Le « Spanglish » est un dialecte hybride d'espagnol et d'anglais parlé par près de 40 millions de Latinos vivant aux Etats-Unis. Dans SPANGLISH, deux cultures très différentes cohabitent sous le même toit…
Au-delà de la situation, c'est un thème très universel qu'aborde le film, et chacun y reconnaîtra les difficultés à communiquer et ce que le regard d'un autre peut apporter à la vie…
James L. Brooks, scénariste, réalisateur et producteur du film, explique : « La culture américaine et la culture espagnole ne se ressemblent pas. Elles ont quelques points communs, bien sûr, mais ce sont le plus souvent deux mondes à part. L'éducation des enfants est un domaine où elles peuvent parfois se ressembler. C'est sur ce terrain que Flor, une mère mexicaine, et John, un père américain, vont se découvrir.
« Au début de l'histoire, Flor se retrouve sans ressources, seule avec sa petite fille. Elle se sent coupable d'avoir épousé un homme incapable d'être un bon père, et se dévoue totalement à son enfant, quitte à en oublier sa propre vie. Pour celle, ce dévouement n'est pas un sacrifice, c'est la chose la plus naturelle qui soit. »
UN AUTRE MONDE
En voix off, Cristina accompagne et commente son voyage et celui de sa mère vers les Etats-Unis.
James L. Brooks raconte : « C'est ce récit par une petite fille de six ans qui a constitué mon point de départ. J'ai commencé par dix pages de narration. Ces quelques notes contenaient déjà le thème central du film : jusqu'où peut aller un parent pour protéger l'intégrité morale de son enfant. »
Le lien particulier entre un parent et son enfant a toujours constitué une source d'inspiration pour Brooks, que ce soit dans TENDRES PASSIONS, I'LL DO ANYTHING ou POUR LE PIRE ET POUR LE MEILLEUR. Dans SPANGLISH, il y ajoute une dimension nouvelle : la complexité de l'intégration culturelle.
La productrice
Julie Ansell note : « Flor élève sa fille selon certains principes. En arrivant en Amérique, ces règles sont remises en cause. Flor craint que sa fille ne soit attirée par des valeurs complètement différentes. »
Il y a environ cinq ans,
James L. Brooks a commencé à réfléchir à ses personnages, Flor et Cristina. C'est à cette époque qu'il a rencontré
Christy Haubegger, fondatrice du Latina Magazine. Celle-ci se souvient : « J'ai reçu un coup de fil de
Julie Ansell me disant que Jim Brooks voulait écrire une histoire avec une héroïne latina. J'ai été impressionnée par son désir d'exactitude jusque dans les détails de culture et d'histoire. Etant moi-même latina, je me suis toujours efforcée de raconter notre histoire, notre culture, de nous montrer avec authenticité. L'aider à raconter son histoire dans le même esprit m'a paru naturel. »
Lors de l'écriture du scénario, Brooks a passé beaucoup de temps à faire des recherches sur ses personnages, une étape nécessaire puisqu'il ne pouvait s'inspirer de son expérience personnelle à ce sujet. Il explique : « Quand on écrit un film, on ne doit pas trahir les personnages que l'on fait exister. C'est impensable pour moi. Les gens qui iront voir le film, ici particulièrement le public d'origine hispanique, doivent s'y reconnaître. Autrement, je ne me le pardonnerais pas. »
