Premier film de Miloš Forman réalisé aux États-Unis, Taking Off est une satire douce-amère de la société américaine des années 70 et de son conflit générationnel. En prenant le contrepied des teen movies et en choisissant de suivre le parcours des parents plutôt que celui de leur fille, Forman dresse un portrait maniacodépressif du milieu bourgeois new-yorkais, dépassé par les pulsations de l’époque mais mourant d’envie d’y tremper les lèvres. Au milieu d’un casting d’adolescents issus de mouvements contre-culturels (la jeune Linnea Heacock, repérée par le cinéaste dans Central Park), quelques visages connus traversent le film : la chanteuse
Carly Simon, encore anonyme, l’actrice
Kathy Bates à 22 ans, ou encore Ike et
Tina Turner en guest stars. Huit années avant Hair, Miloš Forman imagine déjà des scènes qui resteront cultes, comme celle où les parents essayent la marijuana pour tenter de comprendre leurs enfants, ou la délirante partie de strip-poker entre adultes déchaînés. Avec sa forme hétéroclite qui mêle séquences semi-documentaires, purs délires narratifs et morceaux choisis d’auditions de jeunes chanteurs, Taking Off est un symbole du cinéma indépendant, entre protest film et constat artistique amer.
« Forman a mis dans son propos une telle force de conviction qu’elle le hisse à l’universalité. »
Gilles Jacob
« Le tournant de la carrière de Forman, qui le mena des couloirs de l’école de cinéma de Prague au podium des Oscars, demeure un parfait exemple de la façon dont un réalisateur étranger peut apporter un regard extérieur sur l’Amerikkka de Nixon et en faire jaillir du sang. »
Time Out - New York
Après le scandale déclenché en Tchécoslovaquie par Au feu, les pompiers !, Forman choisit de s’exiler aux États-Unis durant le Printemps de Prague. Le cinéaste arrive à New York dans un contexte favorable aux productions indépendantes, à la suite du succès d’Easy Rider, et bénéficie d’une nouvelle politique d’Universal qui cherche à produire des films pour moins d’un million de dollars. Réalisé dans des conditions que le cinéaste qualifie de « familiales », sans « aucune vedette, aucune barrière, ni coiffeur, ni maquilleur, ni loge, ni caravane », Taking Off souffle un vent d’indépendance sur le cinéma américain d’alors, propice à la thématique de prédilection de Forman : la soif de liberté individuelle, étouffée par les tendances conservatrices des structures collectives, familiales ou sociales. Malgré un échec relatif aux États-Unis, le film permet d’asseoir la renommée internationale de Miloš Forman, notamment grâce au Grand Prix Spécial du Jury remporté à Cannes, et propulse sa carrière américaine vers un nouveau chef-d’oeuvre, Vol au-dessus d’un nid de coucou.
« On a eu l'idée,
Jean-claude Carrière et moi, de faire un film sur les hippies américains. On avait loué une toute petite maison à 3 et on écoutait les histoires autour de nous sur les hippies. Puis on est allé les observer mais on les a trouvés terriblement ennuyeux. Ils ne faisaient que fumer, dormir et mendier à longueur de temps. En fait, le véritable drame se jouait chez les parents de ces enfants fugueurs. On a donc décidé de faire un film sur eux, mon premier au États-Unis, Taking Off. »