Notes de Prod. : Short Cuts

    en DVD le 22 Septembre 2004

Notes de l’équipe

LES ORIGINES DU PROJET

Robert Altman :
"En février 1990, je venais de finir VINCENT & THÉO et me préparais à regagner les États-Unis au terme d'un long séjour en Europe. En voyage, j'ai toujours sur moi un ou plusieurs recueils de nouvelles. Ce genre me stimule, j'y cherche volontiers mon inspiration. Dans l'avion, j'ai ouvert un livre de Raymond Carver, auteur dont je n'avais encore rien lu. Quelques heures plus tord, j'étais décidé à en faire un film et, dès le lendemain, j'ai cherché à en obtenir les droits."
Tess Gallagher, poétesse réputée, veuve et légataire de l'écrivain, accueillit d'autant plus favorablement cette demande q'elle et Carver avaient vu plusieurs fois et admiraient profondément le cinéma d'Altman.
Robert Altman :
"Bien que l'ceuvre de Carver se compose de courtes histoires sans lient apparent, j'avais été frappé par sa cohérence. Je l'avais lue en vérité comme un récit unique, et comptais l'aborder ainsi dans SHORT CUTS. J'ai exposé ce projet à Tess, en précisant qu'il lie s'agirait pas d'une illustration littérale, ruais d'une réinterprétation du travail de Carver; prenant pour base neuf de ses nouvelles et un poème."
Tess Gallagher :
"J'ai trouvé ce concept passionnant. Lorsqu'on adapte un écrivain, La fidélité littérale compte moins que la capacité à créer quelque chose de neuf. Altman lui s'est pas contenté de respecter l’esprit et la structure des écrits de Ray - il les a enrichis."
Robert Attman :
"Tess a été pour nous une interlocutrice privilégiée. Grâce à elle, j'ai pu deviner comment Carver aurait accueilli notre travail. J'ai tenu compte de ses réactions et opéré certains changements en fonction de celles-ci. Bien que Tess n'ait pas directement travaillé au scénario, elle l'a influencé et a apporté ait filin unie contribution décisive."

LA TRAME

Frank Barhydt :
"Robert Altman et moi avons lu et étudié les récifs de Carver; avant de faire appel à notre propre imagination. Nous avons essuyé d'être fidèles à l'esprit de Carver; à l'essence de son tenure, fout en laissant une large part à l'improvisation."
Robert Altman :
"SHORT CUTS ne raconte pas des "histoires" au sens traditionnel. II montre des événements, des fragments de la vie privée de neuf couples. J'ai essayé de trouver une forme narrative qui suscite la participation active du spectateur et l'amène à élaborer- lui-même tout un pan du filin. Je montre un moment de 1a vie d'un couple, je passe à un second, et lorsque je reviens au premier, le public est invité à se demander : "qu'est-il arrivé entre-temps ?" Ce que l'on voit à l'écran compte finalement moins que ce que l'on vous cache. Il y a un vide narratif que le spectateur doit remplir; les interrogations, les découvertes, les surprises se multiplient, et le film devient ainsi le réceptacle de millions d'histoires virtuelles.
Les nouvelles de Carver se prêtaient à ce genre d'exercice puisqu'elles m'ont pas d'intrigue, niais décrivent simplement des "choses de la vie". Ce qui lie veut pas dire que noirs les avons retranscrites telles quelles à l'écran. Nous avons plis des libertés avec le texte, changé certains personnages, mous les avons fait circuler d'un épisode à l'autre, nous en avons même inventés certains. Mais le coeur du filin est du pur Carver"
Tess Gallagher :
"Altman et Frank Barhydt sont allés très loin dons leur lecture de Ray Carver, Ils ont brodé autour de ses textes, ils ont fait du matériau original le point de départ d'une brillante série de variations et d'improvisations.
Bien qu'ils nient tous deux une vision assez sombre du monde, Ray et Bob ont en commun un très vif sens de l'humain: Tous deux respectent profondément leurs personnages : cela se sent dons les nouvelles de Ray comme dans NASHVILLE où des êtres de milieux et de statuts sociaux très divers sont traités sur un pied d'égalité, et sans aucune condescendance "


