Notes de Prod. : Story of Jen

    en DVD le 21 Octobre 2009

Entretien avec Marina Hands

Votre première rencontre avec François Rotger s’est faite autour d’une photo. Et la deuxième ?
Quand j’ai revu François,c’était pour Story of Jen. Il m’a donné un tirage de cette photo qu’il avait fait de moi,la première fois. Ensuite, en voyant The Passenger, j’ai compris comment je pouvais m’inscrire dans son univers et que j’en avais très envie, aussi. C’est très important,comme en musique,de choisir une tonalité, ensemble. Lorsque je ne suis pas face à une énergie créatrice personnelle, une vision forte comme celle de François,je suis comme perdue.

Qu’avez-vous pensé du personnage de Sarah, à la lecture du scénario ?
Ce que j’ai ressenti immédiatement,c’est sa faiblesse. La fragilité d’une paumée,quelqu’un qui n’a plus de structure,plus de repères, quelqu’un qui n’a pas les moyens de réfléchir, de raisonner comme il faudrait qu’elle raisonne.Sarah est larguée dans la nature, seule, sans aucune aide. Et elle se retrouve dans un milieu hostile sans avoir les armes, ni intellectuelles, ni culturelles. Pour moi, c’est quelqu’un de très handicapé, dans son propre univers. C’est cela qui m’intéressait. Après, tout le contexte social,je ne m’en suis pas souciée car, dans l’univers de François, cet aspect est organique, intemporel. Nous ne savons pas très bien où nous sommes, ni à quelle époque. Mais l’essence de Sarah, c’est cela : un personnage seul, avec son enfant, dans une jungle hostile.

Dans le film, Sarah vit avec les autres, et pourtant elle donne l’impression d’être toujours seule, tout le temps...
Il y a chez elle un principe de survie qui prend le dessus sur tout le reste. Ses relations sont insatisfaisantes car il n’y a pas la place pour se soucier de la qualité du rapport à l’autre. Cette frustration crée une non-communication permanente. Sarah et Jen sont dans la survie, dans la série noire, dans les drames qui s’enchaînent les uns aux autres. Sarah est quelqu’un qui se bat avec une sorte de malédiction qui revient,et qui revient. C’est une femme qui subit la fatalité : elle voit un schéma qu’elle connaît se remettre en place sous ses yeux et elle est incapable d’y faire face. Et quand elle tente d’y faire face, elle se fait mal. Elle est dans la réactivité permanente. Sarah est liée à sa fille par la force des choses, elle est éternellement liée à son mari à cause du drame qui s’est produit, liée à son père par son absence et pourtant, seule. Il y a une sorte de tragédie qui se joue entre les personnages, parce qu’il n’y a pas la place pour autre chose justement, pour la réflexion, pour la réaction sophistiquée de la pensée. Nous sommes dans un monde un peu animal. J’avais d’ailleurs constamment l’impression d’être un oiseau de mauvaise augure. Un corbeau, déjà à cause de mes longs cheveux. Tout ce qui concernait Sarah, toutes mes scènes, étaient très sombres dans tous les sens du terme,d’ailleurs.

Vous avez dit que vous aviez besoin de composer le corps de votre personnage...
Sarah est un corps qui s’ignore,démantibulé, sans conscience. Elle s’est oubliée physiquement. Son corps est laissé à l’abandon, depuis le drame qu’elle a vécu.

