Switch

Genres : Thriller, Policier - Durée : 1H40 mn
Sortie en salles le 06 Juillet 2011 - en VOD/DVD le 18 Janvier 2012
Presse ★★★★
Spectateurs ★★★

Entretien avec Jean-Christophe Grangé

C’est la première fois que vous écrivez directement pour le cinéma...

Frédéric et moi sommes amis depuis dix ans, il aime mes livres, j’aime ses films, on avait envie de travailler ensemble depuis longtemps, on a même essayé de développer l’adaptation du Serment des limbes, mais le projet n’a pas abouti. On a décidé de prendre les choses en mains, d’écrire ensemble un scénario original plutôt que de partir d’un de mes romans.

Au moins, on ne serait pas confronté aux problèmes d’adaptation que posent mes livres qui sont épais et complexes, on échapperait à ces sempiternelles interrogations : "Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on ne garde pas ? Est-ce que c’est assez compréhensible ?" Je sais bien les difficultés qu’il y a à adapter mes romans puisque quasiment à chaque fois j’ai participé à leur adaptation.

En plus, on avait envie, lui et moi, de s’essayer au cinéma de genre, à un cinéma de suspense mais aussi de loisir, de divertissement, "un film de samedi soir"comme on disait avant... Je lui ai dit : "J’écris un script un peu à la Hitchcock et tu me dis si ça t’intéresse." C’est comme ça que Switch a commencé.

Travailler directement pour le cinéma a-t-il changé votre manière d’écrire ?

Oui, parce que je suis parti avec en tête le format d’un film. Donc quelque chose de beaucoup plus court. Plus court en nombre de pages, plus court en termes de séquences qui sont forcément plus courtes que les chapitres d’un roman, plus court en nombres de personnages ou de rebondissements.

Ce qui a changé forcément aussi, c’est que je n’avançais pas tout seul mais avec Frédéric qui me disait ce qui lui plaisait ou non, ce qu’il sentait juste ou non. C’était génial d’ailleurs de voir au fil de nos discussions, de nos séances de travail, le film prendre naissance au fur et à mesure dans sa tête. Ça fait une grande différence avec le travail d’un romancier qui est avant tout solitaire. En plus, comme on avait déjà à l’esprit le désir de le produire nous-mêmes, on a pu dès l’écriture, dès la conception de l’histoire, ne pas partir dans des directions ou des scènes qui auraient été trop compliquées ou trop chères à tourner.

Souvent les projets se montent sur un scénario qui est trop cher et il faut alors le mutiler. Non seulement c’est douloureux, mais la cohérence en prend souvent un coup. En travaillant avec Frédéric, dès qu’on sentait qu’on risquait de s’égarer, on revenait tout de suite à la ligne qu’on s’était fixée pour que le film soit possible. En effet, comme on avait fait ce développement tous les deux dans notre coin, sans rien dire à personne, on a voulu aussi rester maîtres du projet et ne pas replonger dans toutes les contraintes de production, avec le côté fiches de lecture, réunions qui n’en finissent plus, versions qui partent dans tous les sens.

Ce n’est que lorsqu’on a été contents du script qu’on a cherché un partenaire avec lequel coproduire le film. Comme Frédéric est naturellement associé à Éric Névé depuis toujours, on lui a parlé de ce projet qui lui a plu. Ensuite, ça a presque été un conte de fées, en tout cas pour moi, dont toutes les adaptations ont toujours été compliquées à monter. Grâce à l’enthousiasme de Pathé, de France 2, de Canal, on s’est retrouvés à tourner l’été à Paris, au mois d’août exactement comme le désirait Frédéric, exactement comme l’histoire qui se déroule dans le film.

Quel a été le point de départ de Switch ? D’habitude qu’est-ce qui vous sert de déclic ? Un personnage, une situation, un thème ?

Un peu tout cela à la fois. Je suis passionné - on le voit bien dans mes livres - par les histoires d’identité, de substitution et je suis frappé dans le monde d’aujourd’hui par la facilité avec laquelle les gens échangent leur appartement. Tout d’un coup, ils se retrouvent plongés dans l’intimité, dans la vie de quelqu’un d’autre et qui plus est, le plus souvent, à l’étranger dans une ville qu’ils ne connaissent pas.

