Un complot diabolique, un homme d’honneur, un thriller à haute tension - les origines de Shooter
L’honneur est devenu une denrée rare dans un monde politiquement complexe, miné par le cynisme et la corruption. Certains, pourtant, continuent de s’en réclamer... Bob Lee Swagger fait partie de ces héros américains restés fidèles à leur sens du devoir. Ancien tireur d’élite du corps des Marines, accusé de tentative d’assassinat sur la personne du Président des États- Unis, cet homme devra mobiliser toutes ses ressources pour survivre, retrouver son honneur et sauver son pays d’une conspiration sans précédent. «Bob Lee Swagger est un personnage d’une stature hors norme qui me fait penser à certains héros de westerns de l’âge d’or du cinéma américain comme John Wayne», observe le producteur
Lorenzo Di Bonaventura (
Matrix,
Training Day,
Ocean'S Eleven). «C’est un homme entier, ennemi de tout compromis. Nous pouvons sans peine nous identifier à ses valeurs, à sa conception du bien et du mal, du juste et de l’injuste.»
Le personnage de Swagger vit le jour dans le best-seller de Stephen Hunter «Point of Impact». Critique de cinéma au Washington Post et lauréat du prix Pulitzer, Hunter signait là un palpitant récit à suspense, qui connut un énorme succès et fut le point de départ d’une «trilogie Swagger» regroupant les romans «Black Light» et «Time to Hunt».
Stephen Hunter : «Bob Lee Swagger est de ces hommes que nous avons plaisir à retrouver à l’écran et dont nous apprécions le courage, le dévouement et les multiples talents. Mais le cinéma ne rend pas toujours justice à de tels personnages, et je tenais à ce que Swagger soit représenté dans toutes ses dimensions, avec son humanité, sa complexité, ses remarquables qualités, mais aussi ses doutes et ses peurs. Pour moi, cette histoire repose sur trois interrogations : Qu’est-ce que la loyauté ? Qu’est-ce que l’honneur ? Qu’est-ce que le courage ?» Ces mêmes questions incitèrent le scénariste
Jonathan Lemkin (
L'Arme Fatale 4,
L’associé Du Diable) à tenter, après plusieurs autres, l’adaptation de ce roman de 500 pages, riche de multiples détails authentiques sur la vie d’un sniper. Lemkin ne s’appuya pas seulement sur l’écriture précise et documentée de Hunter et sa connaissance intime de la mentalité et du comportement des hommes d’action, mais aussi sur la vision de quelques grands thrillers «parano» des années 70 reflétant la profonde méfiance des Américains à l’égard de leurs institutions. Des films comme
Les Hommes Du Président ou
A Cause D’un Assassinat auxquels les agissements de certains politiciens ont redonné une étonnante jeunesse…
Jonathan Lemkin : «Nous avons passé un temps considérable à visionner et disséquer ces histoires de conspiration en nous demandant ce que nous pouvions en tirer sur le plan stylistique. Nous avions envie de les revisiter dans une optique très contemporaine et très actuelle.» Pour se mettre encore plus dans l’ambiance et dans la peau de Bob Lee Swagger, Lemkin suivit un stage de tir de haute précision : «Je me suis rendu sur une base privée où s’entraînent actuellement des volontaires pour l’Irak. J’ai appris à tirer aux côtés

des Marines, à démonter et nettoyer mon arme, à ramper à travers les buissons et, surtout, à assimiler un peu de la mentalité des snipers. J’ai également passé un certain temps avec des agents du FBI et procédé à quantité de recherches dans le domaine de la médecine de guerre. «L’essentiel était, bien sûr, de cerner la psychologie et les motivations de Bob. Cet homme, foncièrement indépendant, n’agit ni sur ordre, ni pour satisfaire aux demandes d’autrui. Il n’obéit qu’à son propre code d’honneur.» Le réalisme et l’intensité dramatique du scénario de Lemkin séduisirent
Mark Wahlberg, un des acteurs les plus éclectiques et les plus aventureux du cinéma américain, distingué cette année pour son rôle de flic coriace dans
Les Infiltrés. Le script attira aussi le réalisateur
Antoine Fuqua, dont le percutant polar urbain
Training Day a valu à Denzel Washington l’Oscar du meilleur acteur.
Lorenzo Di Bonaventura : «Antoine confère à ses films le haut degré de tension qu’exigeait
Shooter - Tireur D’élite. C’est un réalisateur qui ne triche pas, qui ne se satisfait pas de demi-mesures. Il fait vivre aux spectateurs des expériences très fortes. Si une scène demande de l’émotion, il s’engage à fond dans cette voie. Idem si elle appelle de la violence ou du mystère.»
Antoine Fuqua :
Shooter - Tireur D’élite réunit tous les ingrédients qui me plaisent : de l’action, un complot élaboré, un parfum de corruption dans les hautes sphères du pouvoir, une intrigue formidable avec plein de rebondissements et des personnages passionnants.
