Notes de Prod. : Sommeil Blanc

Hélène de Fougerolles nous parle de Sommeil Blanc

Avez-vous eu l’impression d’explorer un nouveau territoire avec Sommeil Blanc ?
C’est vrai que je n’avais jamais eu l’occasion de plonger ainsi dans l’intériorité d’un personnage qui soit aussi loin de moi, mais aussi de faire ce travail sur la retenue… J’ai vraiment dû ralentir mon rythme cardiaque pour jouer Camille : c’est quelqu’un qui est un peu comme sous l’eau… Mais qui lutte néanmoins pour refaire surface. La première scène est claire à ce sujet : plus que sortir d’un rêve, elle essaie de reprendre sa respiration, de sortir littéralement de l’eau. Ces intentions apparaissaient dans le scénario. Et je pense que c’est pour ça que Jean-Paul m’a choisie : pour qu’on sente cette énergie dans le personnage. J’ai trouvé ça très intéressant, car il y a quelque chose de lumineux chez Camille : ce n’est pas un personnage éteint, c’est quelqu’un qui est dans le combat.

Sommeil Blanc est à la lisière de plusieurs registres…
À mes yeux, c’est un mélange : à la fois un film de genre, un film d’auteur et l’histoire de la reconstruction d’une femme. J’ai aimé, dès la lecture du scénario, ce croisement entre la réalité et quelque chose de plus étrange. Cela donne lieu à certains passages du film que j’adore, comme par exemple les disparitions un peu fantomatiques de l’enfant dans la maison, ou ces moments de trouble où l’on peut se demander si c’est Camille ou l’enfant que l’on voit à l’image. Ces instants apportent une part fantasmagorique au film : on peut se demander si Camille ne rêve pas la plupart des choses.

Cette part d’étrangeté passe aussi par un changement physique. Ne serait-ce que parce que vous êtes brune dans Sommeil Blanc, là où on est habitué à vous voir blonde, avec toute l’imagerie que cela induit. Est-ce que ce détail physique vous paraît contribuer à la transformation intérieure de Camille ?
Il est vrai qu’on me considère plutôt comme une actrice de comédie. Sans doute, dans une relative mesure, parce qu’on associe la blondeur chez les femmes à une certaine légèreté. Être brune est une manière pour certains metteurs en scène, et pour moi de casser cette image. Je l’étais déjà lorsque j’ai rencontré Jean-Paul, il m’a demandé de le rester. Probablement parce que ça correspond effectivement à la personnalité de Camille dans cette histoire. Qui a été complétée par les costumes. Les vêtements que m’a trouvé la costumière m’ont sidérée : j’avais l’impression de les avoir toujours portés. Ça allait avec l’idée que cette fille n’a pas changé de garde-robe depuis des années, porte le même pull. Tout ça m’a clairement fait ressentir Camille et m’a aidé à rentrer dans le personnage.

Avez-vous ressenti une pression dans le fait d’avoir à porter Sommeil Blanc sur vos épaules ?
Je ne me pose pas la question. Je pense plus à l’équipe : on est tous là pour faire le film. On peut se mettre la pression quand on a une seule scène dans un film : il ne faut pas la louper ! Mais ici, on avait le temps deconstruire sur la durée… Avec Jean-Paul, on a vraiment travaillé ensemble, et même si ce n’est pas un film à gros budget, on a pu chercher le personnage, proposer une direction ou une autre… C’est vraiment une construction qu’on a mise en place ensemble. Jean-Paul sait très bien s’adapter aux gens, que ce soit avec un gamin de 14 ans ou avec un acteur qui soit dans une recherche plus « conceptuelle ». Avec moi, qui suis davantage dans la spontanéité, on travaillait sur des couleurs à donner au personnage, sur des choses simples… On avait aussi notre petit lexique, des mots-clés qui permettaient de donner le ton d’une scène : on se comprenait très vite.

Qu’est ce qu’un décor, une ambiance, aussi forts que ceux de Sommeil Blanc apportent pour jouer cette intériorité ?
Je crois que c’est en fait plus important pour le spectateur qui est immergé dans l’atmosphère et se retrouve face à une maison qui devient comme un personnage à part entière. Pour un acteur, c’est plus pragmatique parce qu’on connaît l’envers du décor. Même si en l’occurrence, ce lieu, cette maison très imposante, a forcément eu un impact sur mon psychisme pendant le tournage. Plus prosaïquement, être dans un endroit coupé du monde pour tourner ce film était parfait pour jouer Camille. Le lieu où l’on a tourné correspondait presque à son isolement. Ces conditions m’ont aidé à appréhender la réclusion de cette femme.

Surtout quand le parcours de Camille va à l’inverse de cet endroit : il semble qu’on ne puisse s’échapper de cette maison, de cette forêt, alors qu’elle essaie de surmonter ses traumatismes.
En fait, elle trouve son équilibre en restant dans ce lieu ; Camille se sent protégée par cette maison. Vous parliez d’ambiance amniotique, c’est vraiment ça : Camille est à l’abri, dans un ventre. Ce côté cotonneux, a d’ailleurs amené presque naturellement ce ralentissement dans le jeu dont je parlais. Mais ce qui me plaisait dans cette histoire est qu’elle raconte justement comment cette femme allait trouver la force de sortir de cet endormissement.

L’un des déclics qui va permettre à Camille d’émerger est l’irruption d’un enfant qui va la troubler…
Il lui permet effectivement de sortir peu à peu de son apnée. Mais leurs rapports sont complexes : sur une scène, Jean-Paul m’a demandé de regarder Julien et d’exprimer du désir pour lui. C’était très étrange, parce que je n’avais jamais imaginé cette dimension dans leurs rapports… Je suis allée dans la direction demandée, et je suis devenue écarlate, parce que je ne l’assumais pas ! C’était exactement ce que voulait Jean-Paul à l’image.

Entretien avec Jean-Paul Guyon, réalisateur de Sommeil Blanc

Sommeil Blanc pourrait appartenir à plusieurs registres, du mélodrame réaliste au film de genre en passant par le conte de fées. Quelle était votre envie d’origine ?
Tout est parti du livre Enfantasme de G.J. Arnaud : La dimension fantasmatique qu’il a su donner à ce portrait de femme me plaisait beaucoup. J’avais justement envie d’explorer cette voie d’un fantastique à la Henry James qui repose davantage sur l’état intérieur d’un personnage, sur le mystère des êtres, plutôt que sur des évènements extérieurs. L’idée était donc bien d’être à la croisée des genres : partir d’une situation réaliste et travailler l’intériorité de Camille ; mais du point de vue de son ressenti, en m’éloignant de la psychologie. Et du coup être dans la sensation, dans l’évocation d’un monde intérieur, avec toute l’ambiguïté que cela peut comporter.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

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