui ne sont pas forcément assortis. À l’inverse, Watson s’habille avec soin, dans le style qui convient à un ancien militaire.
Même revenu à la vie civile, il a gardé son goût pour la sobriété de son passé de soldat».
Holmes s’est également approprié l’ancien bureau de Watson, en y installant un dispositif de repérage d’une grande sophistication – signe de son obsession pour Moriarty – pour suivre les avancées du savant fou dans ses sombres projets. Des manchettes de journaux et des cartes de l’Europe ou d’autres indices sont parcourus de fils rouges, formant un maillage complexe de complots et de meurtres qui remonte systématiquement au professeur.
Lorsque Holmes et Watson quittent les lieux, ils voyagent de manière luxueuse, d’autant plus que le médecin est au volant de l’un des premiers véhicules automobiles. Grâce aux recherches de
Sarah Greenwood, l’engin a ensuite été construit par le superviseur effets spéciaux
Mark Holt et son équipe. La chef-décoratrice a également imaginé un wagon luxueux d’un train de l’époque victorienne, à bord duquel le couple Watson comptait partir en voyage de noces – avant que leurs plans ne soient contrariés...
«Dans le premier épisode, nous n’avions fait que quelques allusions au tout début de l’industrialisation, mais dans ce deuxième volet, nous avons davantage évoqué la révolution industrielle qui touche toutes les catégories sociales», ajoute
Sarah Greenwood.
«Le monde entier était à l’aube d’une nouvelle ère». Vers la fin du XIXème siècle, les lampes à huile cèdent le pas à des lampadaires électriques et ces tout premiers éclairages se sont avérés étonnamment utiles au chef-opérateur
Philippe Rousselot. «On se servait d’immenses lampes à arc pour éclairer la ville et elles ressemblent aux éclairages qu’on utilise sur un plateau de cinéma aujourd’hui», signale-t-il. «Du coup, on n’a pas eu besoin de dissimuler nos lampes pour respecter la vérité historique, ce qui est très pratique quand on prépare un tournage».
Comme dans le premier
SHERLOCK HOLMES, le directeur de la photo et
Guy Ritchie ont utilisé la caméra numérique à haute vitesse «Phantom» pour transposer visuellement la fameuse «Holmes- o-vision», autrement dit les prévisions mentales quasi instantanées du détective des affrontements physiques à venir. «Je n’aime pas me répéter», précise encore le réalisateur. «Il y a donc quelques variations autour de la Holmes-o-vision. Cette fois, les choses ne se passent pas toujours exactement comme Holmes le prévoit et il doit donc s’adapter».
Le cinéaste signale que l’équipe a ménagé un effet de surprise dans le dispositif pour l’affrontement final entre le protagoniste et son ennemi juré, faisant ainsi écho à l’opposition entre la stratégie du détective et celle du professeur. «Cela nous a permis de montrer que les deux adversaires sont au même niveau intellectuel. Mais Sherlock reste très agile physiquement».
Eric Oran, qui entraîne
Robert Downey Jr depuis des années au kung-fu Wing Chun, a de nouveau collaboré avec le comédien pour mettre au point son style de combat très instinctif.
«Robert est toujours enclin à effectuer ses propres cascades, et il y excelle», rapporte le chef cascadeur Franklin Henson. «Le fait qu’Éric travaille avec nous nous a beaucoup aidés car il connaît la dynamique à laquelle Robert est habitué». Henson a conçu un style de combat plus traditionnel pour Moriarty, en s’appuyant sur le fait qu’il a été champion de boxe à Cambridge.
Jared Harris a également réalisé ses propres acrobaties pour la scène de combat prouvant qu’il est un adversaire digne du détective. «Moriarty a l’allure d’un universitaire, mais nous savons tous que les apparences sont parfois trompeuses».
Dans le film, les scènes de combat ne sont pas l’apanage exclusif des hommes – ce dont
Noomi Rapace s’est réjouie. «Sim a appris à se battre dans la rue», dit-elle. «Elle sait faire usage de ses poings et de ses pieds, et elle manie très bien le couteau, mais quand elle est confrontée à une situation, elle attrape le premier objet qui lui tombe sous la main. C’est une bagarreuse, et ça me plaît».
Sim prouve son ardeur au combat dans une scène haletante qui se déroule au club privé où Holmes est censé organiser la fête d’enterrement de vie de garçon de Watson, mais dont il se moque totalement. La salle de concert Wilton, à Londres, a servi de cadre au club, où Holmes fait barrage à l’assaut d’un redoutable assassin cosaque, missionné par Moriarty pour tuer Sim. La course-poursuite et la bagarre qui s’ensuivent – et qui se déroulent aux différents étages du club – sont le fait d’un coureuret d’un cascadeur en costumes traditionnels russes de l’époque.
