John Hillcoat : Nick et moi avons pris l’habitude de collaborer sur divers projets depuis longtemps. J’ai toujours été obsédé par l’idée de réaliser un western australien situé dans l’outback, mettant en scène le conflit avec les aborigènes, les Bushrangers, tous ces éléments. Je me suis mis à développer cette idée et Nick était de la partie en tant que compositeur. Mais les années passaient et Nick devenait de plus en plus frustré de voir que ça trainait, donc je lui ai demandé s’il voulait tenter d’écrire le scénario. Je me doutais qu’il en sortirait quelque chose de bon, à cause du songwriting très narratif de Nick qui installe des personnages si marquants…
Nick Cave : Pour Johnny, l’Australie possède aussi une histoire de western. Le pays a eu son wild west, mais ça n’avait jamais été exploité au cinéma. Il n’y a pas eu de films de genre sur cette période, hormis des biographies d’Australiens célèbres tels que Ned Kelly, Mad Dog ou d’autres. (…) On ne voulait pas donner l’impression d’un western américain catapulté en Australie. L’identité australienne possède aujourd’hui une forme de platitude, derrière laquelle se cachent en vérité une sauvagerie et une cruauté. L’humour ici est aussi sec que le désert. Ceci vient du fait que les gens ne vivent probablement pas où ils devraient vivre. Et ce film parle d’une communauté isolée, de gens qui se battent dans un endroit où ils n’ont aucun droit d’être.
John Hillcoat : Les acteurs étaient complètement assommés par les conditions de tournage. Ils portaient trois couches de vêtements sous une chaleur de 57°C.
Nick Cave : On était la meilleure blague du moment là-bas, parce qu’on se dirigeait de plus en plus vers le coeur de l’été, et les habitants locaux se disaient que ça allait être très drôle de regarder des gens essayer de tourner un film dans ces conditions. Personne ne pouvait ouvrir la bouche sans qu’une mouche ne vienne s’y terrer.
Nick Cave : Quand on nous donne des thèmes musicaux à travailler, on possède une liberté énorme et l’écriture se fait beaucoup plus vite que celle d’un album des Bad Seeds. Ce qui ralentit la création d’un album, c’est l’écriture de chansons. Mais dans le cas d’une musique de film, il s’agit de composer une partition qui dynamise le film et qui lui ajoute une qualité lyrique.
John Hillcoat : Je crois qu’on a vraiment bénéficié – et c’était un choix conscient de ma part – d’avoir recours à un directeur de la photographie qui venait de l’extérieur et possédait un point de vue différent. L’outback a toujours été photographié selon une certaine tradition, mais
Benoît Delhomme avait un regard neuf à imprimer. Ça lui plaisait autant que ça l’effrayait, il était comme un petit enfant. Cette austérité du décor possède aussi une intense beauté.