Olias Barco eut l'idée de faire un film se déroulant dans le milieu du snowboard en regardant les JO de Nagano, en 1998, où participaient pour la première fois les snowboarders. "
Le snowboard n'était pas un sport très exploité et assez marginal. C'était la première fois qu'on voyait des snowboarders aux JO, ils étaient très rebelles par rapport à la compétition, ils n'étaient pas formatés pour ça mais pour la liberté et la nature. C'est ça qui m'a plu." Mais avant de faire accepter son film, Olias a dû attendre pour goûter aux frissons de l'altitude car plusieurs maisons de production qui ne voyaient en son film qu'un "Taxi sur neige". Après avoir rencontré Benoît Jaubert de Nord-Ouest Production, Olias a dû quand même réécrire son scénario, pour qu'il soit plus ancré dans l'univers du snowboard.
Snowboarder est son premier long métrage. Auparavant, il a tourné six court métrages présentés dans plusieurs festivals et trois clips. Il est aussi producteur de trois court métrages.
Le producteur, Nord-Ouest Production a produit plusieurs films dont
Irreversible de Gaspar Noe,
Mon Idole de
Guillaume Canet et
Une Hirondelle A Fait Le Printemps de
Christian Carion, qui a reçu le prix de Meilleure Première Œuvre aux Césars 2002 entre autres.
Le snowboard: un monde à part.
Ethel – " Tu penses à la mort quelques fois? "
Josh – " Non, y'a pas de neige au paradis. "
A travers le parcours de Gaspard,
Snowboarder pénètre le cercle très fermé des snowboarders professionnels, régi par des codes bien spécifiques.
Olias Barco ne connaissait pas du tout cette culture, ainsi, pour écrire le scénario, il a suivi pendant plusieurs semaines différents team de snowboarders pro… à skis. "
J'ai insisté sur les codes et signes de reconnaissances qui lient les snowboarders entre eux. Ces manifestations extérieures qui peuvent paraître futiles au premier abord permettent de recréer les tribus".
L'initiation de Gaspard passe par l'apprentissage de ces rituels tribaux, mais aussi par la découverte du mode de vie complètement décalé qui l'attire beaucoup. Les snowboarders sont assez frimeurs, ne se prennent jamais au sérieux et tournent tout en dérision. "
Ce qui peut paraître bizarre quand on ne les connaît pas" confie Olias. C'est ce style de vie qui a décidé le réalisateur à confronter le novice au vétéran Josh, qui supporte mal ce contraste radical entre son style de vie et la compétition. Les snowboarders extrêmes perçoivent inconsciemment le danger de mort chaque fois qu'ils font un saut, et ne se sentent pas menacés. "
C'est là tout l'intérêt de leur comportement paradoxal" dit Barco.
L'univers du snowboard est méconnu du grand public, il est souvent utilisé au cinéma simplement pour son imagerie spectaculaire et son exotisme dépaysant. Une des ambitions de
Snowboarder est d'offrir un regard inédit et réaliste sur ce monde atypique.
Un film noir blanc comme neige.
Snowboarder est surtout une histoire de sombre manipulation. Le récit d'un jeune garçon ébloui par les apparences d'un milieu et le charisme d'un homme, au contact desquels il va se perdre. "
La structure du film repose sur les enjeux dramatiques qui tendent tout le film: la fascination de Gaspard pour Josh et pour la gloire, la violence perverse de Josh et enfin l'élément perturbateur: Ethel…" dit Olias. Le réalisateur a voulu donner une dimension fatale au film, les dés son d'ailleurs joués dès les premières minutes. Et dans toute cette tragédie, les scènes de snowboard interviennent comme une respiration.
Le tournage.
Barco a choisi de tourner à Gstaad, célèbre station suisse qui réunit la jet-set mondiale chaque saison. Ici, l'urbanité, la richesse matérielle et l'ordre exacerbés contrastent parfaitement avec l'esprit des "riders", plutôt rebelle. Et cela fascine Gaspard, d'origine modeste, qui est euphorisé par ce luxe.
Les sauts et les scènes de montagnes ont été principalement tournés à l'Alpe d'Huez et à Verbier (Suisse). En fonction de la météo, le plan de tournage évoluait souvent. Ainsi, le tournage a débuté par les scènes en intérieur puisqu'il y avait trop de soleil et trop peu de neige. "
Un tournage en montagne c'est dur. Il faut multiplier les efforts par trois", confie Barco, "
On a quand même eu de la chance parce que, vu la météo en hiver, il ne nous aurait pas été possible de tourner sans risques majeurs pour l'équipe". Et l'équipe vivait vraiment le film, "
à 400%", ne dormant que deux ou trois heures par nuit. "
J'ai voulu intégrer dans le film ce qu'on vivait durant le tournage. " admet Olias. "
J'ai voulu que tout se mélange, que l'équipe n'ait plus aucun repère par rapport à la réalité. Je voulais une énergie réelle. Par exemple, la scène de la fête dans la piscine est une soirée que l'on a vraiment faite et que l'on a filmée. "
Des personnages en quête de hauteurs.
"
J'ai choisi Nicolas Duvauchelle et Grégoire Colin qu'on attend pas du tout dans ce genre de cinéma, pour qu'ils me ramènent quelque chose de différent. "
Nicolas Duvauchelle a été découvert dans
Le Petit Voleur d'Eric Zonca et a travaillé avec
Claire Denis (B
Eau Travail). Dans
Snowboarder, il change totalement de registre.
Grégoire Colin, snowboarder expérimenté, a été repéré dans
Nenette Et Boni et a une vingtaine de films à son actif, dont
SADE de Benoît Jacquot, Sex Is Comedy de Catherine Breillat et La Vie Revee Des Anges d'Eric Zonca.
Juliette Goudot, quant à elle n'avait jamais fait de cinéma et a été repérée sur un quai de gare. Barco dit d'elle qu' "elle est extraordinaire parce qu'elle vit les choses. " Son personnage est la pierre angulaire de l'histoire. Il y a son rapport avec Josh, machiavélique et manipulateur et celui avec Gaspard, plus fougueux et vif. Josh s'approprie Ethel avec cette pureté qui lui manque, il l'idéalise du fait qu'ils n'ont aucun rapport charnel. Avec Gaspard, elle est plus à l'aise, elle a un rapport amoureux normal. "Mais la perversité de Josh fait d'Ethel l'instrument majeur de son plan concernant Gaspard". La jeune femme se trouve alors piégée entre ses deux amours.
Thierry Lhermitte fait une apparition surprise dans le rôle du pisteur Popeye. "J'ai rencontré Thierry Lhermitte en participant à une session d'Equinoxe avec le scénario du film", se souvient Barco, "C'est là que j'ai eu l'idée de lui proposer ce petit clin d'œil à son personnage des Bronzés font du ski."