Switch

Genres : Thriller, Policier - Durée : 1H40 mn
Sortie en salles le 06 Juillet 2011 - en VOD/DVD le 18 Janvier 2012
Presse ★★★★
Spectateurs ★★★

Entretien avec Eric Cantona

Qu’est-ce qui a été le plus déterminant dans votre envie de faire Switch ? Le scénario ? Le personnage ? ?

Comme toujours, un peu tout ça. Mais Frédéric avant tout. Le fait de travailler avec lui m’excitait. C’est mon agent, Elisabeth Tanner, qui m’a appelé alors que j’étais à l’étranger pour me parler de ce projet et elle m’a envoyé le scénario. Dès que je suis rentré à Paris, j’ai rencontré Frédéric. Je connaissais ses films et je trouve que, dans le genre, c’est un des meilleurs. J’aime sa maîtrise, sa rigueur, son élégance. Quand il raconte une histoire, c’est efficace et en même temps soigné, esthétique. Il filme très bien ses personnages. Pour Switch, tout de suite, il m’a parlé de l’allure de ces flics, il voulait qu’ils soient beaux, qu’ils soient en costume... Ce qui m’a décidé au départ c’est lui.

Vous souvenez-vous de ce qu’il vous a dit sur votre personnage, sur cet inspecteur de la Crime ?

Il m’a surtout parlé des vrais flics de la Crime qu’il connaît depuis longtemps, avec qui il travaille régulièrement, qui sont ses conseillers. Il m’a fait rencontrer l’un d’entre eux, qui est un de ses amis. On a passé pas mal de temps ensemble. Avec qui joue mon adjoint, nous y avons passé des soirées jusque tard dans la nuit. J’ai beaucoup aimé ces moments. J’ai essayé de vivre ça de l’intérieur, j’ai posé toutes les questions possibles à la fois par rapport au scénario et par rapport à leur métier. Est-ce qu’ils sont certains de ce qu’ils font ? Est-ce qu’ils ont des doutes ? Comment se comportent-ils pendant les interrogatoires ? Faut-il qu’ils fassent comme s’ils savaient la vérité ? C’est un travail très psychologique. Il m’a bien transmis le message.

Était-ce une démarche qui vous paraissait essentielle ?

Oui, ça me paraissait indispensable et comme Frédéric le connaît vraiment très bien, c’était très facile. C’est un aspect du travail que j’aime beaucoup. C’est à la fois une manière de donner de la chair à ce personnage, de comprendre sa psychologie et de s’ouvrir à des influences, à des inspirations, de s’enrichir même personnellement. On lui a demandé aussi de venir sur le tournage pour les premières scènes. J’y tenais et Frédéric aussi, pour qu’il voie si les répliques étaient justes. Derrière leur fonction, il y a toute une logique, tout un comportement. Et puis, bon, ça met en confiance... Une fois qu’il m’a dit qu’il se retrouvait un peu dans le personnage, je pouvais partir en toute tranquillité.

Avez-vous le sentiment de lui avoir "volé" des choses ?

Volé, non, parce qu’il était là pour nous servir, pour servir le film. Mais oui, je me suis inspiré de certains détails. On a fait un beau travail en amont avec lui et son équipe.

Comment définiriez-vous cet inspecteur Forgeat que vous jouez ?

Je le trouve avant tout humain. C’est un peu le résultat des discussions que j’ai eues avec ce flic de la Crime, qui se définit un peu comme un anarchiste, comme un aventurier, comme quelqu’un qui découvre à chaque fois des vérités humaines. Bien sûr, ils sont là pour servir l’État, mais ils ont des motivations plus profondes, plus secrètes, plus intimes. Forcément, ça me parle. Ils vont aussi sur le terrain, il y a de vraies prises de risques, il y a une excitation à trouver la vérité, il y a des montées d’adrénaline, tout ça dégage un peu d’humanité. Et c’est justement parce que Forgeat est humain que le doute s’immisce en lui, qu’il regarde peu à peu cette fille différemment, qu’il se met à l’écouter, qu’il cherche à la comprendre. On en a beaucoup parlé avec Frédéric avant le tournage.

Chez Frédéric, il me semble en effet que tout le travail se fait en amont. Après, sur le tournage, il n’a plus de temps, il est sur les cadres, sur la lumière, sur les mouvements – même s’il reste très vigilant sur le jeu et très proche de nous. Mais l’essentiel est fait avant, si bien que lorsqu’on arrive, on sait tous où l’on va. On a fait des lectures tous les deux et avec Karine, puis avec Mehdi. Des après-midi entières, où l’on se posait toutes les questions possibles : "Pourquoi on dit ça ? Pourquoi comme ça ?" Nous avons discuté de l’évolution du personnage, du doute qui l’habite peu à peu...