Partant de là, c’était facile d’imaginer l’histoire d’une fille qui échange son appartement, change donc de vie et donc, presque, d’identité et... hérite d’un crime qu’elle n’a pas commis mais dont on lui fait porter la responsabilité. J’en ai parlé à Frédéric, l’idée lui a plu. Il faut dire qu’on est tous les deux fous de ces films d’Hitchcock où quelqu’un, tout au long du film, essaye de résoudre une machination dont il est victime.

On retrouve dans Switch des situations et des thèmes qui vous sont chers : les rapports un peu compliqués mère-fille, les manipulations génétiques, les problèmes de filiation...

J’avais envie, bien sûr, de travailler sur cette machination avec une jeune femme accusée d’un meurtre qu’elle n’a pas commis, mais je ne voulais pas m’arrêter à ça. Sans dévoiler
l’histoire, j’aimais bien l’idée que, dans un deuxième temps, on comprenne que c’est elle expressément qui est visée, que ce n’est pas quelqu’un qui a été choisi par hasard, qu’il s’agit en fait d’une vraie vengeance, mûrie, délibérée.

Si je n’avais eu que l’idée d’échange d’appartement avec un bouc émissaire pour un crime, je n’aurais pas eu envie d’aller plus loin. J’ai besoin que ce soit plus riche, plus complexe, plus profond. J’aimais bien, qu’au fil du film, on découvre qu’il y a derrière tout ça une fille blessée et, du coup, plutôt dérangée et même complètement givrée ! Qu’on découvre qu’au-delà de cette machination, il y a l’expression d’une folie liée à son enfance.

Comment expliquez-vous votre fascination pour ces questions d’identité, de filiation, de manipulation génétique, d’échange ?

Qu’est-ce qui est le plus intéressant dans les histoires policières ? Le mobile, la motivation bien sûr. Or, pour moi, il n’y a pas de motivation plus profonde et plus importante que la question de nos origines, que ces interrogations : comment et pourquoi suis-je venu sur terre ?

Je dois avouer que je suis beaucoup moins réactif - et d’ailleurs je pense que je n’en écrirai jamais - aux histoires policières basées sur l’intérêt, l’argent ou la jalousie passionnelle dans un couple, qui sont pourtant des mobiles fréquents comme on peut le constater tous les matins en lisant les faits divers ou les comptes-rendus de procès dans les journaux. Pour moi, c’est tellement moins fort. Le vrai mobile, le plus passionnant, c’est celui de l’identité et cette interrogation freudienne : qu’est-ce qui s’est passé dans l’enfance d’Untel qui peut expliquer qu’il soit devenu un monstre, un assassin ? Ça, ça me fascine.

En ce moment, même s’ils sont un peu datés, j’ai une grande passion pour les "Giallo", ces films italiens des années 70, ces polars qui ne racontent finalement que ça : un type qui a été traumatisé par une histoire et qui tue tout le monde ! Un type en noir qui tue des gens et qui est poussé par une motivation sourde, obscure, terrible qui vient toujours de l’enfance. Passionnant ! La "méchante" dans notre film, c’est un personnage de "Giallo". Elle est née d’une espèce d’abcès qui l’a conduite vers la folie avec un terrible instinct de destruction.

Vous parlez de cinéma, aviez-vous au moment de l’écriture des films de référence avec ?

Frédéric en avait un par-dessus tout : La Mort Aux Trousses. Il y a pire comme référence ! En tout cas, c’est un objectif stimulant, même si on sait qu’il est inaccessible ! Nous avons pas mal parlé aussi de films comme Le Fugitif ou comme les Jason Bourne. Ce que j’ai aimé dans Le Fugitif par exemple, et que j’ai essayé d’exprimer dans ce film-là, c’est non seulement que l’héroïne fuit, voulant échapper aux flics et à l’accusation qui pèse sur elle, mais qu’en même temps, elle mène elle-même l’enquête pour essayer de trouver la vérité, de comprendre pourquoi ça lui arrive à elle et qui se cache derrière ça.

