Notes de Prod. : The Dead Girl

    en DVD le 09 Septembre 2009

Note d'intention du réalisateur

Cela fait longtemps que je tente de comprendre la violence continuelle qui existe contre les filles et les femmes dans notre société, et les conséquences de cette violence sur notre existence à court et à long terme. Aux infos, on parle souvent de viol, de torture, d'enlèvement, de mutilation, de meurtre ; les victimes sont des femmes dont on se contente de citer le nom. Quand j'entends ça, je me sens impuissante, alors j'essaye de ne pas y penser.

Récemment, j'ai été jurée dans un procès pour meurtre. La victime était une prostituée. Je me suis rendu compte que j'avais des préjugés défavorables envers elle à cause du métier qu'elle exerçait. Petit à petit, mon avis négatif a évolué au point que j'ai fini par la voir comme une innocente. En fait, j’avais oublié qu'elle avait été avant tout une personne réelle. Les déclarations des différents témoins - ceux qui confirmaient la version du tueur, la mère de la victime, la nourrice de ses enfants, ses clients, d'autres prostituées ainsi qu'une femme qui avait été son amante - m'ont amenées
à m'interroger sur la complexité de la vie qui avait été la sienne. Cette fille était pleine de contradictions. Elle adorait ses deux petites filles, elle était maniacodépressive mais ne se soignait pas, elle se droguait et elle mentait. Un être tourmenté dont la vie s'était arrêtée sans que cela préoccupe grand monde.

Le procès dura un mois. Il m'en est resté une foule de détails. La liste de ce qu'elle avait dans son sac marin miteux :
une brosse à cheveux, de la lingerie, une marionnette. Une carte qu'elle avait écrite à l'une de ses filles, qui était trop jeune pour la lire, dans laquelle elle lui expliquait combien elle l'aimait et combien elle lui manquait. Le terrible gâchis de
sa vie m'a hanté.

Alors que je terminais le film, il y a eu l'histoire de cette jeune fille en Autriche, qu'un homme avait retenue captive chez
lui pendant dix ans et qui était parvenue à s'échapper. Plus récemment, en Pennsylvanie, un homme est entré dans une école, en a fait sortir les garçons, puis s'est mis à tuer les filles. Quelquefois, lorsque je regarde l'état du monde, j'ai extrêmement peur.

Une personne plus intelligente que moi a un jour déclaré que chaque bonne pièce de théâtre est une tentative par l'auteur de répondre à une question que lui-même se pose. Ma question est la suivante : Comment continuer à vivre dans un monde où les enfants sont régulièrement kidnappés chez eux ou assassinés à l'école ? Dans un monde où les femmes
se font violer lorsqu'elles font leur footing, sont séquestrées dans des réduits aménagés dans ce but, sont assassinées, torturées, mutilées, enveloppées dans du plastique, démembrées et jetées comme des ordures ?

On me demande pourquoi je réalise des films aussi sombres. Mais nous vivons dans un monde cruel et la plupart du temps, nous baissons la tête. Nous menons notre vie en faisant comme si tout allait bien, même si chacun d'entre nous connaît un ami, une relation ou un membre de sa famille qui a subi une agression, a été violé ou traumatisé par un incident violent. L'une des mes meilleures amies s'est fait violer par un tueur en série. Elle a réussi à s'enfuir saine et sauve, mais sa vie en sera marquée à jamais.

Nous vivons au quotidien environnés par cette violence et par ses conséquences. La menace de cette violence nous paralyse tous. Ce sentiment de torpeur et d'isolement s'aggrave à chaque fois que nous lisons des articles où on nous parle de la victime en termes abstraits : "la jeune fille morte" ou "l'épouse du tueur en série" ou encore "la sœur de la
petite fille disparue".

Je ne pense pas avoir trouvé une réponse à ma question mais après avoir fait ce film, je me sens moins impuissante. J'espère que les spectateurs iront voir mon film et qu'il leur ouvrira les yeux sur la vie qui se cache derrière des mots abstraits tels que l'étrangère, la sœur, l'épouse, la mère, ou la jeune fille morte et qu'ils éprouveront alors comme un sursaut d'humanité.

Interview de Karen Moncrieff

Quelle a été votre source d'inspiration pour “The dead girl” ?
Il y a quelques années, j'ai été jurée dans un procès pour meurtre. Le premier jour, nous avons appris que la victime était une prostituée. Je me suis rendu compte que j'avais des préjugés à son égard. En même temps, j'avais tendance à penser qu'en tant que victime, elle était aussi innocente. Les déclarations des différents témoins m'ont ouvert les yeux sur la vie compliquée qu'elle avait menée. Elle n'était ni une pécheresse ni une sainte. C'était une femme tourmentée qui ne méritait pas de mourir. Le procès fut terminé au bout d'un mois, mais le terrible gâchis de sa vie m'a obsédé.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 225 entrées

  • 1ère semaine France : 9 833 entrées