LOGISTIQUE

Tourner 9 histoires avec un ensemble de 22 protagonistes représentait un double défi financier et logistique. Le premier fut vite résolu, grâce à l'esprit de coopération des acteurs : l'idée de collaborer avec Altman à un projet aussi novateur el original séduisit tous les comédiens qui acceptèrent de tourner pour le même cachet très inférieur à leur émoluments habituels. En échange, le réalisateur s'engagea à ce qu’aucun ne travaille plus de dix jours sur le film.
Cary Brokaw (Producteur) :
"Ce problème résolu, restait celui de l'organisation du tournage. Chacune des "familles" faisant l'objet d'un tournage distinct, c'est comme si nous avions enchaîné 9 films. Il y avait un défilé incessant de comédiens. Bob devait trouver immédiatement leur style, leur rythme et établir un rapport quasi instantané avec eux. Le plan de tournage était un vrai casse-tète, un immense puzzle."
Robert Altman :
"Habituellement, les comédiens emploient les premières semaines à trouver leurs marques, à se familiariser avec les personnages. Les choses se incitent en place vers la cinquième semaine. Ici, il fallait tout de suite entrer dans le vif du sujet. Une expérience que j’ai trouvée très stimulante car chaque séquence apportait un élément nouveau.
Au départ, je craignais que certains couples n'éclipsent les autres, mais j'ai découvert avec plaisir que le niveau d'interprétation restait homogène tout au long du tournage."
Frank Barhydt :
"A l'écriture, nous avons continence par définir les grandes lignes de l'action. Ensuite, nous avons attribué à chaque personnage un jeu de fiches d'une couleur spécifique. Cela représentait au total 135 fiches que nous avons disposées sur un grand tableau de 7 mètres de large et organisées en fonction de la structure générale du filin, de ses différentes strates, des lieux et temps de l'action. Cette construction achevée, j'ai précisé les enchaînements, les rencontres plus ou moins aléatoires de ces couples."

LES INTERPRETES

Robert Altman :
"SHORT CUTS est l'aboutissement d'un travail collectif où chacun a eu sa part. Les acteurs m'ont apporté des choses dont je n'avais jamais rêvé, ils ont considérablement enrichi le film de leurs trouvailles. Ils se sont approprié leurs rôles et les ont redéfinis en fonction de leur sensibilité. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait plus que de les observer à l'oeuvre.
Les contributions des acteurs se sont additionnées et complétées, nouant un lien très solide entre eux, moi-même et les écrits de Carver, si bien qu'il n'est pas excessif de dire que Caner lui-même a collaboré à notre film."
En raison de la structure très particulière du scénario, de son ampleur et de la multiplicité des situations, Altman fixa son choix sur des acteurs connus et aisément identifiables.
Robert Altman :
"Nous ne les avons, bien sûr; pas seulement choisis pour leur notoriété, mais aussi, et surtout, pour leur talent. SHORT CUTS est uni film d'acteurs oit chacun a droit à son "morceau de bravoure". La force des situations et la qualité générale de l'interprétation m'ont dispensé de bien des artifices. Lorsque vous tournez une scène aussi dense que la longue confession de Jack Lemmon (9 minutes), inutile de faire des effets de caméra ou de jouer avec les lumières. Je rue suis contenté de cadrer Lemmon en gros plan, éclairé par une simple rampe de néon. Toute l'émotion vient du texte et du travail de l'acteur:"

