Switch

Genres : Thriller, Policier - Durée : 1H40 mn
Sortie en salles le 06 Juillet 2011 - en VOD/DVD le 18 Janvier 2012
Presse ★★★★
Spectateurs ★★★

Entretien avec Karine Vanasse

Comment avez-vous été impliquée dans ce projet ?

Il y a un peu plus d’un an, a contacté mon agent à Montréal, j’étais en tournage à Cuba pour Angle Mort de Marc-André Lemieux. On a pu se parler brièvement au téléphone. Il m’a parlé du film, m’a dit qu’il cherchait, pour la crédibilité et la vérité de son histoire, une actrice québécoise qui pouvait jouer sans accent et qu’on lui avait parlé de moi. Il m’a dit qu’il allait m’envoyer le scénario.

Quelques mois plus tard, début mai, je suis venue à Paris et je l’ai rencontré. Ce n’était pas une audition, plutôt une discussion pour faire connaissance. Il m’a dit qu’il avait vu et beaucoup aimé Polytechnique, le film que j’avais coproduit, dans lequel je jouais et qui avait été présenté à Cannes. Moi j’avais vu Agents Secrets que mon compagnon avait distribué au Québec. Je n’ai vu ses autres films et découvert son univers qu’ensuite. était là aussi. Je connaissais bien sûr le film Les Rivières Pourpres, mais je n’avais pas lu ses livres et je ne savais pas la place qu’il occupe en France. En fait, tout s’est passé très rapidement. Je n’avais pas vraiment de carrière en France, on ne me connaissait pas, c’était donc un vrai pari de leur part, ça m’a touchée. Ils me disaient que, le temps de tournage étant assez limité, ils voulaient s’entourer des bonnes personnes, aussi bien en ce qui concernait mon personnage que les autres. La complicité qu’il y avait entre eux était flagrante. On les sentait heureux d’avoir développé ce projet ensemble.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de cette rencontre avec ?

Ce qui a été évident tout de suite, c’est sa volonté de faire partager sa manière de fonctionner. C’est important pour lui qu’on puisse travailler bien à l’avance, que les questions soient posées très en amont car, une fois que le tournage a commencé, le temps nous est compté. Je crois qu’il voulait tester mon efficacité, s’assurer que je n’allais pas avoir de caprices d’actrice, ni l’encombrer sur le plateau avec mes inquiétudes – même s’il sait qu’on en a forcément, et tout le temps ! ça m’allait bien car la façon dont il travaille est aussi la façon dont je travaille.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le scénario ?

Tout de suite, c’est la possibilité de m’essayer à un genre nouveau. Même si quand il m’a appelée à Cuba j’étais en train de tourner un film québécois qui est un peu un thriller, je n’avais jamais fait de films d’action. Au Québec, je suis connue pour des rôles plutôt dramatiques, donc ce personnage en fuite, qui court à perdre haleine, qui se bat physiquement, m’intéressait. D’autant qu’il n’y avait pas que de la course et des bagarres mais le film racontait une véritable histoire, surprenante, intrigante, aux ressorts et au dénouement totalement inattendus, et qu’il y avait de belles scènes à jouer avec une charge dramatique forte.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans le personnage de Sophie Malaterre ?

Son instinct de survie. Pendant le tournage, Frédéric me disait que c’était une fille prise au piège, qui essaie par tous les moyens de se dégager et qui même quand elle est découragée, qu’elle pense être à court de ressources, trouve assez de force, d’énergie et de courage pour essayer de s’en sortir.

Vous avez perdu votre accent québécois pour le tournage. Comment perd-on son accent ?

Ça se travaille ! Surtout, je voulais le perdre avant le tournage pour ne plus avoir à y penser du tout au moment du jeu. J’ai travaillé sur les dialogues avec une coach, juste pour essayer d’avoir une prononciation normale. Puis, pendant le tournage, nous avons continué à travailler, mais sur des détails.

C’est un film qui vous a demandé de vrais exploits physiques. Vous y êtes-vous préparée spécialement ?