Jonathan Lemkin a vu grand dans son adaptation. Le résultat a du souffle, du punch, et je pense aussi que le film donne à réfléchir. «Tout cela s’articule autour du personnage de Bob et de la transformation qu’il va vivre en l’espace de quelques jours. Bob est un patriote qui n’aurait pas hésité à se sacrifier pour son pays. Le voilà trahi, seul, complètement isolé, obligé de préméditer chacun de ses gestes. Cela l’amène à mûrir, à évoluer sur le plan humain, et en fait un personnage d’autant plus passionnant pour le spectateur.»
Lorsque le tireur devient une cible :
Mark Wahlberg interprète Bob Lee Swagger
.
Il fallait pour incarner Swagger un acteur doué de réelles aptitudes physiques et d’une forte présence.
Mark Wahlberg : «Le rôle constituait un double challenge : physique et mental. Le fi lm est à la fois très habilement construit et bourré d’action. Le personnage effectue un parcours extrê- mement accidenté pour prouver sa bonne foi et ouvrir les yeux de ses concitoyens. Lorsqu’il est trahi pour la deuxième fois, il se retrouve dans une situation quasi insoluble. Pour sortir de ce piège, il devra renoncer à sa chère solitude et comprendre qu’il ne peut vivre à l’écart de tous.»
Lorenzo Di Bonaventura, dont c’est le cin- quième fi lm avec Wahlberg, fut impressionné une fois de plus par l’extrême intensité de son jeu : «Mark est incroyablement concentré. Il va toujours au bout de ses engagements et ne s’arrête que lorsqu’il a obtenu ce qu’il visait. Il confère une étonnante véracité à Bob Lee Swagger parce que chacune de ses scènes procède d’un investissement total. Et Mark n’a pas peur non plus d’être un homme, à l’image des grandes stars d’antan.»
Mark Wahlberg dut suivre un entraînement rigoureux pour incarner le tireur d’élite le plus authentique jamais représenté à l’écran. Durant cette «formation de base», il acquit et cultiva certains des dons qui font la spécificité des meilleurs «shooters», notamment cette faculté de concentration et cette maîtrise des émotions qui permettent au tireur de faire mouche à coup sûr. Athlète confirmé, doué d’une force physique, d’une endurance et d’une coordination optimales, Wahlberg avait encore du chemin à faire avant de devenir un tireur d’élite capable d’atteindre une cible de taille humaine à 1 kilomètre de distance. Pour l’y préparer, la production recruta l’un des plus grands tireurs d’élite américains : Patrick Garrity, éclaireur des U.S. Marines qui a participé à diverses interventions à l’étranger et assuré la formation de snipers. Le but n’était pas seulement d’apprendre à Wahlberg une bonne technique de tir, mais de lui donner à apprécier le degré d’engagement mental et physique requis d’un éclaireur au cours de ses périlleuses missions. L’entraînement débuta au Front Sight Firearms Training Institute, près de Las Vegas.
Mark Wahlberg : «C’est le centre le plus avancé que j’aie jamais vu. On m’a fait faire là-bas des trucs dont j’aurais raffolé il y a encore quelques années, comme d’évoluer sur une étroite poutrelle, à 30 mètres du sol, chargé de 70 kilos de matériel et d’un énorme fusil de précision. Mais le père de famille que je suis aujourd’hui est moins enclin à ce genre d’exploit. Ce stage m’aura rendu double- ment attentif.»
Patrick Garrity : «J’ai trouvé que Mark était un très bon choix pour le rôle de Swagger. Il a même le look, les traits et les attitudes d’un jeune militaire. Très rapide, il ne lui a pas fallu plus de deux jours pour prendre ses marques, ce qui m’a considérablement facilité la tâche.»
Antoine Fuqua : «Mark m’a impressionné par ses dons naturels et par l’intensité de son investissement. J’ai particulièrement admiré la précision de ses tirs. Au départ, nous avions quelques inquiétudes du fait qu’il est gaucher et qu’il lui faudrait s’adapter à des armes conçues pour des droitiers, puis s’habituer à utiliser alternativement l’une et l’autre main. Mark l’a réussi sans peine, à notre grand émerveillement, et a fait mouche dès le premier jour.» Une fois assuré du potentiel de Wahlberg, Garrity mit au point l’entraînement sévère et le

plus intensif jamais imposé à un comédien en vue d’un tel emploi. Après un petit rappel historique sur le rôle éminent des snipers américains dans maintes batailles, il apprit à l’acteur les différentes positions de tir, l’utilisation de la lunette télescopique et l’appréciation des divers paramètres à prendre en compte dans un tir de haute précision (comme par exemple les effets du vent). Garrity apprit également à Wahlberg à en- chaîner rapidement les tirs et les techniques de relaxation indispensables au sniper. Patrick Garrity : «On sait tout de suite si un shooter va réussir son coup, rien qu’à la façon dont il se prépare, se met en place et adapte son rythme respiratoire. Car plus vous inspirez d’oxygène, plus vous ralentissez vos pulsations cardiaques et plus vous êtes relax. «Je lui ai ensuite appris le tir à grande distance en allant progressivement jusqu’à 900 mètres. Il a loupé le premier tir, mais à fait mouche dès le deuxième. Nous avons alors tenté d’atteindre une cible de taille humaine à 1100 mètres, et là encore, il a mis dans le mille !» Totalement conquis par ce stage, Wahlberg persuada les producteurs d’engager Garrity comme conseiller militaire, pour met- tre pleinement à profi t ses connaissances et disposer d’une source quotidienne d’inspira- tion dans son travail de comédien.
