Entretien avec Simon Reggiani Quelles sont les origines de Sport De Filles ?
L’histoire de Gracieuse est en partie inspirée de ma propre expérience. Pour préparer BASSE NORMANDIE, notre précédent long métrage avec Patricia, j’ai également intégré une écurie pour me préparer en tant que cavalier. La propriétaire m’a confié à son jeune entraîneur. Tout s’est bien passé jusqu’au jour où j’ai voulu que l’entraîneur m’accompagne pour le tournage. J’ai essuyé un refus catégorique de la propriétaire. Elle a eu cette réaction définitive : « Ce jeune homme nous appartient ! ». J’ai immédiatement senti qu’il y avait un film à faire. J’ai alors repensé à cette phrase du philosophe Charles Fourier : « Au début n’était pas le verbe mais les rapports de soumission ». J’ai rencontré un peu plus tard Patrick Le Rolland, ancien champion de dressage devenu entraîneur qui a vécu de nombreuses années sous l’emprise de sa compagne, propriétaire de chevaux. Au moment de leur séparation, elle l’a laissé sans aucune ressource. Il m’a autorisé à m’inspirer de certains épisodes de son histoire pour dessiner le personnage de Franz Mann.
Comment avez-vous envisagé l’activité du dressage sur un plan dramatique ?
Plus que du dressage, je parlerais plus volontiers de gymnastique équestre. Le but est d’essayer de faire reproduire au cheval les gestes qu’il pourrait avoir en liberté. Sauf que cette liberté est mise en bouteille, puisqu’elle est forcée et programmée. Longtemps, la technique consistait à dresser le cheval à l’aide de moyens coercitifs (cravaches, éperons...). Elle a heureusement beaucoup évolué depuis. Le gros du travail est d’établir une relation avec le cheval afin qu’il éprouve une forme de plaisir, de satisfaction. C’est la notion du « cheval heureux ». Finalement cette discipline répond à plusieurs besoins de l’existence comme l’altérité, le plaisir, la jouissance, la valorisation d’un animal donc de soi-même... Il y a également un aspect sexuel évident. Un entraîneur, par ses indications permet à la cavalière et au cheval d’échanger entre eux de l’énergie pure. Si l’entraîneur est l’instigateur de cette jouissance il en reste néanmoins spectateur. Il n’y participe pas physiquement. Il est à côté. Ce qui peut déclencher une forme de frustration, voire du sadisme. D’ailleurs, nous avions envisagé un moment d’appeler le film : IL N’Y A PAS DE MENAGE A TROIS.
Que représente pour vous le combat de Gracieuse?
Le point de départ du film était : le conflit de deux cavalières pour le regard d’un entraîneur. Elles ne se battent pas du tout pour son amour mais pour le savoir qu’il détient. Gracieuse découvre au contact de Franz Mann la puissance du dressage. C’est un moyen pour elle d’entretenir une relation exclusive avec l’animal. Il faut savoir que le dressage développe une sorte de schizophrénie. Au Cadre Noir de Saumur, il y a des écriteaux sur lesquels on peut lire : « Il est obligatoire quand vous croisez quelqu’un de lui dire bonjour ». Les cavaliers finissent par oublier complètement les autres. Dans Sport De Filles, Franz Mann voit en Gracieuse, la personne qu’il était dans sa jeunesse.
Outre sa compagne, trois femmes se disputent finalement Franz Mann, chacune avec un profil différent...
Les trois cavalières ne réagissent effectivement pas de la même manière. Il y a Susan, l’anglaise qui veut reconquérir le cœur de Franz Mann. Elle est démonstrative. Alice, la championne en revanche dissimule tout, n’arrive pas à se lâcher. Enfin, Gracieuse est totalement disponible, se fiche de l’image qu’elle peut renvoyer.
Le dressage vu par Simon Reggiani :
A l’origine, le dressage était une nouvelle façon de faire bouger un cheval lors des combats, le rendre plus mobile. L’idée n’était donc plus de le pousser à foncer tout droit sur l’adversaire, mais au contraire lui donner de l’amplitude et ainsi lui permettre de multiplier la possibilité de ses mouvements. Jusqu’au XIXe siècle, seuls les nobles pouvaient monter ces chevaux ainsi éduqués. Entretien avec Marina Hands Dans quelles conditions êtes-vous arrivée sur ce film ?
C’est la monteuse de LADY CHATTERLEY qui m’a dit que Patricia Mazuy et Simon Reggiani cherchaient une comédienne qui soit aussi cavalière. Faire un film équestre était le rêve de ma vie. De Patricia, je connaissais SAINT-CYR que j’avais adoré. Puis j’ai découvert BASSE NORMANDIE qui m’a également beaucoup touchée... Je suis allée chez eux dans leur ferme. Nous étions alors en 2006. Je crois que c’est en me voyant à cheval que Patricia a été conquise. Elle a senti qu’il y avait quelque chose d’évident, d’immédiat dans mon rapport à l’équitation. Patricia est venue ensuite me voir au théâtre, elle a regardé les films dans lesquels j’avais joué pour être sûre que je serai Gracieuse. Entretien avec Patricia MazuyQuelles sont les origines du film ?
En 2004, pendant le montage de mon dernier long métrage BASSE NORMANDIE, coréalisé avec Simon Reggiani, le producteur Gilles Sandoz était venu nous donner un coup de main. Il nous avait fait part de son souhait de faire un film avec nous. « J’aimerais que vous alliez aussi loin dans la fiction que ce que vous avez fait dans le documentaire ! » avait-il dit. Entretien avec Bruno Ganz Comment avez-vous entendu parler de Sport De Filles ?
Je jouais au théâtre avec Isabelle Karajan qui m’a parlé du film. Au-delà de l’intrigue, c’est le milieu dans lequel elle s’inscrivait qui m’a tout de suite captivé. Le monde du dressage est mystérieux, méconnu. Il s’inscrit dans une histoire séculaire. Cet univers m’a toujours fasciné sans que je le comprenne vraiment. J’ai souvent passé des heures à regarder des concours de dressage à la télévision. |
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