J’aimerais vous dire que j’ai couru tous les matins avant et pendant le tournage mais non ! En même temps, Sophie Malaterre n’est pas censée être une super athlète, hyper entraînée, mais seulement une jeune femme normale qui fait un peu de sport assez régulièrement - comme moi - et que les circonstances obligent à aller au bout de ses capacités.

Vu ce que me demandait Frédéric, il a bien fallu quand même que je m’entraîne. Et j’ai eu la chance de travailler avec Alain Figlarz avant le début du tournage pour les combats, les chutes, la chorégraphie... Je n’avais jamais fait de cascades, j’avais vraiment envie de toutes les faire si possible et de les faire bien. Bien sûr, une doublure était prévue, mais je voulais
d’abord voir jusqu’où je pouvais aller avant qu’on l’utilise.

C’était plus par plaisir que par orgueil - même si j’ai une réelle fierté aujourd’hui à me dire que je les ai toutes faites, sauf une ! Avec Alain, on travaillait sur les mouvements, sur la chorégraphie, mais surtout sur comment faire passer le plus possible dans le jeu la force, la force des coups de poing, l’essoufflement...

J’ai beaucoup aimé ça. Même si c’était épuisant, notamment la scène de la course bien sûr qu’on a tournée en deux ou trois jours ! Il y avait des escaliers à descendre, à monter, des maisons à traverser, des obstacles à éviter. On sautait d’un toit, on remontait sur un mur, on repartait en courant... C’était assez excitant de courir comme ça et de réaliser parfois que le fait d’être épuisée apportait subitement quelque chose au jeu. La dernière journée, pour la dernière salve, mon corps était fatigué, j’ai voulu faire la course quand même, c’est la seule fois où il y a eu un petit accident, mais minime. Ça, c’est quand l’orgueil prend le dessus !

Comment aimez-vous travailler vos personnages ?

Plus ça va et plus j’apprécie que le réalisateur me demande de travailler avec lui. J’ai débuté jeune et j’ai longtemps joué sur mon instinct. J’avais peur, si je travaillais trop, de perdre ma spontanéité, mon naturel. Aujourd’hui, je sais au contraire que plus on travaille, plus on joue en profondeur, plus on trouve de nuances, de subtilités, plus on fait ressortir des choses qu’on n’avait pas remarquées ou imaginées aux premières lectures du scénario.

J’ai aimé que Frédéric veuille beaucoup travailler en amont. On a fait des lectures tous les deux, quelques-unes avec au moins pour être d’accord tous les trois sur la direction dans laquelle on allait. Pendant les semaines qui ont précédé le tournage, on a pas mal lu et relu, on a pu se poser toutes les questions qui nous venaient à l’esprit, parfois juste sur une réplique.

Quand vous avez rencontré et , était-il déjà attaché au projet ?

Non. Là encore, je ne mesurais pas la place qu’il a en France. Au Québec, le football n’est pas très populaire. On est plutôt sur le hockey ! Mes références sur Cantona étaient assez limitées. Mais j’ai de bons amis français qui m’ont rapidement renseignée. J’ai eu des cours de Cantona avant d’arriver ! Et très vite, sur le plateau, je me suis rendue compte de la star, de l’icône qu’il était.

Il a un charisme incroyable et l’on comprend bien pourquoi il a voulu être comédien. Sa voix, sa présence, l’éclat de son regard, tout le prédisposait à faire l’acteur. Il a une façon très directe de dire les choses, il peut avoir parfois un regard presque dur et l’on n’a pas le choix alors de ne pas lui laisser toute la place ! En quelques instants, il peut passer à un regard très doux.

On sent aussi chez lui une grande sensibilité, une profonde sincérité. Je m’en suis aperçue notamment pour toutes les scènes d’interrogatoire quand Sophie est arrêtée. Son écoute est impressionnante. Il est vraiment là mais, bien qu’il en impose déjà beaucoup lui- même, il ne cherche pas à en imposer, il est prêt à recevoir aussi de façon très généreuse. C’était un vrai plaisir de jouer avec lui. Il y avait même quelque chose de réconfortant.