Souvent dans les films de simple poursuite, il n’y a que le suspense : le héros va-t-il se faire attraper ou pas ? C’est bien plus intéressant qu’il y ait en plus une vérité à découvrir. Dans Switch, même les flics qui poursuivent cette fille finissent par se rendre compte que quelque chose cloche dans cette histoire et ils cherchent à comprendre quoi et aussi ce qui pourrait l’expliquer. Sans perdre de vue le plaisir, le divertissement, j’aime bien que ce ne soit pas qu’un film d’action pur mais que ce soit aussi un peu cérébral.

Qu’est-ce qui était le plus compliqué pour vous dans l’écriture ?

Franchement, rien. J’avais comme toujours ce handicap du scénariste - il est à la base de l’ambiguïté même du cinéma - qui écrit l’esquisse d’une œuvre qui va être terminée par quelqu’un d’autre, ce qui est en fait assez horrible ! Sauf que là, c’était facile de dépasser ce handicap puisque j’étais main dans la main avec celui qui allait reprendre le flambeau : il travaillait tous les jours avec moi, il avait le même univers que moi, ou en tout cas il était sensible aux mêmes choses, et en plus c’est un ami !

Au fur et à mesure de nos discussions, je voyais bien à quel point ce qu’on imaginait, ce qu’on écrivait, résonnait dans la tête de Frédéric. J’ai d’ailleurs pu le constater après, puisque - et ça a été un autre de mes grands plaisirs sur ce film - je suis souvent allé sur le plateau et que j’ai réalisé, en voyant Frédéric diriger ses acteurs, parler au chef opérateur ou au décorateur, filmer tout ça, à quel point on s’était compris depuis le moment où on s’était retrouvés dans ma cuisine à discuter ensemble de ce projet, à quel point on était d’accord sur l’histoire à raconter, mieux : à quel point on avait tous les deux exactement la même histoire en tête. C’était très agréable de voir que le passage de relais était aussi fluide, évident et cohérent.

En quoi diriez-vous que vous vous complétez bien avec ?

Il y a deux tendances chez moi. Un côté journaliste qui essaye d’asseoir les situations, les personnages, les rebondissements sur des éléments précis, vrais, documentés. Et un côté plus rocambolesque qui peut même aller jusque dans le fantastique. Frédéric accentue la tendance que j’ai naturellement pour le réalisme. Il y a chez lui une démarche presque documentaire. Dans tous ses films, il s’appuie sur la réalité, sur des éléments extrêmement concrets et renseignés. Là, comme on était dans une histoire de manipulation compliquée, il me faisait beaucoup de remarques rationnelles qui n’avaient qu’un but : renforcer la crédibilité de l’histoire.

Frédéric nous ramenait sans cesse à l’enquête policière. Sur ce plan-là aussi, c’était très intéressant de travailler avec lui. Je n’ai pas besoin de quelqu’un qui m’entraîne dans le délire, ça, je connais, j’y vais tout seul ! En outre, comme Frédéric a des amis policiers qu’il connaît depuis longtemps, il vérifiait avec eux la crédibilité de ce qu’on écrivait. C’était passionnant. Et c’était excitant de raconter une histoire originale, inédite, "border line", mais dans un cadre bien réel. L’équipe de Cantona, par exemple, ce sont des flics du mois d’août bien classiques.

Justement l’idée de faire se dérouler cette histoire sur 48 heures pendant un pont du 15 août était-elle là dès le départ ?

En tout cas, elle est venue très vite. Cette histoire d’échange d’appartements était forcément une histoire de vacances. Paris pendant le pont du 15 août, ça nous arrangeait pour l’histoire parce que, évidemment, toute l’enquête est beaucoup plus lente et beaucoup plus difficile du fait qu’il n’y a personne dans les bureaux, ça se prêtait donc bien à une manipulation comme celle-ci, c’était même un des traits dominants de notre histoire. Et puis je crois que ça plaisait à Frédéric de filmer Paris ensoleillé, plein de légèreté et de touristes, et que cette impression presque de carte postale bascule ensuite dans le cauchemar.