Pour les tenues de Sim,
Jenny Beavan a pris en compte le côté physique du personnage et sa culture tzigane. «Sim ne peut pas se faire au carcan de la mode victorienne», souligne-t-elle. «Je voulais qu’il y ait une vraie liberté dans ses vêtements. J’ai trouvé une photo magnifique d’une femme, dans un numéro de Harper’s Bazaar des années 1890, qui portait ce qui devait être considéré comme une jupe très courte pour l’époque, et je me suis dit que ça lui correspondrait parfaitement».
Sans être luxueuse, la garde-robe de Sim est chatoyante, et mêle des broderies délicates à différents styles de tissus et de matières. Ses bottes et son chapeau ont un côté masculin, et ses bijoux sophistiqués sont, eux, très féminins.
“Si nous le retrouvons et que nous l’arrêtons, nous empêcherons la chute de la civilisation occidentale. Mais ne nous mettons aucune pression.”
Le vaste plan de Moriarty est d’envergure mondiale, si bien que Holmes et Watson doivent se rendre hors d’Angleterre. La dimension internationale du film posait plusieurs difficultés aux départements techniques, d’autant plus que le tournage s’est déroulé quasi entièrement au Royaume-Uni.
Pour recréer l’Europe du XIXème siècle, la production a fait appel aux technologies les plus actuelles. Le superviseur effets visuels
Chas Jarrett s’est appuyé sur une deuxième équipe et des fonds verts pour effacer les traces d’un siècle d’évolutions.
«Les toutes dernières technologies d’effets visuels nous ont permis de tourner presque exclusivement dans la région de Londres, tout en utilisant des arrière-plans d’autres régions d’Europe», dit-il. Le quartier de Greenwich a servi de cadre à plusieurs coins d’Angleterre et de France, comme pour les scènes de rues de Londres, où Sherlock Holmes, déguisé, suit Irene Adler. Greenwich a aussi campé des scènes d’extérieurs autour de l’Opéra de Paris. Richmond Park, à Londres, a servi pour le campement tzigane où Holmes et Watson localisent Sim. Un café, à l’ombre de la Tour Eiffel (ouvrage architectural révolutionnaire à l’époque), a été construit à Hampton Court, aux abords de la ville.
Lorsque les projets machiavéliques de Moriarty prennent de l’ampleur, Holmes, Watson et Sim doivent quitter la France pour se rendre en Allemagne à cheval – ce qui révèle l’un des rares points faibles de Sherlock. La scène a été tournée dans une magnifique région montagneuse du pays de Galles. Les chantiers navals historiques Chatham Dockyard, en Angleterre, ont campé l’usine de munitions allemande de Meinhard, où nous découvrons les prémisses des armes de destruction massive et où Holmes comprend que son ennemi est particulièrement redoutable.
L’affrontement entre Holmes et Moriarty, vers lequel le film tend inexorablement, se déroule dans une magnifique villa enjambant les chutes du Reichenbach, dans les Alpes suisses. Conçu par
Sarah Greenwood, ce sublime panorama a été réalisé par l’équipe effets visuels de Jarrett. «Je pense que cela correspond exactement à la vision de Conan Doyle, et j’en suis particulièrement fier», souligne Downey. «C’est un paysage à la fois grandiose et terrifiant qui convient très bien à ces deux adversaires, bien décidés à en découdre».
La musique d’
Hans Zimmer, également au générique du premier épisode, traduit également la tonalité internationale du film. «Nous avons bien entendu repris le thème du film d’origine, mais comme cette suite est plus spectaculaire encore, nous avons voulu le transposer par la musique», explique Zimmer.
Le compositeur a écrit une nouvelle musique pour Moriarty, tout en souhaitant rendre hommage à la culture tzigane de Sim. Il s’est ainsi rendu dans des campements Rom en Slovaquie, où il a été frappé par leur sens musical aigu qu’il ne soupçonnait pas.
«Nous avons découvert deux groupes et nous les avons emmenés à Vienne, où nous avons expérimenté plusieurs pistes musicales dans un tout petit studio d’enregistrement», dit-il. «Ce qui est amusant, c’est que je ne parle pas Rom, et qu’ils ne comprennent ni l’allemand, ni l’anglais, mais quand on a commencé à jouer ensemble, la question de la langue ne s’est plus du tout posée».
«J’adore travailler avec Hans», reprend Ritchie. «C’est un formidable partenaire, et on peut en dire autant de tous ceux qui ont participé au film. Outre les producteurs, les comédiens et moi-même, le film est le fruit de la collaboration de chacun, et je me sens très chanceux à cet égard». «On s’est beaucoup amusés sur ce film, qui a été une formidable aventure pour nous tous, et je crois que le spectateur le ressentira», conclut
Joel Silver. «J’espère que tous ceux qui verront le film se diront en sortant de la salle, "Vivement le prochain !"»