Notes de Prod. : Soeur Sourire

Entretien avec Stijn Coninx

Comment avez-vous eu l’idée de consacrer un film à Sœur Sourire, alias Jeannine Deckers ?

Il y a une quinzaine d’années, deux scénaristes, Luc Maddelein et Leen van den Berg, m’ont proposé de tourner une biographie filmée de Jeannine Deckers. Mais j’ai refusé parce que le scénario s’attachait essentiellement à ses problèmes avec le fisc et à la période de sa vie où elle a connu la misère: cela ne m’intéressait pas vraiment.Quelques années plus tard, le producteur Jan van Raemdonck m’a soumis ce même projet: lorsque je lui ai expliqué que je le connaissais, et que je n’étais pas intéressé, il m’a demandé de rencontrer une comédienne – Cécile De France – qui, selon lui, serait parfaite dans le rôle de Sœur Sourire. En outre, a-t-il ajouté, il était d’accord pour que je modifie le scénario.

Vous avez accepté sa proposition ?

Après avoir rencontré Cécile, qui m’a totalement convaincu, j’ai travaillé avec Chris Vander Stappen, puis avec Ariane Fert sur un nouveau scénario.Pour moi, un film d’époque n’a de sens que s’il a une résonance avec l’actualité.Il fallait donc que tous les spectateurs – et surtout les plus jeunes – puissent se reconnaître dans cette histoire. A mes yeux, ce qu’il y a de plus intéressant chez Jeannine Deckers, c’est le besoin d’amour. Car au fond, il s’agit d’une jeune femme qui veut désespérément être aimée par ses parents et qui, n’ayant pas gagné leur amour, est désemparée face au sentiment amoureux. C’est le sujet principal du film.

Vous abordez pourtant d’autres aspects de la vie de Jeannine Deckers.

Oui, mais, par exemple, je n’ai ajouté les séquences sur ses difficultés financières qu’à quelques jours du tournage. Pour moi, c’est une dimension presque anecdotique du personnage.Je me suis surtout concentré sur les manifestations de son besoin d’amour. C’est ainsi que lorsqu’elle est au couvent, et qu’elle compose Dominique, je me suis éloigné de la réalité: dans le film, la chanson n’est pas vraiment dédiée à l’ordre des Dominicains, mais elle exprime un rare moment de bonheur où Jeannine se sent libre et où elle découvre une amitié sans ambiguïté.

Son homosexualité vous a-t-elle mis en porte-à-faux par rapport à l’Eglise ?

Je me souviens qu’après avoir obtenu l’autorisation de tourner dans le décor magnifique d’un couvent, l’évêque de Namur s’y est opposé. Bien qu’il ait déjà le scénario en main, je suis allé le voir pour lui expliquer ma vision de l’histoire, en toute sincérité: il a compris que le parcours de Jeannine dépassait largement l’histoire d’une lesbienne et qu’il s’agissait avant tout de la quête universelle d’un être en manque d’amour.

Quel type de recherches avez-vous menées ?

J’ai visionné toutes les images d’archives qui existent sur Sœur Sourire et je me suis pas mal documenté sur le pontificat de Jean XXIII. J’ai été entouré d’une formidable équipe qui a étudié l’esthétique des voitures de l’époque, les coiffures, les costumes et même la typographie propre à ces années-là. Mais c’est surtout l’atmosphère de cette période que l’on a cherché à retrouver: le désir d’une jeunesse qui aspire à la liberté et qui veut faire sauter les verrous d’une société rigide et conservatrice. A chaque fois que je tourne un film en costumes, j’essaie de trouver le bon équilibre entre l’exactitude de la reconstitution et une certaine liberté dans le choix des couleurs et de la lumière.

Peut-on définir Jeannine comme une insoumise, annonçant d’une certaine façon la contestation des années 68 ?

Absolument. D’ailleurs, c’est aussi ce qui m’a intéressé chez Cécile De France: elle pose beaucoup de questions et n’hésite pas à contester certaines décisions, mais toujours à bon escient et sans jouer à la “diva”. Car elle veut avant tout garder sa liberté dans son approche du personnage. Ce qui ne l’empêche pas d’être extrêmement préparée et facile à diriger.

Cécile De France s’est particulièrement investie dans son personnage.

Totalement ! Elle s’est passionnée pour le rôle dès le début, il y a sept ans, quand on lui a proposé le projet. Elle a travaillé sans relâche, même à l’époque où on n’était pas du tout certain que le film se monterait.Par exemple, elle n’a pas hésité à prendre des cours de guitare et de chant, et à s’entraîner régulièrement, sans avoir la certitude que le tournage se ferait.Je lui dois beaucoup.

D’emblée, on comprend que Jeannine souffre de l’absence de communication dans sa famille...

Il suffit de voir ses parents qui regardent la télévision pendant le repas pour comprendre à quel point ces gens ne se parlent pas. Pour une jeune fille comme Jeannine qui aspire à la liberté et à l’amour, c’est un contexte familial qui bride ses désirs et qui l’empêche de s’exprimer. Je voulais aussi montrer que cette présence de la télévision, fatale à la communication, est une image qui nous renvoie à l’époque actuelle. En revanche, la complicité entre Jeannine et sa cousine est très tendre. Avec mes scénaristes, on tenait à ce qu’il y ait quelqu’un, au sein de la famille, qui comprenne Jeannine et qui joue le rôle de sa confidente. Pour ce personnage, nous nous sommes inspirés de sa sœur qui est toujours en vie, mais qui ne veut plus entendre parler d’elle. C’est pour cela qu’on a décidé d’en faire la cousine de Jeannine et non plus sa sœur, pour ne pas avoir d’ennuis avec elle...