Les Comparses
Le seul représentant de l’ordre à croire en l’innocence de Swagger est un jeune bleu du FBI, l’agent Nick Memphis, interprété par Michael Peña (
World Trade Center,
Crash,
Babel). Grand fan de
Training Day, Peña était ravi de travailler avec Fuqua et aussi désireux que Wahlberg de donner un maximum d’authenticité à son personnage. Il fréquenta assidûment les bureaux du FBI de Los Angeles et Philadelphie et suivit un entraînement au tir de précision pour les scènes où Memphis et Swagger affrontent une bande de mercenaires.
Les autres rôles secondaires sont tenus par
Elias Koteas (l’inquiétant représentant de l’ISA Jack Payne), la comédienne anglaise
Rhona Mitra (l’assistante du FBI Alourdes Galindo),
Rade Sherbedgia (Michael Sandor) et le vétéran
Ned Beatty (le vieux Sénateur Meachum).
Kate Mara interprète Sarah Fenn, la jeune veuve qui héberge Swagger et noue avec lui une tendre relation : «Cette femme du Sud m’a plu par son courage. En faisant irruption dans sa vie, Bob Lee ravive de très douloureux souvenirs, mais les sentiments finiront par l’emporter», explique la comédienne. Rompant avec une succession quasi ininterrompue de rôles de «gentils»,
Danny Glover interprète le colonel Isaac Johnson, qui enrôle Swagger pour une mission «patriotique» puis le trahit de la façon la plus ignoble. «C’est un emploi très inhabituel pour Danny, qui lui a permis de montrer une tout autre facette de son talent», observe
Lorenzo Di Bonaventura.
Le tournage
Avec ses multiples scènes d’action, d’affrontements armés, de poursuites à pied ou en voiture,
Shooter offrait à
Antoine Fuqua tous les challenges qu’il affectionne et un tournage éclaté entre de multiples décors naturels, des montagnes et glaciers de Colombie Britanniques aux rues de Washington, Philadelphie et Baltimore. Certaines des scènes les plus spectaculaires du film ont été filmées sur le Rainbow Glacier, près de Whistler (B.C.), au prix d’un considérable effort logistique.
Le site n’étant accessible que par hélicoptère, il fallut d’abord transporter les 70 à 80 membres de l’équipe à raison de 4 à 5 personnes par rotation. «Se posa ensuite la question du matériel de survie nécessaire à chacun pour un tournage de 5 jours sur le glacier», observe di Bonaventura. «Sans parler des toilettes de fortune, du chauffage... et des éventuels caprices de la météo. Bref, une sacrée aventure !»
Antoine Fuqua : «J’avais fortement insisté pour tourner sur ce majestueux glacier où vous avez l’impression d’être transporté dans une autre dimension. Je n’imaginais pas de tourner cette séquence ailleurs. Nous savions cependant qu’une fois débarqués d’hélicoptère, nous serions à la merci de ce glacier où abondent les dangers : crevasses, risques de tempête, etc. Cela demanda des précautions infinies. Chacun était encordé et nous avons pris tout le temps nécessaire pour garantir la sécurité de tous, en travaillant moitié moins vite que d’habitude.
«Comme nous ne pouvions pas poser de rails de travelling sur la glace, j’ai fréquemment utilisé l’hélico comme dolly, ce qui n’allait pas sans poser quelques problèmes d’équilibre. Autre difficulté : cette immense étendue blanche fausse les perspectives, et les reflets du soleil finissent par vous brûler les yeux. D’où un effort de concentration supplémentaire.» Plusieurs autres scènes d’action à grand spectacle, situées dans le ranch de Swagger, furent réalisées dans les hauteurs escarpées de Mission (B. C.), à environ 90 minutes de Vancouver, avec le précieux concours du chef cascadeur John Stoneham. Après l’épisode «africain» (tourné dans la communauté déserte d’Ashford), Fuqua et son équipe regagnèrent les États-Unis pour les séquences de Washington, Philadelphie et Baltimore.
La production bénéficia tout au long du tournage de l’entière coopération du FBI : «À Philadelphie, ils nous ont ouvert leurs portes, fait visiter leurs bureaux et rencontrer l’encadrement et l’Unité des Crimes Violents», indique Fuqua. «Deux anciens des Services Secrets se sont levés chaque matin à 6 heures pour se rendre sur le plateau et nous prodiguer leurs conseils. Nous avons également été autorisés à tourner face à l’Independence Hall, ce que nous n’aurions jamais pu faire sans l’aval du Bureau.» Et le réalisateur de conclure : «Ces grandes scènes relèvent parfois de la guérilla et demandent une coordination très stricte. Mais, aussi excitantes qu’elles soient, le plus stimulant dans un film reste encore et toujours l’acteur...»