C’est en cela que vous vouliez qu’elle soit contradictoire, même physiquement : parfois comme une adolescente, parfois comme un animal...
Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé en amont,cela est apparu au fur et à mesure. J’ai juste travaillé sur l’impuissance, le rien que cela pouvait générer chez elle, par moments, son apathie. Et des comportements très contradictoires.Sarah est dans le vide,le creux, complètement dépossédée de toute force. Même les moments de rage sont étouffés dans l’impuissance. Parfois, cela lui donne l’air d’avoir quatorze ans. Parfois, l’incapacité de réfléchir, déclenche des réactions très animales, mais qui vont tomber à côté. C’est cela qui nourrit le chemin initiatique de Jen. Nous ne sommes pas les mêmes du tout. C’était très important de marquer cette différence. Ce n’est pas un combat d’égal à égal entre deux générations. Jen va grandir, elle va avoir la force de traverser cette jungle. Elle va prendre des éléments de sa vie, en être victime aussi, mais elle va partir,se sauver. Je voulais que Sarah soit absurde,sans que ce soit de l’hystérie,sans rentrer dans la psychologie car ce n’est vraiment pas l’univers de François. La crise,la névrose,je n’avais pas envie de travailler là-dessus de manière expressive. Nous trouvions plus intéressant, François et moi, que Sarah soit à côté des choses, tout le temps. Plutôt qu’un poison visible pour sa fille, qui aurait eu une violence très affirmée.

Comment s’est passé le travail avec François, sur le plateau ?
François cadre énormément. Il ne dirige pas vraiment avec des mots. Mais il est très clair à comprendre. L’histoire de Sarah est évoquée plus que racontée dans le film. Sarah est filmée comme une errance.
François cherche toujours une grâce.Il est très sensuel. C’est l’une de ses forces de metteur en scène, et précisément là où il transcende ses personnages. François navigue toujours entre son désir de parler de choses noires, de choses tristes, des failles des êtres humains, et en même temps, son envie de les transcender,de les emmener ailleurs.

Est-ce que travailler ailleurs, entre deux langues et des acteurs étrangers, vous a aidée à construire ce personnage sans repères, largué dans la nature ?
C’était très libérateur, très inspirant. Mais c’est un film que j’ai beaucoup fait avec François, presque plus que tout le reste. Nous avons beaucoup parlé, mais je n’ai pas énormément réfléchi avant. C’est un film que j’ai fait pour lui. Et bien sûr j’y ai mis mon travail, comme d’habitude. Mais je n’ai pas beaucoup construit,ni imaginé comment seraient les choses avant de les faire. Tony Ward a également beaucoup apporté au film.Par son investissement et son désir d’être dans un film comme celui-là. Il passait la journée sur le plateau, même quand il ne tournait pas.Son investissement dans le rôle était très atypique, et en dehors de sa personnalité, qui l’est aussi, cela apportait beaucoup au film. C’est vraiment quelqu’un à part. Avec Laurence Lebœuf, nous nous sommes immédiatement reconnues dans la façon de travailler, d’être là, d’être près, de savoir tout le temps ce que l’on faisait. Nous travaillons dans la même légèreté, et sensibilité.Je pense qu’elle aussi, comme moi, s’est projetée dans l’univers de François sans savoir ce qu’il allait faire de nous.

Entretien avec François Rotger

Après The Passenger,votre premier long-métrage, vous avez dit,à propos du suivant : «Il sera assez proche de The Passenger dans les thèmes qu’il abordera : l’honnêteté, le manque et la solitude. Mais différent dans la forme. Elle va évoluer vers quelque chose de plus dialogué et vivant.»Vous avez donc travaillé dans ce sens pour Story of Jen?
Oui, tout simplement. Pendant le tournage de The Passenger au Japon, à un moment très difficile où j’avais besoin de me sortir un peu du quotidien du plateau, je suis entré en contact avec une amie que j’avais perdu de vue, Jen R. Nous avions depuis longtemps le projet de mettre nos expériences en commun, sous forme de nouvelles. Elle m’a envoyé des textes courts, sur elle,enfant. Je savais qu’il lui était arrivé quelque chose d’assez dur dans sa jeunesse.Un jour,elle m’écrit un mail : voilà ce qu’il s’est passé quand j’avais treize ans.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 93 entrées
  • 1er jour IDF : 358 entrées
  • 1ère semaine IDF : 2 627 entrées
  • Cumul IDF : 2 932 entrées

  • 1er jour France : 1 024 entrées
  • 1ère semaine France : 6 210 entrées
  • Cumul France : 7 323 entrées