Christy Haubegger souligne : « James voulait savoir ce qui compte pour les Latinas. Les Latinos sont considérés comme des immigrants même si l'espagnol a été la première langue européenne parlée en Amérique du Nord et si la moitié d'entre nous est née ici. Il est vrai que nous ne nous assimilons pas nécessairement de la même manière qu'ont pu le faire d'autres groupes d'immigrants. Il serait plus exact de dire que nous nous « accoutumons » : nous prenons des éléments de notre nouvelle culture tout en restant fidèles à ce que nous sommes. La difficulté est de naviguer entre ces deux mondes, ces deux cultures et ces deux langues différentes, c'est cela que Jim voulait vraiment comprendre et ressentir. »
James Brooks a rencontré un grand nombre de jeunes femmes, des émigrées hispaniques et des enfants élevés par des mères parlant espagnol. Il raconte : « J'ai passé plus d'un an à essayer de cerner mes personnages, à représenter leur voix, leur comportement. Je ne voulais pas dépeindre un cliché de la culture hispanique, ni en donner un portrait romantique ou idéalisé. Je me suis entouré de gens de cette culture nuit et jour. J'ai rencontré des jeunes femmes candides et pleines d'espoir, d'autres complètement désabusées ; j'ai été ému par ce qu'elles disaient sur les difficultés et les déceptions que l'on rencontre quand on s'efforce de s'adapter à un nouveau foyer. J'ai été bouleversé par leurs espoirs et leurs rêves pour leurs enfants. »
LA FAMILLE CLASKY
Pour le personnage de John Clasky,
James L. Brooks a utilisé un lieu commun du cinéma pour mieux le retourner. Il explique : « On a vu tellement de films où le père, complètement accaparé par son travail, prend soudain conscience que ses enfants sont importants et veut enfin assumer son rôle… Ici, John est d'emblée un père formidable. Je vois des hommes aller chercher leur gamin à l'école tous les jours. J'avais très envie de faire le portrait de ce genre de types. »
Adam Sandler explique : « Clasky est un homme conscient de sa responsabilité envers sa famille. Elle est sa première passion. »
James L. Brooks poursuit : « John n'a rien à voir avec l'image traditionnelle du macho espagnol. Lorsque Flor le rencontre, elle est décontenancée parce qu'il exprime relativement facilement ses émotions. Son nouveau patron se met à pleurer devant elle parce que quelque chose est arrivé à sa fille… Flor bondit littéralement hors de la voiture, elle veut s'éloigner de lui. Elle le trouve bizarre. Pour une femme habituée au machisme latino, elle découvre un homme qui semble avoir les émotions… d'une femme mexicaine ! »
C'est Thomas Keller, le chef mondialement réputé du célèbre restaurant de la Napa Valley The French Laundry et du restaurant new-yorkais récemment ouvert Per Se, qui a servi de modèle pour l'aspect professionnel du personnage. Il y a quelques années,
James L. Brooks était tombé sous le charme du décor magique de The French Laundry et de son élégante cuisine. Lorsqu'il s'est mis à écrire SPANGLISH, il a visité le restaurant de fond en comble.
Thomas Keller raconte : « James est venu passer deux jours en cuisine avec nous. Il est resté dans un coin pendant 14 heures, il a observé, pris des notes… Il voulait tout savoir, tout voir, tout comprendre : la façon dont on s'organise, comment marche l'équipement, quel ustensiles on utilise, quels uniformes on porte… »
Deborah Clasky, elle, est née à partir d'une peinture de D.J. Hall, une artiste de Los Angeles dont Brooks collectionne les œuvres. C'est une de ses toiles réalistes, « Summer Pastime », qui lui a inspiré le concept de base de Deborah. Elle montre une femme portant un grand chapeau de paille assise sous un parasol, qui regarde un livre sur les peintures de Matisse.