Y avait-il un personnage plus compliqué que d’autres à écrire ?

La seule chose un peu compliquée, pour que la machination fonctionne, c’est que l’héroïne soit québécoise mais n’ait pas d’accent ! Or ça ne marchait que si on pouvait la prendre pour une Française, ce qui n’est pas si évident. C’était un peu ça notre difficulté, mais on a inventé à Sophie Malaterre une enfance française. Et puis surtout a si bien joué le jeu - elle a complètement effacé son accent pour le film - qu’on ne se pose même plus la question. Je suis assez fasciné du travail qu’elle a pu faire aussi dans ce domaine-là.

Comment définiriez-vous Sophie Malaterre, le personnage que joue ?

C’est une fille normale, un personnage de tous les jours à qui il arrive des choses extraordinaires. Sauf qu’elle a - et ça, c’est très hitchcockien - un formidable instinct de survie. Face à cet énorme stress qui pèse sur elle, face à cette machination asphyxiante qui pourrait littéralement l’engloutir, elle trouve en elle les ressources non seulement pour surnager mais pour prendre les choses en mains et chercher à comprendre ce qui lui arrive.

On a pris ce pari de choisir une actrice qui correspond exactement au rôle, sans contrainte de notoriété, de box-office ou de quoi que ce soit d’autre. Pour faciliter l’identification avec le personnage. Pour qu’on soit en empathie avec cette jeune femme qui part à Paris en rêvant d’une histoire un peu romantique et qui, du jour au lendemain, se retrouve au cœur d’une véritable catastrophe.

Karine est une actrice impressionnante. Non seulement elle a perdu son accent, mais au moment où les choses se gâtent pour Sophie, elle révèle une pugnacité incroyable. Grâce à Karine - c’est quelqu’un de sportif -on ne met jamais en doute que cette fille au départ sympa et fragile puisse dans l’adversité révéler une telle énergie, une telle combativité, une telle endurance, même physique. Quand elle se bat, elle est complètement crédible, quand elle court et qu’elle a aux trousses qui est un grand sportif, ce n’est pas ridicule qu’elle ne soit pas rattrapée. Karine, en plus d’un grand pouvoir d’émotion, a ce côté-là qui n’est pas si courant chez les jeunes actrices de son âge.

Quelle a été votre réaction quand vous a parlé d’ pour le rôle de Forgeat ?

Ça m’a surpris et ça m’a tout de suite plu ! Avec Frédéric, on est de la vieille école, on aime les histoires viriles, les polars avec Lino Ventura, les hommes qui en imposent dès qu’ils arrivent dans le champ de la caméra. Éric s’inscrit tout à fait dans cette tradition. Et comme au moment de l’écriture, poussé par Frédéric, on avait écrit un personnage de flic très réaliste, très vrai, Éric collait très bien à ce personnage. Il y avait comme une évidence.

Il y a chez Cantona une authenticité qui a facilité la fusion de ce qu’il est avec le personnage qu’on avait écrit. Quand vous le voyez arriver à l’écran dans son costard, vous avez l’impression que c’est la police qui déboule chez vous ! Même son accent du Sud, c’est un truc des flics de la Crime, qui sont rarement parisiens. En même temps, vu sa présence et son charisme, on ne peut pas lui mettre n’importe quel adjoint.

Moi, j’étais plutôt parti sur un type un peu bêta, un peu "bas de la casquette", comme dans les "buddy movies". Frédéric n’en a pas voulu et il a eu raison. Il a eu l’idée de prendre avec qui il avait déjà travaillé, qui est un beau mec, élégant et classe. Du coup, Frédéric qui aime bien les flics classieux, a fait un tandem de flics plus intéressant, et surtout plus proche de la réalité.