J’adore tout ce travail préparatoire. J’ai besoin de lire le scénario de nombreuses fois avant de l’apprendre. Je veux savoir et comprendre ce que j’apprends. Il y a une grande différence entre apprendre et comprendre. Comprendre, c’est s’approprier ce qu’on a appris. C’est là-dedans que je trouve mon plaisir et il n’y a pas meilleur moyen pour avancer.

Vous avez aussi travaillé avec votre compagne, Rachida Brakhni.

On partait en vacances quelque temps avant le tournage, c’était l’occasion. Et comme elle m’a dirigé au théâtre dans Face au paradis (à Marigny en 2010), nous avons pris l’habitude de travailler ensemble. Le travail avec Rachida arrive dans un deuxième temps. Une fois que je sais le texte, on travaille sur les scènes elles-mêmes. C’est vraiment la dernière étape avant le tournage mais j’aime chacune de ces étapes. Je suis un peu du genre à être autant excité par la préparation du voyage que par le voyage lui-même. J’aime toutes ces questions : Où va-t-on ? Comment y va-t- on ? Qu’est-ce qu’on fait ? Pourquoi ? J’aime bien construire mon rêve. Pour moi, tout ce qui est travail est tout sauf une contrainte.

Avez-vous l’impression quand vous jouez un personnage comme Forgeat que vous jouez une part de vous-même ou vous amusez-vous à jouer quelqu’un d’autre, différent de vous ?

Ce qui est étrange justement, c’est que tout ce travail qu’on fait en amont participe au fait que quand on joue le personnage, on a le sentiment d’être soi, même s’il est loin de nous. Simone Signoret disait que ce ne sont pas les acteurs qui entrent dans la peau des personnages mais les personnages qui entrent dans la leur. Je suis à 100 % d’accord avec ça. Quelqu’un m’a dit que c’était Antoine Vitez qui disait ça.

Dans la vie, on rencontre régulièrement des petites phrases qui nous parlent, qu’on comprend très bien et dont on se souvient toujours. Celle-ci fait partie de ces petites phrases que j’ai saisies, sans doute parce que j’en avais besoin, et dont je me suis servi toute ma vie. Pour en revenir à cette formule de Signoret ou de Vitez, pour que le personnage entre dans notre peau, il y a effectivement tout un travail à faire qui est passionnant.

Y avait-il des scènes que vous appréhendiez ?

Il y a des scènes très importantes comme celles où on est ensemble à la Crime avec Karine. Les scènes d’interrogatoire où se joue quelque chose d’essentiel. Mais on les avait bien préparées avec Frédéric et Karine, même si au moment de la prise, c’est forcément différent.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, que était idéale pour jouer Sophie Malaterre ?

Déjà, elle est idéale pour le rôle parce qu’en France on ne la connaît pas et que l’identification est facile. D’autant qu’elle a quelque chose de familier dans lequel tout le monde peut se retrouver et la suivre. Elle peut être à la fois rayonnante et lumineuse comme au début, lorsque son personnage arrive à Paris, et complètement dans le tragique comme dans la deuxième partie du film.

Dans ce registre-là, on est aussi entièrement avec elle. C’est important les partenaires. Ce qui est intéressant, c’est ce qui se passe entre celui qui donne et celui qui reçoit. Il y a les mots qu’on dit, mais il y a aussi l’écoute, un petit geste, un regard, un battement de paupière... Karine fait vraiment une grande performance. À la fois dans l’émotion, quand elle pleure, quand elle est avec sa mère au téléphone et dans les scènes d’action. Elle a le physique et l’énergie qu’il faut. Elle peut courir, elle peut sauter, elle peut escalader les murs...

Elles sont rares les actrices qui peuvent faire autant de choses. Et dans le jeu, il y a eu comme une évidence avec elle. C’est quelqu’un qui aime travailler, qui a vraiment bossé son personnage, avec qui les rapports sont simples, vrais. Quand il faut se concentrer, on se concentre et en dehors on a des rapports normaux : on rit, on plaisante, on est sérieux, mais on ne se prend pas au sérieux. On a conscience du privilège qui est le nôtre de faire ce métier.

Avez-vous aimé tourner la scène de la poursuite ?

J’ai adoré ! Frédéric m’avait montré un peu ce qu’il voulait faire, il avait différentes sources d’inspiration, je savais que ça allait être long et qu’il fallait être prêt, alors, oui, je me suis entraîné. Notamment avec Alain Figlarz, qui a l’habitude de régler les combats pour les films et prépare les acteurs. On a même travaillé des scènes qui n’existent pas dans le scénario, où on se planque, où on peut être amené à donner l’assaut, à dégainer. De savoir le faire m’a aidé aussi, même si on n’avait pas à le jouer ensuite.

