Il y a un an, on m'a envoyé le scénario de Spider avec une lettre de CAA, la plus grosse agence d'Hollywood, confirmant que Ralph Fiennes voulait jouer le rôle-titre. C'est très rare, la plupart des agents ne voulant pas s'engager à ce point. J'eus plus tard la confirmation que Ralph avait insisté sur ce point auprès de son agent. C'est avant tout pour cela que j'ai lu le scénario: personne d'autre que Ralph n'y était aussi attaché.
À mes yeux, Spider n'est ni un personnage pathétique ni même un psychotique. Il est au contraire très humain, très universel, même si son histoire personnelle ne l'est absolument pas. Il va également sans dire que j'ai voulu en faire une œuvre existensialiste. Je pense donc que j'ai commencé à analyser le scénario et le personnage, et la raison de ma fascination l'un pour l'autre: à mon avis, ce qu'on le voit faire, c'est réinventer sa vie en partant de zéro ou presque, et recommencer sans cesse.
J'ai aidé Patrick (Mc Grath) à s'éloigner, à se libérer du roman : en définitive, le film se situait quelque part entre le roman et le voiceover sur le roman. C'est une erreur typique des scénaristes débutants, surtout lorsqu'ils viennent de la littérature ; mais comme je l'ai montré à Patrick par la suite, la voix de Spider, dans son roman éponyme, est complétement différente de l'idée qu'on donne du personnage dans le film.
NOTES DE PRODUCTION
"SPIDER est une plongée dans les méandres de l’esprit humain, explique le réalisateur
David Cronenberg.
C’est un thriller psychologique au premier sens du terme. C’est un peu le choc des univers de Samuel Beckett et de Sigmund Freud…"
L’histoire de l’histoire
C’est en 1988 que Patrick McGrath débute l’écriture de son roman, "Spider". Il prévoit à l’origine d’en faire une fable cynique sur un plombier qui a décidé de supprimer sa femme pour la remplacer par sa maîtresse.
McGrath était particulièrement bien placé pour aborder les distorsions et les fragilités de l’esprit. Il a en effet passé son enfance dans l’enceinte du Broadmoor Hospital, le plus grand centre de traitement britannique de criminels souffrant de désordres mentaux. Son père en était le directeur médical.
L’ambiance
Parce que SPIDER est d’abord un monde vu par un homme à l’esprit perturbé, le réalisateur et le chef décorateur Andrew Sanders ont tout de suite décidé de ne pas coller à la réalité.
Cronenberg explique :
"Les rues de Londres que nous voyons ne sont pas réalistes. Il n’y a ni voitures ni passants. Le film se déroule autant dans la tête de Spider que dans les lieux qu’il traverse. Je souhaitais montrer ce qui le concerne, ce qui l’atteint, d’où cette approche minimaliste de l’environnement."
Le tournage
Le tournage s’est déroulé sur huit semaines, dont trois dans et aux alentours de Londres, puis cinq en studio à Toronto. Les extérieurs de la pension de Mrs. Wilkinson ont été tournés à Kennington, sur la rive sud de la Tamise. Andrew Sanders a déniché le pavillon ouvrier des parents de Spider à Acton, non loin d’une voie ferrée désaffectée.