Julie Ansell explique : « Cette image offre un aperçu du style de vie privilégié très « West Side L.A. ». On ressent un sentiment d'amertume et de tristesse sous une façade de couleurs vives. »
James L. Brooks a rencontré l'artiste dans son studio. Elle se souvient : « Quand il est venu me voir, James en était à peu près à la moitié de son scénario, et il formulait encore ses idées, mais il voulait retrouver le sentiment de mes toiles. Il était sensible à la nature superficielle de ces vies en apparence heureuses, à ce bonheur trompeur du style de vie de la Californie du Sud que j'essaie de capter dans mon travail. »
James Brooks a même décidé de recréer la peinture « Studying Matisse » dans la scène où Flor rencontre pour la première fois Deborah, Bernice et Evelyn chez les Clasky. Avant de tourner la scène, il a fait un bout d'essai en la recréant aux studios Sony de Culver City. D.J. Hall raconte : « C'était formidable à voir ! Ma peinture prenait vie… Le travail de John Sayle, le directeur de la photo, avec les lumières et les objectifs était fantastique. Il a transformé un terne après-midi d'automne en studio en une fin d'après-midi lumineuse et chaleureuse. Il a littéralement peint avec la lumière. »
LE CASTING
Téa Leoni, qui incarne ici Deborah Clasky, explique : « Travailler sur SPANGLISH a été de loin mon rôle le plus difficile. Je me suis demandé au début si j'aurais assez d'énergie, d'intensité et de finesse pour jouer cette névrosée égomaniaque bipolaire dans un film qui, pour l'essentiel, est une comédie dramatique très émouvante. Jamais un réalisateur n'a su avoir accès à ce que je suis de façon si totale. Parfois Jim me rendait dingue, parfois il m'intimidait, mais le plus souvent j'étais en admiration devant lui. »
Tous les personnages de Brooks sont des êtres humains complets quand ils apparaissent sur l'écran. Ils sont souvent complexes, ils ont des défauts, mais ils sont toujours vrais et attirants. Brooks révèle : « Certaines des indications de mise en scène de mes scénarios sont comme des notes aux acteurs. »
Bien qu'ils soient déjà précisément décrits sur le papier, le réalisateur continue à travailler avec ses acteurs pendant le tournage pour dévoiler toutes les nuances possibles de leurs personnages.
Paz Vega, qui incarne Flor, raconte : « Dès la première minute, James et moi nous sommes parfaitement compris. Il m'a dit : « Je sais des choses sur Flor, mais pas tout. Il faut que tu me dises tout ce qu'elle est et que je ne sais pas. » Nous avons travaillé comme cela pour tout le film. »
LE TOURNAGE
SPANGLISH a été entièrement tourné à Los Angeles, à Beverly Hills, Bel Air, Malibu et sur le plateau 27 des studios Sony, à Culver City.
James Brooks souhaitait que le planning de tournage de SPANGLISH suive l'ordre chronologique du scénario. En respectant la continuité de l'histoire, il avait le sentiment que le rythme émotionnel en serait renforcé. Tourner de cette manière est souvent difficile en raison des limites imposées par les plannings des acteurs et les contraintes logistiques de tournage. Heureusement, la productrice exécutive
Joan Bradshaw, en travaillant avec le premier assistant réalisateur et coproducteur Aldric La'auli Porter, a pu satisfaire le désir de Brooks au prix de quelques compromis. Elle précise : « Le scénario était écrit d'une manière claire, précise, linéaire, et il se prêtait à ce genre d'organisation. »
James L. Brooks voulait aussi tourner SPANGLISH le plus possible dans des lieux réels plutôt qu'en studio. La chef décoratrice
Ida Random explique : « D'habitude, on sépare le tournage entre les lieux réels et les plateaux. On tourne les grands angles sur les lieux réels et on construit les intérieurs en studio. Mais ce film repose sur des émotions délicates, et Jim désirait vraiment éviter de morceler les séquences, de peur de briser les ambiances. C'est bien mieux pour les acteurs, cela complique tout pour l'équipe ! »
Le directeur de la photo
John Seale explique : « Travailler dans des espaces limités est un peu contraignant, mais nous avons utilisé des focales courtes, placé les caméras dans les coins et utilisé tous les trucs que nous pouvions pour que ça marche. Au final, je crois que cela sert vraiment le propos et le réalisme. »
Ida Random a commencé les repérages et à réfléchir au style visuel général du film plusieurs mois avant le début du tournage. L'un de ses premiers objectifs a été de trouver une région de Los Angeles qui ressemble à la banlieue de Mexico City pour la séquence d'ouverture. C'est à Lincoln Heights qu'elle a trouvé ce qu'elle cherchait : de grands espaces, des collines et des vallées, et des routes couvertes de poussière… Bien qu'elle ait envisagé de tourner dans une maison existante, elle a été si enthousiasmée par la vue depuis un terrain sur une colline qu'elle a décidé d'y faire construire la modeste maison mexicaine de Flor.
