Notes de Prod. : Sport de filles

    en salle le 25 Janvier 2012

Entretien avec Marina Hands

Dans quelles conditions êtes-vous arrivée sur ce film ?

C’est la monteuse de LADY CHATTERLEY qui m’a dit que Patricia Mazuy et Simon Reggiani cherchaient une comédienne qui soit aussi cavalière. Faire un film équestre était le rêve de ma vie. De Patricia, je connaissais SAINT-CYR que j’avais adoré. Puis j’ai découvert BASSE NORMANDIE qui m’a également beaucoup touchée... Je suis allée chez eux dans leur ferme. Nous étions alors en 2006. Je crois que c’est en me voyant à cheval que Patricia a été conquise. Elle a senti qu’il y avait quelque chose d’évident, d’immédiat dans mon rapport à l’équitation. Patricia est venue ensuite me voir au théâtre, elle a regardé les films dans lesquels j’avais joué pour être sûre que je serai Gracieuse.

Justement, comment avez-vous appréhendé la personnalité de Gracieuse ?

Patricia avait tellement peur que je ne comprenne pas bien le rôle, qu’elle n’arrêtait pas de me répéter : « Ce n’est pas une gentille, elle n’est pas éduquée... ». C’est au contact de Patricia que j’ai appris à connaître Gracieuse. Je comprenais bien ce qu’elle avait envie de raconter. Gracieuse a un instinct de survie incroyable dans un milieu très cruel et hostile. Ce genre de fille avec un fort tempérament à la limite de la provocation se retrouve souvent dans les films de Patricia. Dans le milieu de l’équitation, que j’ai longtemps fréquenté, j’en ai également beaucoup croisé des Gracieuse...

C'est-à-dire ?

Le milieu équestre est très compartimenté. Chaque discipline a sa propre technique, sa vision, une façon particulière d’aborder les chevaux... Chaque écurie possède en revanche un même système très hiérarchisé. Il y a des gens dans l’ombre cantonnés aux tâches ingrates. Paradoxalement, ce sont les palefreniers, les grooms, les soigneurs, qui sont les plus passionnés. Gracieuse, on le voit au début du film, prépare des jeunes chevaux. Une fois l’animal en vente, elle en est dépossédée du jour au lendemain. C’est terrible. Des filles comme Gracieuse, je es ai admirées plus jeune. Ce sont des gens incroyables qui ont du talent, de la magie et qui sont souvent exploités.

Gracieuse surprend par son acharnement, sa violence...

On pointe du doigt ce caractère parce qu’il s’agit d’une fille ! Gracieuse se fout de tomber amoureuse. La passion des chevaux est parfois la conséquence de rapports humains compliqués. Gracieuse ne s’intéresse pas au monde car il est cruel avec elle. Si elle écoute son père, elle n’a aucun avenir. D’instinct, presque sans réfléchir, elle se lance alors dans un combat pour exister, révéler sa puissance. Pour préparer ce rôle, j’ai regardé des reportages sur des filles violentes placées en maison de redressement. Elles font parfois des stages dans des écuries. Au contact de l’animal, elles se calment. Le cheval a de véritables vertues thérapeutiques.

Le milieu équestre reste cependant très dur...

L’art équestre peut devenir obsessionnel. Le but de tout cavalier est de trouver un bon cheval et un bon entraîneur. Gracieuse va se battre et sera prête à tout pour y parvenir. De façon générale, dans tous les milieux où il est question d’argent, d’égo et de plaisir, se nouent des relations passionnelles où le pire est possible.

Comment Patricia vous a-t-elle dirigée ?

Nous avons beaucoup discuté du rôle. Elle ne voulait surtout pas que les personnages aient l’impression de justifier leurs actes, mais qu’ils soient au contraire bruts. Patricia était très précise dans sa direction d’acteur, dès que ça n’allait pas elle me recadrait tout de suite. Pour Gracieuse, je devais jouer sur le décalage entre sa brutalité et son innocence. Parfois elle se fait totalement dépasser. C’est très touchant voire comique.

Comment interprétez-vous le titre du film : Sport De Filles ?

Dans le milieu équestre les hommes et les femmes sont vraiment à égalité. Dans l’équitation, le physique n’est pas le plus important. La force n’entre pas en jeu. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de filles qui pratiquent ce sport. Personnellement, j’éprouvais beaucoup de fierté, gamine, à être en compétition contre des garçons. Ce titre peut paraître ironique, voire péjoratif, mais il suggère également la douceur. C’est le côté petite fille qui adore les animaux. Puis au fur et à mesure que l’enfant grandit, les choses se durcissent et la cavalière devient une conquérante, une vraie guerrière.

Le dressage impliquait-il une préparation particulière ?

Cela faisait dix ans que je n’étais pas remontée sur un cheval quand j’ai accepté de faire SPORT DE FILLES. J’ai donc effectué de nombreux stages. Venant du saut d’obstacle, j’ai dû apprendre le dressage de haute école. Sur le tournage, je restais dans ma bulle car le rôle de Gracieuse demandait beaucoup de concentration. Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi sérieuse sur un plateau : je me couchais tôt, je faisais attention à ce que je mangeais, je m’entraînais tous les matins... De manière générale, j’étais plus avec les gens responsables des chevaux qu’avec les acteurs. Leur univers m’était très familier.

Entretien avec Patricia Mazuy

Quelles sont les origines du film ?

En 2004, pendant le montage de mon dernier long métrage BASSE NORMANDIE, coréalisé avec Simon Reggiani, le producteur Gilles Sandoz était venu nous donner un coup de main. Il nous avait fait part de son souhait de faire un film avec nous. « J’aimerais que vous alliez aussi loin dans la fiction que ce que vous avez fait dans le documentaire ! » avait-il dit.

Entretien avec Bruno Ganz

Comment avez-vous entendu parler de Sport De Filles ?

Je jouais au théâtre avec Isabelle Karajan qui m’a parlé du film. Au-delà de l’intrigue, c’est le milieu dans lequel elle s’inscrivait qui m’a tout de suite captivé. Le monde du dressage est mystérieux, méconnu. Il s’inscrit dans une histoire séculaire. Cet univers m’a toujours fasciné sans que je le comprenne vraiment. J’ai souvent passé des heures à regarder des concours de dressage à la télévision.

Entretien avec Simon Reggiani

Quelles sont les origines de Sport De Filles ?

L’histoire de Gracieuse est en partie inspirée de ma propre expérience. Pour préparer BASSE NORMANDIE, notre précédent long métrage avec Patricia, j’ai également intégré une écurie pour me préparer en tant que cavalier. La propriétaire m’a confié à son jeune entraîneur. Tout s’est bien passé jusqu’au jour où j’ai voulu que l’entraîneur m’accompagne pour le tournage. J’ai essuyé un refus catégorique de la propriétaire. Elle a eu cette réaction définitive : « Ce jeune homme nous appartient ! ». J’ai immédiatement senti qu’il y avait un film à faire. J’ai alors repensé à cette phrase du philosophe Charles Fourier : « Au début n’était pas le verbe mais les rapports de soumission ». J’ai rencontré un peu plus tard Patrick Le Rolland, ancien champion de dressage devenu entraîneur qui a vécu de nombreuses années sous l’emprise de sa compagne, propriétaire de chevaux. Au moment de leur séparation, elle l’a laissé sans aucune ressource. Il m’a autorisé à m’inspirer de certains épisodes de son histoire pour dessiner le personnage de Franz Mann.