Tim Burton fit appel à l’un des grands maîtres du cinéma :
Dante Ferretti, pour réinventer le Londres du 19ème siècle.
Tim Burton : «J’ai suivi son travail depuis de nombreuses années. Cet homme, qui a côtoyé Fellini, vous transmet son énergie personnelle et son inventivité, il vous stimule par son engagement artistique.»
Et Ferretti de souligner les similitudes entre Burton et le réalisateur de
Huit Et Demi :
«Tim me rappelle constamment Fellini par sa de dessiner à tout bout de champ. Je les trouve très proches.»
Burton ne visait pas une reconstitution exacte et documentée de Londres : «C’était hors de propos dans cette fable légèrement stylisée», expliqua-t-il après avoir proposé comme référence à Ferretti le troisième fi lm de la saga frankenstein :
Le Fils De Frankenstein (1939).
Richard D. Zanuck :
«Tim souhaitait retrouver un peu de cette imagerie des vieux films hollywoodiens en noir et blanc : des décors très graphiques, pas trop détaillés, avec un minimum de couleurs. Tim a des idées très précises, et le look a toujours été un élément capital de ses films.»
À la noirceur du présent s’opposent les couleurs vives des fl ashbacks et des séquences fantasmatiques : «Le musical nous apprend que Sweeney a perdu sa femme dans des conditions tragiques par la faute du juge Turpin», précise
Laurie Macdonald. «Le film visualise le passé de Sweeney et sa métamorphose en vengeur. Ces séquences, très colorées, forment un contraste saisissant avec l’esthétique épurée du reste du film.»
Burton pensait initialement utiliser des décors et accessoires minimalistes en plaçant ses acteurs devant des fonds verts, à la manière de
Sin City ou
Capitaine Sky et
Le Monde De Demain.
Tim Burton : «Mais, à la réflexion, j’ai pensé qu’il serait plus facile pour nous tous de travailler dans de vrais décors. Chanter en playback devant un fond vert aurait été une contrainte de plus, un artifi ce supplémentaire, et un cauchemar pour les comédiens.»
Ferretti créa et supervisa la construction d’une bonne douzaine de décors complets en un temps restreint, alors qu’il ne disposait que d’un budget modeste et d’un petit nombre de plateaux. Déployant des trésors d’ingéniosité, il conçut des parois amovibles et des façades interchangeables qui permettraient de recycler rapidement les décors, et par exemple de transformer le Marché st. Dunsttan en fleet street.
Richard D. Zanuck : «C’était la première fois que nous travaillions avec Dante, et nous avons été comblés. Nous n’avions pas énormément d’argent et ne disposions pas de tous les plateaux nécessaires pour mettre en place les décors. Dante a réussi des séries de transformations rien qu’en altérant les structures et en disposant plusieurs décors en enfi lade sur un même plateau. Un travail magistral qui vous replonge d’un coup dans le Londres d’antan.»
John Logan :
«Je connaissais bien Dante et son sens aigu du détail à cause d’
Aviator, et je savais ce qu’il apporterait à l’univers de Sweeney Todd. Dans le scénario, j’avais
qualifi é la boutique du barbier de «décor hanté», et c’est exactement l’impression que dégage chaque centimètre carré de cet univers. Ce sont des décors étranges, inquiétants, biscornus. On tremble de voir surgir de l’ombre Sweeney armé d’un rasoir, Mrs Lovett avec une tarte ou... Jack l’Éventreur.» «J’ai aimé ces décors, j’ai adoré me promener dans la réplique de Fleet Street», dit
Helena Bonham Carter. «Ce genre d’atmosphère nous inspire dans notre travail d’acteur et fait s’envoler notre magination.»
Aussi attentif aux costumes qu’aux décors, Burton fi t appel à une collaboratrice de longue date :
Colleen Atwood, pour créer la garde-robe de
Sweeney Todd. la tâche était ardue du fait de l’étroitesse de la palette chromatique, mais Atwood obtint les effets désirés en variant les textures et les styles.
Tim Burton : «Colleen a joué un rôle-clé dans le design. Ses costumes sont des personnages à part entière, ils aident les acteurs dans leur travail. Ici, l’objectif était de donner de la force à Sweeney et Mrs Lovett, comme dans les anciens
Frankenstein et
Dracula.
La photo s’inscrit dans l’approche «noir et blanc» adoptée d’entrée de jeu par Burton.
Dariusz Wolski :
«L’idée était de s’approcher au maximum du noir et blanc. Tim m’a montré quantité de vieux fi lms d’horreur. Nous aimons tous deux le noir et blanc et le fi lm noir. Tout cela a défi ni notre approche : une image très contrastée, des noirs profonds dans les décors monochromatiques très anguleux de Dante. Nous avons mis la technologie contemporaine au service de ce look à l’ancienne.» Plus tard, en cours de postproduction, le chef opérateur «désatura» encore un peu plus la couleur «pour aboutir quasiment au noir à blanc, à l’exception de quelques taches de couleur... et d’hémoglobine.» Le sang, faisant partie intégrante du spectacle, ne pouvait être absent du film.
John Logan : «C’est la première chose dont Tim et moi avons discuté. Nous nous souvenions de ce fl ot rouge vif qui jaillissait au premier coup de rasoir de Sweeney et se répandait sous les projecteurs. Un égorgement n’est pas joli joli. Nous n’avons pas cherché à en cacher les effets car nous voulions vous donner à comprendre les agissements de Sweeney, ses violences et le mal qu’il s’inflige tragiquement à lui-même. Le génie du spectacle était de vous faire compatir à la douleur d’un tueur fou. D’où l’omniprésence du sang dans le film.»
Helena Bonham Carter : «Tim a été imprégné de cinéma d’horreur ! C’était son divertissement du samedi soir. Johnny adore également ce genre. Tous deux ont puisé leur inspiration dans ces classiques. Mais Tim est aussi un homme très malicieux, qui s’amuse énormément de la ringardise et des effets gore de certains films d’horreur. Il a mis énormément d’humour noir dans ce
Sweeney Todd, qui se veut à la fois effrayant, drôle et perversement distrayant.»
John Logan : «
Sweeney Todd est une tragédie dans l’esprit du Grand Guignol et des magazines à sensation de l’ère victorienne. Le sang y obéit à une nécessité
dramatique, il fait partie intégrante du monde qu’habite ce personnage et de sa passion mortifère. Il aurait été malhonnête et mensonger de le dissimuler.»