Je ne fais pas des films pour ça, mais quand ça arrive, quand l’histoire justifie qu’il y ait comme ça des moments très physiques, un peu dangereux même, car il fallait sauter les escaliers 4 à 4 en faisant attention aux jardinières en béton, je trouve ça très excitant.

À l’image, cette poursuite est très impressionnante. D’ailleurs ce qui m’a le plus impressionné pendant le tournage, c’est le chef opérateur, Vincent Gallot. Il fallait nous suivre ! S’il y avait une branche de glycine devant nous, Karine et moi, on devait passer en dessous, lui aussi sauf qu’en même temps, il devait regarder son cadre, savoir où il allait ensuite, etc. ! Il est pour beaucoup dans l’efficacité et l’originalité de cette séquence. Il a su saisir la chance que lui offrait Frédéric, il a fait un sacré boulot. J’ai même eu peur pour lui parfois. Il est très courageux. Et à côté de ça, il est tout aussi efficace pour éclairer et magnifier les scènes intimistes.

Quel est, pour vous, le meilleur atout de sur un plateau ?

Il est juste, y compris quand il n’est pas satisfait de ce qu’on lui donne ! C’est quelqu’un qui demande d’être dynamique et lui-même est plein d’énergie. Il sait tourner vite à plusieurs caméras. J’attends d’un metteur en scène qu’il me donne confiance, que je puisse me reposer sur son ressenti, sur son regard. J’ai trouvé tout cela chez Frédéric.

Connaissiez-vous certains de vos partenaires avant le tournage ?

J’avais rencontré Mehdi parce que Rachida, qui avait tourné avec lui dans Secret Défense, tournait One Day In Europe à Berlin où il habite. Mais nous n’avions jamais travaillé ensemble. Je trouve que tous les acteurs, alors que leur rôle n’est pas forcément important, ont su donner de l’intensité et de la vérité à leurs personnages. qui a une belle présence, mais aussi , ... J’aime bien tourner avec des gens normaux qui aiment travailler. Ce sont des acteurs formidables, mais ils ne jouent pas à l’acteur entre les prises.

Diriez-vous que votre plaisir d’acteur vous donne de plus en plus de satisfaction, de film en film ?

Oui. Sans doute cela vient-il aussi de moi... Aujourd’hui, je me sens membre de cette famille, si on peut parler de famille. Avant j’avais l’impression, moi et les autres aussi - mais peut-être était-ce le fruit de ma parano ! - que j’étais un intrus. Aujourd’hui, peut-être par insémination comme dans les romans de , je fais partie de la même famille ! En tout cas, depuis quelque temps, je me sens à ma place. D’ailleurs, j’ai le sentiment au fond qu’il y a une continuité dans tout ce que j’ai fait, que je ne fais que poursuivre dans le métier d’acteur ce que j’ai commencé comme sportif, ce sont juste les règles du jeu qui ont changé.

Entretien avec Frédéric Schoendorffer

Comment avez-vous été amené à travailler avec ?

Nous nous connaissons depuis une dizaine d’années. Jean-Christophe avait vu mon film Scènes De Crimes ; moi, j’avais lu ses deux premiers livres, Le Vol des cigognes et Les Rivières pourpres. Chacun était client du travail de l’autre. Nous avons sympathisé immédiatement et sommes devenu amis. Plusieurs fois, nous avons frôlé la possibilité de travailler ensemble, nous avons même une fois été engagés pour adapter Le Serment des limbes, mais finalement le projet n’a pas abouti.

Entretien avec Karine Vanasse

Comment avez-vous été impliquée dans ce projet ?

Il y a un peu plus d’un an, a contacté mon agent à Montréal, j’étais en tournage à Cuba pour Angle Mort de Marc-André Lemieux. On a pu se parler brièvement au téléphone. Il m’a parlé du film, m’a dit qu’il cherchait, pour la crédibilité et la vérité de son histoire, une actrice québécoise qui pouvait jouer sans accent et qu’on lui avait parlé de moi. Il m’a dit qu’il allait m’envoyer le scénario.

Entretien avec Jean-Christophe Grangé

C’est la première fois que vous écrivez directement pour le cinéma...

Frédéric et moi sommes amis depuis dix ans, il aime mes livres, j’aime ses films, on avait envie de travailler ensemble depuis longtemps, on a même essayé de développer l’adaptation du Serment des limbes, mais le projet n’a pas abouti. On a décidé de prendre les choses en mains, d’écrire ensemble un scénario original plutôt que de partir d’un de mes romans.
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