D’ailleurs, avec tous, c’était très agréable de jouer - même ceux qui n’avaient que quelques scènes et repartaient. C’est là aussi, dans le choix des acteurs et également de l’équipe technique, que se révèle la qualité, l’intelligence d’un metteur en scène.

, le vendeur qui aide Sophie, qui me donne un coup de main pour me trouver des vêtements et qui, dans la vie, est chanteur ; , le premier joli Parisien que je rencontre ; qui n’a pas le beau rôle... Entre nous tous, il y a eu une vraie complicité. Tout le monde était assez ouvert, tout le monde semblait heureux d’être là et prêt à beaucoup donner.

L’équipe technique - qui était très proche de nous - l’a senti aussi. Il y avait une scène difficile pour moi, celle du face à face avec dans la fonderie, où j’avais besoin de beaucoup de concentration et je me souviens de l’attention, de l’écoute même, des techniciens. Ça m’a beaucoup aidée.

Y avait-il d’autres scènes que vous appréhendiez particulièrement ?

Toutes les scènes d’interrogatoire. Parce qu’elles étaient assez longues, parce qu’on n’avait pas beaucoup de temps, parce que c’était là que se jouait la vérité du film. Il y a une autre scène qui m’inquiétait. C’est le moment où, chez le dentiste, Sophie voit qu’elle n’a plus d’autre solution que de prendre les choses en mains elle-même, qu’elle va devoir s’enfuir et trouver la vérité elle-même.

Ce changement d’attitude entre la jeune fille du début, un peu désespérée à Montréal mais qui découvre Paris comme dans un conte de fées, sur son vélo, au soleil, espérant que des portes nouvelles vont s’ouvrir à elle, et celle qui va devoir retrousser ses manches, se mettre à courir et devenir une vraie guerrière que rien ni personne n’arrête. Je savais qu’il était essentiel, qu’il fallait bien le rendre, que le spectateur croie au fait qu’elle avait en elle dès le départ cette force, cette volonté de combattre, ce formidable instinct de survie.

Quel est selon vous votre meilleur atout ?

Oh, je ne sais pas ! Peut-être que quand on me lance un défi, j’arrive à mettre ma peur de côté pour le relever. J’ai vraiment plaisir à faire ce qui est nouveau pour moi. Par exemple, le fait d’arriver à Paris sans que personne ne me connaisse, n’ait idée de ce que j’ai fait ni de qui je suis, bien que je sois actrice au Québec depuis l’âge de 13 ans, et devoir montrer en quelques jours ce que j’étais capable de faire, de montrer le désir que j’avais de bien faire, c’était très excitant et un peu effrayant aussi.

Je craignais de sentir une résistance de la part de l’équipe et des autres acteurs, mais Frédéric a fait sentir à tout le monde que j’étais la bienvenue et très naturellement tout le monde l’a suivi. C’est peut-être ça mon meilleur atout, d’avoir la possibilité de me lancer comme ça...

Cela devait être particulier de vous retrouver à nouveau comme en terrain vierge...

Oui et c’était un vrai plaisir. Je sentais qu’il y avait à la fois une attente - mais qui c’est cette fille ? - et en même temps aucune référence, donc, pour moi, un grand sentiment de liberté. En tant qu’actrice, c’était important de partir sur un terrain vierge car quand on est sans cesse confrontée à des gens qui vous ont vu grandir, on a peur parfois de ne pas correspondre à l’idée qu’ils se font de vous.

Arriver à Paris sur ce tournage m’a permis d’une certaine manière de réaliser où j’en étais, de pouvoir débarquer et me présenter comme une fille de 26 ans, avec ce qu’elle a appris, ce qu’elle sait, ce qu’elle ne sait pas, ce qu’elle va apprendre aussi. J’ai aimé cette idée-là.

Avec le recul, comment définiriez-vous sur un plateau ?