LA MUSIQUE

La musique joue dans SHORT CUTS un rôle aussi vital que la prose de Carver. Elle est partie intégrante du film, épouse et renforce sa structure, relie entre eux les protagonistes et fait elle-même figure de personnage.
Les deux musiciennes de SHORT CUTS, Tess (la chanteuse de jazz Annie Ross) et sa fille Zoé (la comédienne et violoncelliste Lori Singer), sont des créations originales d'Altman et Barhydt.
Robert Altman :
"Je voulais que la musique se marie étroitement au film, qu'elle émane des images, plutôt que de constituer un arrière-plan sonore et un commentaire.
Le violoncelle dont joue Zoé évoque les sentiments secrets de cette dernière, tandis que Tess s'extériorise à travers le jazz. Faute de se parler; ces deux femmes communiquent par l'entremise de la musique. Les rapports qu'elles entretiennent avec celle-ci révèlent leurs personnalités. L'émotion qui se dégage de leur interprétation se répercute à travers tout le film."
Altman demanda au producteur musical Hal Willner de superviser le choix et l'enregistrement des morceaux d'Annie Ross. Sachant que celle-ci a interprété tous les standards du répertoire, et soucieux d'introduire une dynamique originale, Willner proposa à la chanteuse des morceaux contemporains, notamment d'Elvis Costello ("Punishing Kiss"), Dr. John et Doc Pomus ("Prisoner of Life", "To Hell With Love") et U2 ("Conversation on a Barstool").
Altman fit également appel à deux chanteurs-comédiens : Lyle Lovett (déjà remarqué dans THE PLAYER) et Huey Lewis, pour interpréter respectivement l'irascible pâtissier Andy Bitkower et le pécheur Vern Miller.

LE LIEU DE L’ACTION

SHORT CUTS a été tourné en 50 jours dans diverses banlieues "middle-class" de Los Angeles. Ses décors, cafétérias, parcs à caravane, petits appartements, évoquent l'Amérique quotidienne et sa classe laborieuse qu'affectionnait Carver. Bien que le film se situe dans une région différente, les personnages entretiennent des liens étroits avec ceux de la côte Nord du Pacifique qui peuplent l’oeuvre du novelliste.
Robert Altman :
"Les gens de Los Angeles - je ne parle évidemment pas d'Hollywood ou de Beverly Hills, mais de Panicum, Long Beach, Glendale, Pasaderta, Watts ou Compton - pourraient sortir d'un texte de Carver. Ce sont essentiellement des personnes déplacées.
L'action devait se dérouler dans une métropole assez vaste pour que ces personnages se rencontrent de façon plausible, ou continuent de s'ignorer. Nous aurions manqué d'espace si nous avions tourné dans une petite communauté du Nord-ouest."
Tess Gallagher approuva pleinement ce choix, qui éclaire l'oeuvre de Carver sous un jour nouveau.
Tess Gallagher :
"Je suis contente que Bob ait choisi Los Angeles parce que cela nous fait sortir des clichés misérabilistes qu'on a accolés aux nom de Ray Carver. En fait, Ray n'a pas seulement parlé de prolétaires vivant dans des caravanes, il a surtout dépeint la classe moyenne, les banlieusards. Et le choix de L. A. est d'autant plus justifié que cette ville est devenue à travers notre pays, et au-delà de ses frontières, le symbole de la violence américaine."

PROLOGUE ET EPILOGUE

Altman et Barhydt finirent la première version du scénario de SHORT CUTS en juillet 1990. Ayant obtenu la bénédiction de Tess Gallagher et une avance de la Paramount, le réalisateur était prêt à lancer le projet, lorsque le studio changea de direction et renonça au film. Pendant dix-huit mois, Altman fit en vain le tour des autres studios, sans trouver preneur.
A la mi-92, THE PLAYER, une des plus féroces satires des moeurs hollywoodiennes, marquait le triomphal retour d'Altman dans la capitale du cinéma : le film obtenait une citation à l'Oscar, le prix de la mise en scène au Festival de Cannes et celui du meilleur acteur pour Tim Robbins. Plus de cent périodiques le classaient parmi les dix meilleurs films de l'année. Fine Line Features, Spelling Entertainment et le producteur Cary Brokaw qui avaient produit et distribué THE PLAYER signaient alors à Cannes le contrat de financement et de distribution de SHORT CUTS.
Robert Altman :
"Même script, même réalisateur; et pourtant tout avait changé ! Fort heureusement, j'ai déjà vécu trois ou quatre fois ce genre d'expérience et je finis par m'y habituer"

NOTES DE PRODUCTION

Librement inspiré de neuf nouvelles et d'un poème de Raymond Carver, SHORT CUTS est un voyage à travers le Los Angeles des années 90, une fresque intimiste où s'entremêlent les destins contrastés de 22 personnages aux prises avec les drames, les émotions, les plaisirs, les surprises et les hasards de la vie quotidienne. La rencontre féconde et inattendue de deux talents et de deux univers : le monde cinématographique de Robert Altman et celui du plus original des novellistes américains contemporains.