Notes de Prod. : Surveillance

    en DVD le 25 Février 2009

Notes de production

Avec son deuxième long-métrage, Surveillance, Jennifer Lynch a construit méthodiquement un thriller intense dans la tradition de Rashomon d’Akira Kurosawa, qui présentait quatre versions du même drame. S’inspirant du maître japonais, la scénariste et réalisatrice a conçu une histoire racontée depuis le point de vue de trois personnages. Mais comme toujours avec les Lynch, la vérité n’est jamais ce qu’elle semble être.

Jennifer Lynch : « La notion de point de vue est une chose qui me fascine. Nous avons notre propre façon de voir le monde, et la perception d’un même événement peut donc être très différente d’une personne à une autre. Dans cette histoire, il y a un point A et un point B, et une grande route entre les deux. Sur cette route, il y a trois groupes de personnes à qui il va arriver des choses. Pour comprendre l’intégralité de l’histoire, ces gens vont devoir raconter les uns après les autres les événements dont ils ont été témoins. Ils mentent tous, cachent quelque chose, mais chacun possède une partie de la vérité. La honte qu’ils ressentent et la raison qui les pousse à mentir sont au cœur de chaque personnage.»

Les trois groupes de personnes ne pourraient pas être plus disparates. Les officiers Jack Bennett et Jim Conrad sont des policiers très zélés, amateurs de bières à la gâchette facile. Se prenant pour de véritables héros, ils ont pris dans leur vie certaines décisions discutables devenues de sombres secrets qu’ils ne tiennent pas à voir révélés.
Bobbi et Johnny sont deux jeunes qui aiment s’amuser et se shooter. Au-delà de l’image habituelle des toxicomanes, Bobbi est le genre de fille cool qui pardonne n’importe quoi à n’importe qui, excepté à elle-même. Elle estime qu’elle mérite tout ce qui lui arrive, particulièrement les mauvaises expériences.

Quant à la petite Stéphanie, elle regarde encore le monde avec les yeux de l’enfance sans porter de jugements.

Jennifer Lynch: « Tous les personnages mentent parce qu’ils ont une blessure à dissimuler. Stéphanie est un personnage très important parce qu’elle va leur permettre de faire la lumière. Les adultes sont concentrés sur eux-mêmes alors que les enfants ont encore la faculté de voir les moindres détails du monde qui les entoure. Stéphanie a donc pour les autres un rôle de déclencheur et de révélateur.
Techniquement, maintenir la cohérence de chacun des points de vue a été un sacré défi. Trois personnes racontent la même histoire, mais chaque version est différente. Pour qu’elles soient crédibles, nous avons travaillé sur la tonalité des témoignages, et sur ce que les personnages ont ressenti, ce qu’ils ont perçu, ce qu’ils ont vu ou non et pourquoi. Chaque personnage livre sa part de vérité à sa façon, et l’ensemble constitue une sorte de ballet perturbant et complexe. »



Jennifer Lynch s’est passionnée pour les personnages du film : « Il y a dans cette exploration du genre humain quelque chose de profondément bon et sain qui m’intriguait. Kent Harper, avec qui j’ai produit des courts-métrages, avait un scénario dont l’histoire mettait en scène des éléments surnaturels. Quand nous en avons discuté, nous avons eu plusieurs autres idées. Nous les avons développées, et c’est devenu la première version de Surveillance. Il y avait encore quelques éléments surnaturels mais l’histoire tournait déjà autour du regard, de la perception que nous avons du monde et des gens, et du voyeurisme. A un certain moment, j’ai réalisé que dans une histoire où les personnages se tuent les uns les autres, il était plus intéressant d’explorer les raisons de leurs actes plutôt que de les montrer. Surveillance est un film effrayant parce qu’il montre qu’une seule mauvaise décision peut faire basculer votre vie. Personne n’est à l’abri. Plus on creuse cette histoire, plus elle devient forte, presque insupportable - en particulier à la fin.

J’adore la fin du film, c’est le moment où les ténèbres et la lumière s’entremêlent. Les ténèbres et la lumière sont une chose, le mal en est une autre. Étrangement, ce que je vois comme les ténèbres est perçu par mon père, David Lynch, comme le mal. Il m’a mise en garde contre la façon dont j’envisageais la fin du film. Il m’a même appelée un soir très tard pour me dire que je ne pouvais pas faire cela. Mais bien sûr que si, je le pouvais. C’était la meilleure fin possible pour cette histoire. Au final, tout tourne autour d’une question : dire la vérité peut-il vous sauver la vie ? »

A chacun sa vérité : les acteurs

Pour Jennifer Lynch, la réalisation d’un film ne peut se faire sans une participation active des acteurs : « Je les encourage toujours à improviser pour développer leurs personnages. Tout est dans l’observation ; pour improviser il faut être attentif aux réactions de ceux qui vous regardent et surveiller votre comportement et celui des autres acteurs. Il faut savoir s’adapter sans cesse, c’est une démarche fascinante. Quand vous travaillez avec des personnages que vous avez créés, les acteurs que vous avez choisis pour les incarner finissent toujours par mieux les connaître que vous. Quand ce moment arrive, le dialogue s’inverse et ce sont eux qui vous expliquent leurs personnages. Cela vous demande, à vous réalisateur, de lâcher un peu les commandes, mais cela permet aux acteurs de développer des choses fantastiques. »

Sur la route: Le tournage

Le film a été réalisé avec un petit budget et un planning de tournage serré dans les plaines de Regina, dans la région du Saskatchewan au Canada.

Jennifer Lynch : « Tout a été très rapide. Les scènes ont été tournées dans l’ordre chronologique. Les acteurs ne faisaient donc pas semblant de mentir devantla caméra, ils cachaient vraiment ce qu’ils savaient. Cela donnait à leur jeu beaucoup plus d’authenticité quand les agents du FBI leur demandaient de dire ce qu’ils avaient vu. Nous avons passé de très longues journées sur l’autoroute sous une chaleur étouffante. Et nous avons aussi tous lutté contre le vent, la pluie, le temps qui passait, et la folie. Une route superbe, des ciels variant d’un gris nuageux à un bleu vif ponctué de nuages blancs, des ciels d’orage, la pluie, des vents à 100 km/h, des grenouilles qui coassaient avec un bizarre bruit de grillons, les camions, la logistique, les voitures crashées en plein milieu de nulle part... Cela n’a pas été un tournage facile. »
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 438 entrées
  • 1ère semaine IDF : 17 033 entrées
  • Cumul IDF : 27 867 entrées

  • 1ère semaine France : 28 117 entrées
  • Cumul France : 48 968 entrées