Notes de Prod. : The Pleasure of Being Robbed

Interview d'Eléonore Hendricks

Comment avez-vous été impliqué dans The Pleasure of Being Robbed (Le plaisir de se faire voler) ?

Une amie commune et collègue cinéaste, Lena Dunham, m’a présentée à Josh Safdie et Sam Lisenco, du Collectif Red Bucket Films, au début de l’été 2007. Josh s’était lancé sur le tournage de son premier long métrage « Yeah, Get On My Shoulders » (« Allez, monte sur mes épaules ! ») et il avait besoin d’aide pour le casting de deux jeunes frères. J’ai ainsi d’abord été présentée comme directrice de casting (qui a été mon activité pendant plusieurs années). Après quelques mois de collaboration, ce projet a été mis de côté. Quoi qu’il en soit, c’est à peu près à cette époque qu’Andy Spade a commencé à soutenir le collectif et à financer quelques petites productions, en liaison avec sa propre société de vêtements, Jack Spade. Une de ses idées était de faire un court métrage sur une fille qui erre dans la rue et vole les sacs de modestes New-Yorkais. À ce moment-là, Josh et moi étions devenus proches. Je suppose que pour Josh son idée de voleuse s’est joliment croisée avec mon style de personne et mon boulot de casting que j’exerçais dans la rue : j’arpente les rues, y cherchant la personne qui pourrait correspondre au rôle. Une fois que j’ai repéré un candidat possible, je l’aborde, je lui explique le projet, je prends une photo et je jette quelques notes par écrit. C’est une sorte de voyeurisme qui est à l’œuvre dans ce genre de travail, et on pourrait voir dans ce rapt de l’image d’un inconnu une forme de vol. Josh m’a demandé si je voulais jouer une voleuse dans son film et j’ai accepté avec empressement.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?

Je ne sais pas si on peut parler de préparation. Je ne suis pas très habile et j’ai trop peur des conséquences qu’il y a à voler, néanmoins c’était une transition très subtile pour moi pour entrer dans le personnage. J’ai lu un livre de Sophie Calle, La Filature, j’ai regardé Pickpocket, Josh et moi avons discuté, et j’ai pensé à ma proche amie Laura, qui est une incroyable voleuse. Elle peut aller dans un grand magasin et subtiliser une caméra digitale de prix à la barbe des appareils de surveillance high tech, pour pouvoir impressionner les foules avec le cadeau volé. Elle va voler son dîner et traverser la frontière canadienne sans passeport, telle une ombre. C’est une personne remarquable qui a besoin de vivre comme ça. J’ai beaucoup pensé à elle.

Vous m’avez dit que vous aviez vu à plusieurs reprises Pickpocket de Robert Bresson pendant votre préparation pour le film. En quoi vous a-t-il influencé ?

J’ai travaillé dans un video club. Avant le tournage, je suis tombée sur Pickpocket de Bresson. Je me suis passé le film trois fois pendant mon travail. Je voulais que le film entre en moi.

Avez-vous toujours été impliquée au niveau de l’écriture ?

Non. Je n’ai réalisé que j’étais un auteur dans ce film que lorsque j’ai vu mon nom au générique.

Comment fonctionne votre collaboration à l’écriture avec votre réalisateur Josh Safdie ?

J’étais avec Josh et il gardait en mémoire différentes situations et différents moments pour les mettre dans la fiction. Il prenait des notes et ensuite il écrivait une scène à partir de quelque chose qu’on faisait ensemble ou de ma façon d’être à un moment ou un autre. Je n’ai jamais rien écrit moi-même.

Avez-vous improvisé pendant le tournage ?

Bien sûr. Josh m’interdisait de lire le scénario et je n’ai donc jamais appris une ligne. Il écrivait un scénario très détaillé et une liste de séquences que tout le monde suivait sauf moi et les autres acteurs. En revanche, il m’expliquait clairement chaque scène avant et pendant le tournage. Il y a beaucoup de liberté pour chacun d’entre nous avec cette façon de diriger.