Les flics de la Crime ne sont pas du tout des cowboys, comme on les voit à la télé, en jean et en blouson. Ils sont en costume, passent beaucoup de temps à leur bureau, à réfléchir, à analyser les indices. Ce sont plutôt des intellectuels. J’ai aimé ça justement, de voir comment le casting prolongeait le scénario, magnifiait l’écriture. Jusque dans les seconds rôles : , par exemple, qui a accepté de jouer un deuxième voire un troisième couteau. Il est tellement bon qu’il a tout de suite donné un grain particulier à ce personnage, une densité, une présence plus forte que ce qu’on avait écrit. C’est la magie des bons acteurs.

Qu’est-ce qui vous a surpris en voyant sur son plateau ?

J’y suis allé souvent d’autant que pas mal de scènes se sont tournées dans mon quartier, derrière la Tour Eiffel. Même pendant les repérages, Frédéric m’appelait et me disait : "Je suis en bas de chez toi, viens voir l’appart que je visite." Ce qui m’a le plus frappé, c’est de voir la différence entre Frédéric avant un tournage et Frédéric pendant un tournage.

C’est-à-dire ?

C’est comme s’il était à 100 mètres du sol ! Il était dans une concentration qui est la mienne quand je suis devant mon ordinateur, sauf qu’il avait des dizaines de personnes autour de lui ! On aurait dit un chef d’orchestre entouré de tous ses musiciens. Quand je venais à l’heure des repas, on déjeunait ou on dînait vite fait et je voyais bien qu’il était dans la concentration de quelqu’un qui était en pleine expression. C’était assez bluffant.

Quel est, selon vous, son principal atout de metteur en scène ?

J’allais dire - mais je ne veux froisser personne ! - l’intelligence. C’est quelqu’un qui a un background solide, qui a énormément lu, qui a vu beaucoup de films, qui a un père qui a été un grand du cinéma et qui, déjà, arrive avec une richesse intellectuelle qui n’est pas si fréquente et qui est tellement agréable dans nos discussions de tous les jours. En plus, il n’est pas là simplement pour faire des images mais pour exprimer tout un tas de choses qu’il a dans la tête. Et puis, il a une élégance naturelle dans la vie comme dans son travail. Il a un vrai regard, un regard stylisé et élégant qui me plaît et me touche, avec ce goût qu’on partage pour les choses policières, noires, sanglantes.

L’une des caractéristiques de vos romans, c’est aussi l’extrême précision avec laquelle vous décrivez des scènes d’une violence tout aussi extrême. Sachant que les images sont plus fortes que les mots, vous êtes-vous retenu ici ?

Oui parce qu’on était plutôt dans un suspense psychologique. D’habitude, je me dis : "Il faut qu’on ait peur, qu’il se passe quelque chose de vraiment affreux, et puis après on passe à autre chose, on passe au suspense, mais la menace est là." Ici, on était dans une logique d’action, de poursuite et pas de tueur en série, ce n’était donc pas un film où l’on allait avoir des crimes horribles ponctuant l’histoire. On était plutôt dans une logique hitchcockienne avec l’ombre de la méchante qui plane, avec le sentiment d’une présence menaçante plus que de quelqu’un dont on voit les crimes.

Ce qui n’empêche qu’il y a quelques scènes montrant quand même de quoi elle est capable, pour qu’on ait conscience du danger. J’aime beaucoup , l’actrice qui joue la méchante. Elle est impressionnante. Même sur le plateau ! Quand je l’ai vue sur le tournage, j’ai trouvé qu’elle avait une présence assez inquiétante. Y compris entre les prises lorsque d’habitude les acteurs se décontractent, elle était très tendue. Sans doute était-elle dans son personnage... Heureusement, à la fête de fin de tournage, j’ai été content de la voir détendue, elle m’avait fait peur !

Avez-vous suivi aussi le film au montage ?

J’y suis allé souvent mais simplement pour voir Frédéric travailler. J’ai été frappé de voir qu’il faisait exactement ce que je fais quand je relis mes livres. Il retirait tout ce qu’il estimait être en trop, les redites, les "à peu près", il resserrait... C’est frappant de voir à quel point avec un autre matériau - les images - il a fait la même chose, cet écrémage.

