La toute première fois...
…en salaud intégral
Philippe Bas : C’est un rôle très premier degré qui s’incarne dans l’action et j’ai voulu lui apporter une intensité physique menaçante et ça se ressent (rires). Je respecte beaucoup Miguel, j’aime son style et son éclectisme. Là, c’était ludique : je n’ai pas eu à intellectualiser Lucas, juste à le rendre crédible. C’est un gars infréquentable, mais disons qu’il est cohérent dans sa folie.
… à l’écran
Passi : J’ai déjà joué dans de petites productions, mais avec
Sébastien Fechner, on a souvent parlé cinéma et le film est arrivé au bon moment. Miguel est un passionné, un fou au sens artistique et c’est important d’avoir des fous dans la création. J’aime les films qui filent à toute allure, et avec un rôle de «bad cop», tu as la loi pour toi et le vice en toi, j’adore.
Le bon tempo d’un duo
Philippe Bas: Je connaissais le chanteur engagé et j’ai rencontré quelqu’un d’humble et de charismatique. Il a un beau physique qui imprime l’écran, et quand il a un fusil à pompe, ça ne rigole pas! On a trouvé le tempo facilement parce qu’on a été immédiatement plongé dans l’action. Et comme
Passi court aussi vite que moi, on a souffert ensemble !
Passi : Philippe ne m’a jamais fait ressentir la différence d’expérience, alors qu’il pouvait se demander sur quel rappeur il allait tomber: un énervé, un mec qui se la pète, va savoir! Il se prend la tête pour entrer dans son rôle, et je le comprends: c’est comme en musique, il faut y croire, rentrer dedans, s’investir, sinon à quoi bon ?
La ripou attitude
Philippe Bas : Miguel savait ce qu’il ne voulait pas: faire de Lucas une caricature. On s’est mis d’accord sur une tenue assez sobre, un look avec des cheveux très courts qui lui donne une allure massive. J’avais déjà tiré avant, mais il y a des jours où j’ai sorti jusqu’à six cent cartouches, notamment quand ça mitraille dans le parking. Il faut avoir de la discipline pour éviter... les mauvaises surprises.
Passi : Le look de Sylla, c’est la veste pour le côté « Nous sommes la police, l’ordre et le sérieux » et le cuir marron, pour le côté gangster. J’ai pas mal observé l’attitude des flics en civil : avoir une arme, ça conditionne ta démarche, comme le fait de braquer quelqu’un guide la manière dont tu vas le regarder. Je me suis vraiment amusé comme un gamin !
Le choc des cultures cinéma / skate / rap
Philippe Bas : Je ne me suis jamais interrogé sur la légitimité de
Passi. Au contraire, ça élargit le spectre des acteurs. Mickey et Idriss, je les ai vus arriver avec humilité et exécuter des figures délirantes, comme lorsqu’ils descendent une rue du Ve, façon Bullit : un des moments de grâce du tournage. J’ai fait du skate à 15 ans, c’est un sport sain où l’on apprend sur soi.
Passi : Il y a toujours eu des références aux films dans mon rap, parce qu’en grandissant, je suis devenu cinéphile. Quant à Mickey et Idriss, ce sont des combattants : ils se ramassent, se relèvent avec des cris de douleurs... et repartent ! Bosser, c’est le lien qui nous unit, rappeurs, acteurs ou skateurs. Avec un bon esprit de groupe, le mélange des cultures est une richesse.
LaCrème des «bad guys» au cinéma
Philippe Bas : Ce sont souvent les acteurs qui ont une gueule. Lee Van Cleef, il est terrible chez Sergio Leone. De Niro dans
Les Incorruptibles, il a ce don de mimétisme, cette violence à fleur de peau : on y croit absolument.
Passi : Pacino et De Niro quand ils se mettent à péter les plombs, dans
Scarface ou
Les Incorruptibles, Nicholson en Joker, les dingues dans les films de mafia, les chefs de triade dans les polars asiatiques qui sont de beaux enfoirés (rires).