La musiqueLa musique est une autre composante essentielle de l’atmosphère d’époque souhaitée par Steven Soderbergh. «Je réalisais que je confiais là une lourde tâche à Thomas Newman, mais je savais aussi que son père avait composé ce genre de musique. Il a ce don dans son ADN.»
Newman est en effet le fils du légendaire compositeur et chef d’orchestre Alfred Newman qui signa (avec, notamment, Max Steiner et Dimitri Tiomkin) certaines des musiques les plus dynamiques des films hollywoodiens des années trente à cinquante. Soderbergh sélectionna des musiques de Steiner pour la b.o. «temporaire» de The Good German : «Elles étaient plus particulièrement destinées à accompagner certaines scènes d’exposition, mais, dès le début de mon travail avec Thomas, j’ai eu envie d’explorer d’autres voies, car ces musiques ne me permettaient pas d’entendre clairement le dialogue et de capter les informations qu’échangeaient les personnages. Nous avons tenté une nouvelle approche qui procure une tout autre qualité d’écoute du dialogue et dynamise l’ensemble du film. La spectaculaire partition de Thomas Newman complète admirablement The Good German, non seulement sur le plan émotionnel, comme on pouvait s’y attendre, mais aussi sur le plan narratif. C’est particulièrement important dans une intrigue comme celle-ci, où les subterfuges, l’aveu et le secret ont tant d’importance...» Profitez de la guerre, la paix sera terribleLe 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. En juin, les Alliés commencent le partage du pays et de Berlin en quatre zones d’occupation : américaine, russe, britannique et française.
Le but affiché était d’assurer la paix, de faire respecter l’ordre et la loi, de rétablir les services vitaux : alimentation, eau, essence, etc. Ces objectifs furent atteints en grande partie par des voies légales, mais les occupants avaient aussi en vue certains intérêts stratégiques vitaux, sur lesquels ils observaient une remarquable discrétion... Un pacte avec le diablePeu après avoir pénétré en Allemagne, les Américains et les Russes découvrirent que les physiciens, chimistes et ingénieurs allemands avaient fait durant la guerre des découvertes techniques et scientifiques qui situaient leur pays à l’avant-garde de la recherche, notamment dans le domaine spatial et en matière de guerre biologique. L'adaptationSteven Soderbergh travailla en étroite collaboration avec Attanasio à l’adaptation/transposition du roman de Joseph Kanon The Good German (paru en France sous le titre L’Ami Allemand).
Steven Soderbergh : «Le livre contenait des personnages remarquables et des prémices fascinantes, très dramatiques et très cinématographiques, mais nous voulions mettre en valeur certaines des questions qu’il posait et leur donner plus d’ampleur. De toutes les adaptations auxquelles j’ai travaillé, celle-ci fut la plus délicate. Les romans à énigme sont, de toute manière, un genre problématique car on risque toujours de livrer trop d’informations ou pas assez. Ce qui compte le plus, finalement, c’est la façon dont vous les dévoilez et le moment que vous choisissez pour cela. En outre, il est difficile de juger sur le papier l’impact d’une scène qui appelle un traitement visuel élaboré et hautement théâtral. Les personnagesJake reflète les interrogations et la complexité morale de son temps ainsi qu’un point de vue typiquement américain sur la situation berlinoise.
Steven Soderbergh : «Le rôle semble avoir été écrit sur mesure pour George Clooney. Jake est un personnage intelligent, courageux, déterminé, animé de convictions fortes. Du pur George !» Les comparses«Les films de l’âge d’or hollywoodien avaient toujours une fantastique cohorte de personnages secondaires», poursuit le réalisateur. Parmi ceux de The Good German figurent notamment : le colonel Muller ( Beau Bridges), le général russe Sikorsky (Ravil Isyanov), le procureur militaire américain Teitel ( Leland Orser) et Hannelore, la colocataire de Lena ( Robin Weigert). En hommage à la grande tradition du film noirSoderbergh, après avoir été longtemps inspiré par les classiques du cinéma, et notamment la veine noire de Casablanca, Le Troisieme Homme, Notorious ( Les Enchaines) et Out Fo The Past ( La Griffe Du Passe), décida de traiter The Good German à la manière d’un film noir d’époque. Il ne se contenta pas de revenir au noir et blanc, mais utilisa, entre autres procédés, des objectifs anciens, des transparences, des panoramiques fi lés en guise de transitions visuelles, une perche au lieu de micros individuels, et demanda à Th omas Newman une musique typiquement «forties». Il tourna essentiellement en studio et dans quelques rares décors, en faisant appel à des images d’archives restituant la poignante atmosphère d’une ville ravagée. (Certaines avaient été tournées à Berlin juste après la guerre par Billy Wilder, membre de la commission de dénazification, et William Wyler.) Berlin sur un plateauGregory Jacobs : «Steven adapte son approche au projet en cours. Traffic, par exemple, a été entièrement filmé caméra à l’épaule, tandis que Ocean'S Eleven et Ocean'S Twelve représentent sa version d’une grosse production hollywoodienne. Il a trouvé ici la technique adéquate, en fi lmant l’histoire à la mode des années quarante, avec une seule caméra et des compositions très étudiées. Quantité de scènes ont été tournées en seul «master shot», alors qu’on tend aujourd’hui à multiplier les axes et à inclure un plan rapproché de chaque protagoniste. Ici, l’essentiel d’une scène est couvert par un plan d’ensemble minutieusement conçu, et les gros plans ont toujours une justifi cation, comme à l’époque. Voyez seulement Casablanca ou Les Enchaines pour vous en convaincre.» Des costumes et de l’art de porte le chapeauLa chef costumière Louise Frogley, qui avait travaillé sur Good Night And Good Luck, trouva le noir et blanc aussi «libératoire» que Messina : «Il nous a permis de tenter toutes sortes de combinaisons délirantes sans nous préoccuper des accords de couleurs et en nous fondant sur les motifs et textures pour créer des effets de contraste.» |
|
|