L’autre grand défi du film reposait évidemment sur le choix de la jeune actrice chargée d’interpréter un double rôle : celui de Samantha, l’adolescente en crise, mais aussi celui d’Hannah, une fois l’âme de la mère passée dans le jeune corps de Sam.
Ann Cherkis : « en écrivant le scénario, je savais qu’il serait très difficile de trouver l’actrice qui allait incarner deux personnages à la fois ».
Vincent Perez a passé de longues semaines à chercher une actrice dégageant assez de fraîcheur pour incarner cette adolescente, tout en ayant la maturité nécessaire pour rendre crédible sa transformation adulte. « J’avais fait des essais à New York et Los Angeles, j’avais vu près de 300 filles, j’étais un peu désespéré car je ne trouvais pas la perle rare et je savais que c’était une perle rare qu’il nous fallait. Dès qu’Olivia a franchi la porte, j’ai vu quelqu’un de différent, une jeune fille qui amenait son monde avec elle, porteuse d’une grâce nouvelle : elle ne ressemblait à aucune autre. Elle a lu une scène du film et a été immédiatement juste. J’ai été d’autant plus surpris que j’ai appris qu’elle n’avait même pas lu le scénario, et qu’elle n’avait encore jamais tourné. Je lui ai demandé de revenir le lendemain en ayant lu le scénario, ce qu’elle a fait. On a alors travaillé plusieurs scènes, dont la scène de la cassette vers la fin du film, l’une des plus difficiles, et elle a été à nouveau très étonnante. J’étais persuadé que c’était elle. J’ai quand
même vu d’autres filles mais j’avais Olivia en tête : il n’y avait qu’elle pour moi, et j’étais très
nerveux en rentrant à Paris avec son essai pour obtenir l’aval de mon producteur. J’étais prêt à
renoncer au film si ce n’était pas avec elle, mais Luc (Besson) l’a tout de suite trouvé parfaite ».
Inconnue du grand public, formée à l’école de Shakespeare dans de petits théâtres new-yorkais,
Olivia Thirlby trouve avec
Si J’étais Toi son premier rôle au cinéma : « je considère ce film comme mon premier vrai travail d’actrice et j’étais très nerveuse au moment d’aborder ma première scène : je n’avais aucune idée de la façon dont je devais me préparer, je ne savais même pas s’il fallait se préparer d’ailleurs ! Mais le plus difficile n’était pas les scènes intenses, comme celle de l’accident : c’est idéal pour un acteur d’avoir à jouer un sentiment extrême ou une émotion forte comme la peur. La scène qui précède, dans laquelle je me dispute avec Hannah, était bien plus compliquée à jouer ».
Elle se félicite d’ailleurs, pour sa première expérience, d’avoir pu tourner sous la direction
d’un réalisateur qui est aussi un comédien. « Il y avait une vraie connexion entre nous, qui ne
passait pas seulement par la parole : les gestes, les regards... étaient tout aussi signifiants. C’est un homme brillant et un réalisateur doué. Nous avons très bien travaillé ensemble : Vincent est si gentil, impliqué et à l’écoute... Les mots ne suffisent pas à lui rendre justice ! Il donne très exactement à l’acteur ce dont il a besoin. Par exemple, quand j’avais du mal avec une scène, il me donnait de quoi travailler, si au contraire j’avais besoin de peu de soutien, il le sentait... Probablement parce qu’il est acteur lui-même, il maintenait un équilibre parfait, sans que nous ayons rien à demander ».
De son côté,
Vincent Perez, qui se définissait lui-même comme une sorte de « coach » pour la jeune comédienne, ne tarit pas d’éloges sur l’incroyable talent d’
Olivia Thirlby : « sur le plateau, Olivia s’est révélée brillante, investie, intelligente et généreuse. Elle m’a annoncé « Tu me dis, je fais », et c’est exactement ce qui s’est passé, la grâce en plus. C’est étonnant de découvrir une actrice faite pour le cinéma faire ses premiers pas sur un plateau. Ce film est vraiment l’histoire d’une rencontre entre une actrice et la caméra ».
Paul Sarossy, chef opérateur, confirme les qualités innées de la jeune fille :« la caméra l’adore, et son visage capte particulièrement bien la lumière ».
Quasiment de toutes les scènes,
Olivia Thirlby a vécu un tournage particulièrement intense, physiquement autant que psychologiquement. Toute la difficulté pour elle était de se glisser tantôt dans la peau de Sam, tantôt dans celle d’Hannah. Un défi qui impliquait évidemment une grande complicité avec
Lili Taylor, choisie pour incarner la mère de Sam. « J’ai passé du temps à regarder les rushes de Lili en train de jouer Hannah et nous avons travaillé ensemble sur des gestes, des mimiques faciles à identifier et à reproduire, comme sa façon de se toucher l’oreille. C’était d’ailleurs plus facile pour moi de jouer Hannah, il m’est même arrivé de « perdre » Sam pendant quelques jours ».