Il a une vision très claire et très précise de ce qu’il veut. Quand on lui pose une question, on sait qu’on va avoir une réponse sans aucune ambiguïté. Il est très conscient aussi des sensibilités de tout le monde, aussi bien des acteurs que des techniciens, des énergies et des dynamiques communes,et ce n’est pas si courant. C’est quelqu’un qui a cette capacité de vous faire une totale confiance. C’est vrai pour moi bien sûr mais aussi, par exemple, pour Vincent Gallot qui, pour la première fois, était directeur de la photo.

Lorsqu’il vous donne cette confiance, on n’a pas d’autre choix que de vouloir l’honorer, que de vouloir tout donner pour être à la hauteur de ses attentes. J’ai appris à apprécier les réalisateurs qui sont de vrais capitaines, qui savent fédérer, mobiliser, diriger leur équipe, tout en étant capables de rester ouverts aux suggestions. J’aime dans le cinéma ce moment entre la mise en place et la première prise, quand tous les techniciens, tels de petites fourmis, commencent à travailler l’éclairage, les positions de la caméra et que moi, qui suis au centre de tout ça, je les regarde travailler. Ça m’émeut.

Si vous ne deviez garder qu’un seul moment de toute cette aventure ?

Cette dernière journée de tournage dont je parlais. Dans la fonderie, pour le face à face avec Karina. Ça faisait plusieurs nuits d’affilée qu’on tournait, l’équipe était vraiment fatiguée, on était en retard sur l’horaire et pourtant l’équipe a donné sans rien dire tout ce qu’elle pouvait jusqu’à la fin. Pour moi, c’était plus que touchant et tellement représentatif de l’énergie que toute l’équipe avait mise dans ce film pendant le tournage.

Maintenant que vous avez tourné Switch, accepteriez- vous d’échanger votre appartement ?

Heu... Eh bien oui ! Le film m’a montré les risques, mais je sais maintenant que je peux y échapper, que je peux m’en sortir !

Entretien avec Frédéric Schoendorffer

Comment avez-vous été amené à travailler avec ?

Nous nous connaissons depuis une dizaine d’années. Jean-Christophe avait vu mon film Scènes De Crimes ; moi, j’avais lu ses deux premiers livres, Le Vol des cigognes et Les Rivières pourpres. Chacun était client du travail de l’autre. Nous avons sympathisé immédiatement et sommes devenu amis. Plusieurs fois, nous avons frôlé la possibilité de travailler ensemble, nous avons même une fois été engagés pour adapter Le Serment des limbes, mais finalement le projet n’a pas abouti.

Entretien avec Eric Cantona

Qu’est-ce qui a été le plus déterminant dans votre envie de faire Switch ? Le scénario ? Le personnage ? ?

Comme toujours, un peu tout ça. Mais Frédéric avant tout. Le fait de travailler avec lui m’excitait. C’est mon agent, Elisabeth Tanner, qui m’a appelé alors que j’étais à l’étranger pour me parler de ce projet et elle m’a envoyé le scénario. Dès que je suis rentré à Paris, j’ai rencontré Frédéric. Je connaissais ses films et je trouve que, dans le genre, c’est un des meilleurs. J’aime sa maîtrise, sa rigueur, son élégance. Quand il raconte une histoire, c’est efficace et en même temps soigné, esthétique. Il filme très bien ses personnages. Pour Switch, tout de suite, il m’a parlé de l’allure de ces flics, il voulait qu’ils soient beaux, qu’ils soient en costume... Ce qui m’a décidé au départ c’est lui.

Entretien avec Jean-Christophe Grangé

C’est la première fois que vous écrivez directement pour le cinéma...

Frédéric et moi sommes amis depuis dix ans, il aime mes livres, j’aime ses films, on avait envie de travailler ensemble depuis longtemps, on a même essayé de développer l’adaptation du Serment des limbes, mais le projet n’a pas abouti. On a décidé de prendre les choses en mains, d’écrire ensemble un scénario original plutôt que de partir d’un de mes romans.
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