Qu’est-ce qui vous intéresse autant dans le cinéma pour que vous y reveniez régulièrement ?

Malgré tous les problèmes que j’ai rencontrés dans les adaptations de mes livres, vous voulez dire ?! Je trouve que le support image est très cohérent avec les histoires que j’écris. Ce qui m’intéresse énormément aussi, c’est cette narration en vignettes beaucoup plus courtes que des chapitres et où l’on doit aller à l’essentiel.

C’est très jouissif d’avancer comme ça, du tac au tac. Il y a une dizaine de répliques par scène et il ne s’agit pas de bavarder. C’est très excitant également de trouver les dialogues et les comportements qui peuvent traduire la psychologie des personnages, sans les ressources de la littérature qui nous permettent d’être dans leur tête. C’est un challenge artistique passionnant à relever.

Et puis, évidemment, le fait que c’est un art qui parle à beaucoup de gens. Un succès littéraire pour les livres que j’écris c’est 250 000, 300 000 exemplaires, un film, ça peut être 2 millions et demi / 3 millions de spectateurs, on rajoute un zéro ! Donc, pour quelqu’un comme moi qui aime bien raconter des histoires, c’est forcément excitant de pouvoir toucher un public plus vaste.

Si vous ne deviez garder qu’un seul moment de toute l’aventure ?

C’est ce moment magique où, du papier, on a pu passer aux images. Cette fluidité entre le moment où l’on a dit : "Tiens, on va essayer de faire un film ensemble" et le moment où l’on était en train de le faire concrètement, quasiment sans problème, sans obstacle, sans angoisse. Je suis content de ce projet, parce que les problèmes qu’on a eus, les préoccupations qu’on a eues, n’ont finalement été qu’artistiques et non pas comme d’habitude dans le cinéma, liés à des tas de choses qui n’ont rien à voir : les egos, les problèmes d’argent, les problèmes techniques... En fait, c’est un film qui s’est fait aussi simplement que je fais mes livres !

Entretien avec Frédéric Schoendorffer

Comment avez-vous été amené à travailler avec ?

Nous nous connaissons depuis une dizaine d’années. Jean-Christophe avait vu mon film Scènes De Crimes ; moi, j’avais lu ses deux premiers livres, Le Vol des cigognes et Les Rivières pourpres. Chacun était client du travail de l’autre. Nous avons sympathisé immédiatement et sommes devenu amis. Plusieurs fois, nous avons frôlé la possibilité de travailler ensemble, nous avons même une fois été engagés pour adapter Le Serment des limbes, mais finalement le projet n’a pas abouti.

Entretien avec Karine Vanasse

Comment avez-vous été impliquée dans ce projet ?

Il y a un peu plus d’un an, a contacté mon agent à Montréal, j’étais en tournage à Cuba pour Angle Mort de Marc-André Lemieux. On a pu se parler brièvement au téléphone. Il m’a parlé du film, m’a dit qu’il cherchait, pour la crédibilité et la vérité de son histoire, une actrice québécoise qui pouvait jouer sans accent et qu’on lui avait parlé de moi. Il m’a dit qu’il allait m’envoyer le scénario.

Entretien avec Eric Cantona

Qu’est-ce qui a été le plus déterminant dans votre envie de faire Switch ? Le scénario ? Le personnage ? ?

Comme toujours, un peu tout ça. Mais Frédéric avant tout. Le fait de travailler avec lui m’excitait. C’est mon agent, Elisabeth Tanner, qui m’a appelé alors que j’étais à l’étranger pour me parler de ce projet et elle m’a envoyé le scénario. Dès que je suis rentré à Paris, j’ai rencontré Frédéric. Je connaissais ses films et je trouve que, dans le genre, c’est un des meilleurs. J’aime sa maîtrise, sa rigueur, son élégance. Quand il raconte une histoire, c’est efficace et en même temps soigné, esthétique. Il filme très bien ses personnages. Pour Switch, tout de suite, il m’a parlé de l’allure de ces flics, il voulait qu’ils soient beaux, qu’ils soient en costume... Ce qui m’a décidé au départ c’est lui.
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