Un pamphlet
Lorsque le pamphlet de Christopher Buckley paraît en 1994, il semble être l’incarnation même de la culture du marketing politique qui s’est emparée des Etats-Unis. De la Maison Blanche aux conseils d’administration des grandes entreprises – sans oublier Hollywood – la vérité est désormais un outil qu’il faut manier avec précaution, voire enjoliver, mais rarement exprimer ouvertement.
Le livre ne tarde pas à susciter les convoitises des producteurs hollywoodiens les plus chevronnés. Warner acquiert ainsi les droits d’adaptation, pour le compte de Mel Gibson qui entend bien jouer le rôle de Nick Naylor. Mais la transposition soulève plusieurs difficultés qui retardent l’adaptation cinématographique.
C’est finalement le scénariste et réalisateur
Jason Reitman qui, des années plus tard, portera l’ouvrage à l’écran. Tout en étant fidèle à la charge satirique du roman, il a étoffé le personnage du fils de Nick, Joey. Reitman s’interroge sur le difficile équilibre que le protagoniste doit trouver entre ses obligations professionnelles et son rôle de parent.
Le point de départ
Jason Reitman :
« La société de Mel Gibson détenait les droits depuis près de dix ans, et semblait avoir abandonné l’idée d’adapter l’ouvrage pour le grand écran. Je me suis jeté à l’eau et j’ai travaillé tout le week-end sur l’adaptation de la première partie du livre, sans me faire payer. Peu après j’ai décroché un contrat pour rédiger le scénario dans son intégralité. Lorsque j’ai remis mon travail quelques mois plus tard, on ne m’a fait aucun commentaire. Le scénario semblait avoir plu à tout le monde, tel quel. » Reitman ne se doute pas qu’il lui faudra encore quatre ans pour concrétiser le projet.
Plusieurs scénaristes de renom s’étaient déjà cassé les dents sur l’adaptation du livre. Malgré des coûts de développement colossaux, le projet avait été abandonné. Déterminé à produire le film,
David O. Sacks s’engage alors dans une bataille juridique de 18 mois
Le casting idéal
« La première de nos priorités était de trouver notre Nick Naylor. Il fallait qu’il soit élégant et typiquement américain, tout en étant capable d’asséner un discours douteux avec un large sourire qui gagne votre sympathie. »
Dès la lecture du scénario, Sacks avait songé à
Aaron Eckhart pour le rôle de Nick Naylor. Lorsqu’il évoqua le nom d’Eckhart à
Jason Reitman, ce dernier comprit qu’il s’agissait d’un choix des plus judicieux.
« J’avais vu En Compagnie Des Hommes et Erin Brockovich de Steven Soderbergh, et j’étais vraiment subjugué que le même homme ait pu jouer dans ces deux films » précise Reitman.
« Pour moi, Nick Naylor se situait entre ces deux personnages. Il possède le terrifiant pouvoir de séduction du Chad d’En Compagnie Des Hommes et la richesse émotionnelle inattendue du George Erin Brockovich."
Pour le rôle de Bobby Jay, qui représente les partisans des armes à feu, Reitman a fait appel à
David Koechner, chanteur du groupe The Naked Trucker. Quant à la porte-parole des fabricants de boissons alcoolisées, Polly Bailey, le réalisateur cherchait
« le genre de femme avec qui on aimerait boire une bière. Maria Bello était la comédienne idéale pour le rôle, et j’ai adoré le tandem qu’elle formait avec William Macy dans Lady Chance de Wayne Kramer. »
L’appropriation du livre
L’adaptation qu’a réalisée
Jason Reitman est, selon ses propres termes,
« très fidèle au livre. Bon nombre des dialogues viennent directement du roman. » « J’ai souhaité développer la relation père-fils. » « J’ai ajouté plusieurs scènes entre Nick et Joey, car je pensais que la nature de leur relation pouvait avoir une incidence sur le dénouement du film. Je me suis dit que le personnage de Joey donnait une dimension humaine à Nick, et que si ce petit gars pouvait aimer son père, alors les spectateurs pouvaient l’aimer aussi. »
Aaron Eckhart se reconnaît assez en Nick Naylor :
« Il peut se révéler charmant, c’est un beau parleur et un passionné. Il adore les femmes. C’est un peu une canaille, en sommes. Cela me correspond assez bien. »
Politiquement incorrect
Réflexion caustique sur les lobbies qui pullulent à Washington, sur le pouvoir des entreprises de relations publiques et la mégalomanie des producteurs hollywoodiens,
Thank you for smoking est profondément politiquement incorrect.
« Le film n’est pas tendre avec la classe politique », déclare Sacks
« Et quelle que soit leur appartenance, les hommes et les femmes politiques ont aimé le film et s’y sont reconnus, d’une manière ou d’une autre. Les gens de gauche ont cru y voir une dénonciation des pratiques malhonnêtes propres au monde de l’entreprise. Quant à l’aile conservatrice, elle y a décelé une critique du politiquement correct. »
Cette critique du politiquement correct est particulièrement perceptible dans les scènes de déjeuners hebdomadaires réunissant Nick Naylor et ses camarades qui se sont auto-proclamés l’escadron des « MDM » (« Marchands de Mort »).
« Ce que j’aime chez ces personnages, c’est qu’ils disent tout haut ce qu’on n’ose jamais dire. » indique Reitman.
« J’ai voulu réaliser une satire politique qui m’amuse autant que Citizen Ruth d’Alexanedr Payne m’avait en son temps amusé. » ajoute le cinéaste.
« Et même si le terme ‘fumer’ apparaît dans le titre, ce n’est vraiment pas un film sur la cigarette. D’ailleurs, on ne voit pas la moindre cigarette allumée, ni personne fumer. Le film parle davantage de la névrose qui est née autour de la cigarette. »
Le réalisme du milieu politique
La production tenait par-dessus tout à représenter le milieu politique de manière réaliste. Avant que ne commence le tournage, Reitman s’est rendu à Washington avec Sacks, qui y avait travaillé comme assistant parlementaire. Sur place, les deux hommes ont rencontré des députés, des lobbyistes et des administrateurs du Congrès. Reitman est allé à la rencontre de membres du Centre de Contrôle des Maladies et même de Jeffrey Wigand, dénonciateur des pratiques des fabricants de tabac, campé par Russell Crowe dans
Révélations.