Elle précise : « Une comédie n'est jamais sombre en matière de couleurs, on y trouve toujours des teintes gaies. Nous avons voulu une maison colorée, bleue et ocre jaune. Avec la permission des propriétaires, certaines autres maisons de la rue ont été repeintes dans des couleurs tout aussi vives. »
La maison de Deborah et la propriété à la plage comptent beaucoup dans le style visuel du film. Ces deux éléments reposent sur la vision que Brooks a de ce personnage.
Ida Random raconte : « Jim voulait montrer tout l'univers d'une femme au foyer, mais il voulait aussi que ça ait l'air un peu loufoque. »
L'intérieur de la maison des Clasky et la cour ont été tournés dans une maison sur Beverly Glen Boulevard à Beverly Hills. Random a fait abattre des murs et remodeler certains parties de la maison, et a travaillé avec son ensemblière, Leslie Ann Pope, pour créer le singulier foyer de Deborah Clasky.
Ida Random explique : « On a l'impression que Deborah a à peine fini un projet de décoration qu'elle en attaque un autre - peinture au pochoir, décorer les meubles... »
Avec les œuvres de D.J. Hall comme source d'inspiration, Brooks s'est tourné vers cette artiste pour lui demander conseil sur le genre d'œuvres d'art que l'on pourrait trouver chez les Clasky et dans le restaurant de John. L'artiste est ainsi devenue consultante visuelle sur le film. Elle a suggéré plusieurs choses, notamment des œuvres d'artistes californiens « Plein Air » comme Stephanie Sanchez et Arturo Tello, ou encore Shirley Pettibone, Astrid Preston, Cynthia Evans, James Doolin, Les Biller et Carlos Almarez. Et on trouve bien sûr des toiles de D.J. Hall dans la maison de Deborah.
Pour la maison que louent les Clasky près de la plage pour l'été,
Ida Random a trouvé une petite maison sur Pacific Coast Highway à Malibu. Autrfois propriété du légendaire artiste Al Jolson, cette charmante maison à étage a été bâtie dans les années 20.
John Seale explqiue : « La maison nous a posé des problèmes logistiques : elle était orientée vers le sud et les rayons du soleil donnaient directement dessus. A midi la réflexion de la lumière sur la mer plongeait droit dans la salle principale. »
Seale et son équipe ont réduit la luminosité en utilisant un diffuseur de 20 m sur 6 soutenu par des piliers à hauteur modulable.
La dernière semaine du tournage a été réservée aux scènes se déroulant dans le restaurant, le seul décor d'envergure du film qui ait été construit. Il a fallu plusieurs mois de travail à Random et son équipe pour recréer le French Laundry.
Lorsque les acteurs et l'équipe technique se sont installés sur le plateau 27 pour tourner les dernières scènes, Thomas Keller a pris le temps d'apporter son aide. Le chef explique : « La manière dont travaille une équipe en cuisine est très organisée. Tout le monde bouge dans un mouvement orchestré que l'on appelle une danse. Vous savez toujours où sont placés les autres membres de votre équipe, et vous savez ce qu'ils font. »
Keller a ainsi positionné les acteurs comme son équipe et a placé
Adam Sandler à l'endroit que lui-même occupe dans sa cuisine.
Keller a lui-même veillé au maniement, à la préparation et à la présentation des plats. Il explique : « Tous les plats que nous avons utilisés pour la grande scène d'
Adam Sandler dans le rôle du chef ont été préparés au French Laundry. En fait, le plat de betterave et poireaux et le plat au homard viennent tout droit de ma cuisine ! »