Tout en montrant que l’Eglise s’est servie de Jeannine, vous brossez des personnages nuancés, comme celui de la mère supérieure.

Dans tous mes films, je m’efforce de ne jamais être binaire parce que, dans la vie, les choses ne sont jamais toutes blanches ou toutes noires. Ce qui m’intéresse, c’est que les personnages se mettent à avoir des doutes sur leur propre comportement: c’est ce qui se produit chez la mère supérieure. Bien qu’elle soit soucieuse des règles de conduite au sein du couvent, elle arrive à écouter l’argumentation de Jeannine et à revenir sur sa décision de l’interdire de chanter. Peu à peu, des liens d’affection se nouent entre les deux personnages: la mère supérieure est une sorte de mère de substitution pour Jeannine.

Peut-on considérer que Sœur Sourire a contribué à rapprocher l’Eglise de la société ?

Elle a surtout tenté de rapprocher l’Eglise de la jeunesse de son pays. Ce n’est pas un hasard si, au début du film, Jeannine regarde Jean XXIII à la télévision :c’est l’un des seuls papes qui aient su ouvrir l’institution religieuse au monde et aux plus jeunes générations.

Comment avez-vous choisi les comédiens ?

A l’exception de Cécile De France, le casting s’est fait au tout dernier moment – même si j’avais Chris Lomme en tête depuis longtemps pour le rôle de la mère supérieure. Par ailleurs, Jan Decleir, qui campe le père de Jeannine, est à l’affiche de presque tous mes films. On est tellement complices qu’il me donne en général son accord sans même lire le scénario.

Le casting est entièrement belge.

Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que le producteur Eric Heumann m’a donné toute liberté pour ne travailler qu’avec des comédiens belges. J’ai aussi choisi des interprètes flamands car, dans le couvent, il y avait un mélange de nonnes francophones et néerlandophones: ce type de mélange est typiquement belge. Mais, quoi qu’il en soit, il était essentiel que Cécile soit entourée d’acteurs avec lesquels elle se sente en confiance. D’ailleurs, elle m’a fait plusieurs suggestions, comme Fabienne Loriaux qui joue la maîtresse des novices.

Comment avez-vous pensé à Tsilla Chelton qui campe la doyenne ?

C’est une histoire incroyable ! Jusqu’à deux semaines avant le tournage, j’ai même envisagé de supprimer le rôle de la doyenne. Et puis, j’ai rencontré Tsilla Chelton qui m’a suggéré de jouer le personnage dans un fauteuil roulant :j’ai trouvé que c’était une idée intéressante, mais je voulais encore y réfléchir. Après coup, j’ai découvert qu’elle devait subir une petite opération chirurgicale, une semaine avant le tournage. Du coup, j’ai compris pourquoi elle m’avait fait cette suggestion et j’ai évidemment accepté. C’est une actrice formidable.

Et pour le rôle d’Annie, l’amie de Jeanne ?

Face à une personnalité aussi forte que Cécile De France, il me fallait une comédienne qui puisse être un contrepoint convaincant: j’ai été fasciné par Sandrine Blancke. En prenant également en compte la relation amoureuse entre les deux femmes, je voulais une actrice qui ne ressemble pas du tout à Cécile.Surtout, ni Sandrine, ni Cécile ne correspondent aux stéréotypes physiques des lesbiennes. Comment s’est passée votre collaboration avec le compositeur Bruno Fontaine ? C’était un plaisir. Pendant la préparation du film, il avait déjà composé des arrangements pour les scènes chantées de Cécile De France. Par sa musique, il a souligné d’infimes détails qu’on ne remarquerait sans doute pas autrement. Pour moi, c’est une autre manière de raconter l’histoire.

Quel souvenir gardez-vous du tournage ?

Dès le départ, la production nous a fait entière confiance et nous a permis d’avancer très vite dans toutes nos décisions artistiques. Cette complicité a créé une ambiance de travail extrêmement constructive sur le tournage. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Notes de tournage...

Le 23 Juillet 2008 - Cécile De France a la banane

L'actrice belge Cécile De France prêtera ses traits à la chanteuse Soeur Sourire pour le cinéma, a révélé Ecran Total.

Le tournage débutera à Liège (Belgique) et dans ses environs le 28 juillet prochain. Le biopic, d'un budget de 8,1 millions d'euros, sera produit par Paradis Films. Soeur Sourire sera réalisé par Stijn Coninx (Daens, 1994) et retracera le destin tragique de Jeanine Deckers, entrée dans les ordres en 1959 avant d'enregistrer le tube Dominique.

Le film suivra ses remises en question liées à l'impact de son succès qui l'amèneront à quitter les ordres en 1966. Sa mort devrait également être évoquée, lorsque criblée de dettes elle se suicide avec sa compagne en mars 1985.

Entretien avec Cécile de France

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ?

C’est le producteur Jan van Raemdonck qui m’a d’abord parlé de ce film il y a sept ou huit ans.J’ai immédiatement été intéressée par le personnage de Jeannine Deckers, mais le projet a été plusieurs fois retardé à cause de problèmes de financement. D’ailleurs, jusqu’à une date récente, on n’était même pas sûr que le film se fasse un jour. Par chance, le producteur Eric Heumann a accepté de le produire.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 629 entrées
  • 1er jour IDF : 849 entrées
  • 1ère semaine IDF : 26 403 entrées
  • Cumul IDF : 39 102 entrées

  • 1ère semaine France : 82 541 entrées
  • Cumul France : 150 060 entrées