Notes de Prod. : Short Cuts

    en DVD le 22 Septembre 2004

NOTES DE PRODUCTION

Librement inspiré de neuf nouvelles et d'un poème de Raymond Carver, SHORT CUTS est un voyage à travers le Los Angeles des années 90, une fresque intimiste où s'entremêlent les destins contrastés de 22 personnages aux prises avec les drames, les émotions, les plaisirs, les surprises et les hasards de la vie quotidienne. La rencontre féconde et inattendue de deux talents et de deux univers : le monde cinématographique de Robert Altman et celui du plus original des novellistes américains contemporains.

Issu d'un milieu modeste et inculte, Raymond Carver (1938-1988) commence sa formation littéraire à vingt ans. Marié très jeune, ses obligations familiales seront durant plusieurs années une charge considérable, mais ne freineront pas pour autant sa vocation. Elles l'orienteront simplement vers la forme d'expression la plus concise et la mieux adaptée à son style de vie : poèmes, fragments, nouvelles, où s’épanouira son sens de la litote et du raccourci.
Chroniqueur de l'Amérique quotidienne, Carver a peuplé ses récits de gens qui lui ressemblent : pêcheurs, bûcherons, chauffeurs, serveuses, clé. Des hommes et des femmes ordinaires, des travailleurs de la "middle-class", évoluant dans des décors anonymes, typés jusqu'à l'abstraction : cafés, meublés, chambres d'hôtel.

Pénétrant sous cette surface lisse et d'une trompeuse banalité, Carver scrute les failles psychologiques ou affectives de ses personnages, expose leurs drames secrets au détour d'une phrase, d'un acte manqué, d'un éclat ou d'une confidence. Ce miniaturiste obstiné, grand admirateur de Tchekhov et Flaubert, traquera toute sa vie des moments de vérité infinitésimaux, des émotions confuses réfractées à travers le prisme grossier du quotidien. L’obscur, le ténu, forment son registre favori, dont il ne se lasse pas d'explorer les facettes innombrables. L’angoisse et un lourd sentiment de menace planent sur ses nouvelles dont la chute déroute fréquemment par sa soudaineté (ou sa pure et simple absence). L’humour y a pourtant sa part, excluant tout apitoiement complaisant - humour d'un homme aguerri par de multiples combats contre le doute, la pauvreté, l'alcool et la maladie ; humour d'un sage qui continue de croire en la vie et s'émerveille même de ses manifestations les plus humbles et les plus dérisoires.

Robert Altman découvrit l'univers de Raymond Carver en 1990, et y trouva aussitôt matière à inspiration. En dépit de ce qui sépare son écriture de celle de Carver, le réalisateur de NASHVILLE fut séduit par ces récits elliptiques où des vies entières se dévoilent en quelques phrases parcimonieuses. Il se laissa porter par les mystères et les bizarreries des personnages, s'amusa de leurs errances incertaines, de leurs manoeuvres dérisoires et pathétiques. Après avoir obtenu les droits de l'oeuvre de Carver et l'accord moral de sa veuve, Tess Gallagher, il entreprit avec le scénariste Frank Barhydt de réunir certains de ces personnages disparates auxquels s'ajouteraient d'autres de son cru, de leur inventer un passé et un décor, de nouer leurs vies en une trame continue, d'établir entre eux des correspondances polyphoniques, des rencontres, des jeux de miroir. En faisant éclater le cadre étroit des nouvelles de Carver, Robert Altman a fait de SHORT CUTS l'ultime création posthume de l'écrivain et signé l'un des filins les plus denses et les plus limpides de sa carrière.

Notes de l’équipe

LES ORIGINES DU PROJET

Robert Altman :
"En février 1990, je venais de finir VINCENT & THÉO et me préparais à regagner les États-Unis au terme d'un long séjour en Europe. En voyage, j'ai toujours sur moi un ou plusieurs recueils de nouvelles. Ce genre me stimule, j'y cherche volontiers mon inspiration. Dans l'avion, j'ai ouvert un livre de Raymond Carver, auteur dont je n'avais encore rien lu. Quelques heures plus tord, j'étais décidé à en faire un film et, dès le lendemain, j'ai cherché à en obtenir les droits."