Est-ce que l’équipe du film a rencontré des problèmes pendant le tournage dans le zoo du Bronx et au Metropolitan Museum of Art ?

Pas encore.

Et aviez-vous imaginé que vous puissiez réellement être arrêtée ?

Je me suis toujours sentie en sécurité avec l’équipe de Josh. Habituellement, je ne cherche pas d’histoires avec les flics, contrairement à Josh. J’ai toujours peur qu’il se fasse arrêter.

En quoi ce processus était-il différent de vos autres films ?

Sur The Pleasure of Being Robbed, nous étions entre amis. C’était un projet très intime.

Dites-en nous davantage sur le fait d’avoir nagé avec des ours polaires ?

C’est fantastique. On a filmé fin novembre au nord de l’État de New York, la température de l’eau était de 12° et celle de l’air était probablement plus froide encore. J’ai pensé que j’allais succomber au choc. Certains d’entre nous avaient à supporter le froid. Josh y est allé en premier pour être sûr qu’il n’y avait aucun danger pour qui que ce soit. Sammy Lisenco était le plus courageux sous l’eau, il était trempé jusqu’aux os. Brett Jutkiewicz était derrière la caméra, enfoncé toute la journée jusqu’à la taille dans ces eaux glacées. Quand ce fut le moment, j’ai plongé directement. C’était formidable de nager avec un ours polaire. L’amour peut transformer n’importe quelle situation difficile en plaisir...

Que m’avez-vous volé pendant cette interview ?

Votre temps!

Notes du réalisateur

J’agis selon mes intuitions... J’ai grandi en écoutant les Beatles, puis j’ai découvert leur anthologie, les documents sonores des prises qui avaient été mises au rebus, les plages que John, Paul ou George (pardon Ringo !) ont eux-mêmes enregistrées. Je ressentais ce qu’ils exprimaient jusque dans ma chair. Je me sentais proche d’eux... moins manipulé. Je lisais les reproductions de leurs carnets. Je devinais les traces de gomme coincées dans les reliures, j’entendais leurs rires, le défilement de la bande, leurs discussions, les ratages, leurs raclements de gorge, et le son du câble du micro.

Interview du réalisateur

Comment vous est venue l’idée de faire The Pleasure of Being Robbed (Le plaisir de se faire voler) ?

The Pleasure of Being Robbed (Le plaisir de se faire voler) prend sa source essentiellement dans la vie. Il concerne les distractions, ce qui résonne en moi et me fait découvrir un sens par la suite. Certaines parties font référence à la vie, le vol est venu de tendances précoces à la kleptomanie... le vol dans les grands magasins (bien que je me sente mal avec ça maintenant, certains d’entre eux ayant fait faillite depuis...). Je n’oublierai jamais la première sensation que j’ai eue quand j’ai volé quelques autocollants dans un magasin kitsch de Vermont, je n’avais alors guère plus de 10 ans. J’ai soudain décidé de jouer à ça... en jouant la scène à coup de « j’ai le droit de passer à l’acte », « c’est à moi, ça, qu’est-ce ça fait là dans ce magasin ? » C’était une injonction euphorique, c’était un devoir, je devais le faire. Pour moi, cette sensation a souvent trouvé son chemin dans ma vie, dans mes amours, dans l’obéissance, au zoo, en dînant chez un ami... En toute justice toutefois, beaucoup du film est arrivé après ma rencontre avec Eléonore, qui m’inspire, et en mûrissant auprès d’elle et de ses choix. En tombant amoureux d’elle. C’est un film qui est comme une lettre. Une lettre à mon enfance, en l’honneur des distractions de la vie qui ne quittent pas votre pensée, celles qui sont drôles, celles qui sont plus sérieuses, des souvenirs qui deviennent des distractions... C’est une lettre à Eléonore, écrite avec son aide.
 

Box-office au 11 Janvier 2010

  • Paris 14h : 50 entrées
  • 1er jour IDF : 128 entrées
  • 1ère semaine IDF : 2 527 entrées
  • Cumul IDF : 4 393 entrées

  • 1ère semaine France : 3 306 entrées
  • Cumul France : 6 066 entrées