Notes de Prod. : The Reader

    en DVD le 18 Novembre 2009

Une nation et une génération marquées par la culpabilité

Il est généralement admis que la population allemande avait connaissance de la Solution Finale pendant la seconde guerre mondiale. La SS comptait quelques 900,000 membres en 1943. Les chemins de fers allemands employaient plus d’un million de citoyens, dont une bonne partie avait eu à travailler sur les lignes de wagons à bestiaux remplis de Juifs qui traversaient le pays. D’autres organismes de services publics participaient directement à la maintenance des camps et plusieurs milliers de cadres et employés administratifs ne pouvaient ignorer ce qui se passait.

Comme un étudiant le dit dans The Reader, « Il y avait des milliers de camps ... tout le monde savait ».

À la fin de la guerre en 1945, le consensus des Alliés était que les Allemands dans leur ensemble devaient être blâmés non seulement pour la guerre mais pour les atrocités nazies. Des déclarations des gouvernements américains et anglais juste avant et juste après la reddition allemande allaient dans ce sens, stipulant que la Nation allemande tout entière devait être tenue pour responsable des actes du régime nazi et utilisant fréquemment des termes tels que “culpabilité collective” ou “responsabilité collective.”
Le Président Truman lui-même fit remarquer combien il était difficile de distinguer ceux qui étaient aux commandes de ceux dont la culpabilité était moindre, voire de ceux qui s’étaient contentés de détourner le regard.

Dans une lettre à un sénateur américain, il expliquait que tous les Allemands n’étaient peut-être pas coupables, mais qu’il ne voyait pas comment on pouvait déterminer ceux qui n’avaient rien à se reprocher dans les crimes du régime Nazi. « Je ne peux ressentir aucune sympathie pour des gens qui ont causé la mort de tant d’êtres humains par la faim, la maladie et le meurtre pur et simple, en plus de la destruction et des tueries liées à la guerre elle-même ». écrivait-il.

Presque immédiatement après la fin de la guerre, un processus de “dénazification” express a été mis en place, supervisé par des ministres allemands spécialement désignés avec le soutien des forces américaines d’occupation. Dans le même temps, les Alliés lancèrent une campagne de propagande massive pour instiller un sentiment de responsabilité collective à la population allemande, une campagne mise en branle par le Quartier général des forces alliées en Europe.

Des éditoriaux de journaux et des programmes radio furent conçus pour s’assurer que tous les Allemands accepteraient le blâme pour les crimes nazis. Cette campagne utilisait des affiches représentant des photos de victimes de camps de concentration accompagnés de textes chocs comme « Voilà de quoi vous êtes coupables ! » ou « Ces atrocités, votre culpabilité ! » De 1945 à 1952, une série de films sur les camps furent également produits et distribués à destination du public allemand, parmi lesquels « Die Todesmuhlen » et « Welt im Film No. 5 », dans le but affiché de ramener la « nation hors-la-loi » dans le monde civilisé et la démocratie.


Les prises de position du gouvernement allemand après la guerre


Officiellement, les Alliés couvrirent l’Allemagne de louanges pour sa réponse aux crimes de guerre. Le gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne (l’Allemagne de l’ouest jusqu’en 1990) présenta des excuses officielles, pour le rôle de l’Allemagne dans l’Holocauste. Les leaders allemands firent régulièrement acte de repentance, en particulier en 1970 quand le Chancelier Willy Brandt tomba à genoux devant le mémorial de l’Holocauste du Ghetto de Varsovie, un événement connu sous le nom de « Warschauer Kniefall ».

L’Allemagne a payé des réparations de près de 70 milliards de dollars à l’Etat d’Israël et 15 milliards de plus à des survivants de l’Holocauste, qui continueront à toucher ces compensations jusqu’en 2015. Le gouvernement allemand a également conclu un accord avec les compagnies qui avaient utilisé du travail forcé pendant la guerre, les poussant à accepter de payer 1.7 milliard de dollars aux victimes. L’Allemagne a construit un Musée National de l’Holocauste à Berlin consacré aux biens pillés. La publication d’ouvrages nazis tels que « Mein Kampf » est interdite par la loi, qui fait du négationnisme un crime. Les symboles comme la croix gammée et le salut hitlérien sont eux aussi interdits par la loi. Le gouvernement laisse enfin à Israël le soin d’élaborer le programme d’histoire de l’Holocauste dans toutes les écoles allemandes.

Le traitement par l’Allemagne des crimes et criminels de guerre a aussi reçu l’approbation générale. Le pays a collaboré à la traque des criminels de guerre pour les Procès de Nuremberg et a ouvert de nombreuses archives aux Historiens et aux Enquêteurs. De plus, l’Allemagne a vérifié plus de 60,000 noms de criminels de guerre pour le compte du Département de la Justice américain de façon à les empêcher d’entrer sur le territoire des Etats-Unis, et a procuré des informations similaires au Canada et à la Grande-Bretagne (ce qui n’empêcha pas certains criminels de guerre d’échapper à la justice et de trouver refuge dans d’autres pays).

Malgré ces efforts, l’Allemagne a également reçu son lot de critiques pour ne pas avoir fait suffisamment en matière de compensation. Le gouvernement allemand n’a jamais présenté d’excuses pour ses invasions d’Etats souverains ou accepté de prendre la responsabilité générale de la guerre. L’essentiel du blâme est mis sur des individus comme Adolf Hitler et le parti nazi plutôt que sur le gouvernement lui-même, et aucune restitution n’a été faite à aucun autre pays que l’Allemagne elle-même. Même après la réunification en 1990, l’Allemagne a rejeté les demandes de réparations faites par l’Angleterre et la France, considérant que la question était réglée. Par ailleurs, l’Allemagne a été critiquée pour avoir attendu trop longtemps avant de rechercher et de rendre les biens spoliés, dont une bonne partie n’a jamais été retrouvée et est sans doute toujours cachée à l’intérieur de ses frontières. L’Allemagne a sans nul doute éprouvé des difficultés à retrouver certains bien volés pour ne pas avoir à en dédommager les propriétaires.

Enfin, l’Allemagne a refusé pendant des décennies de donner accès aux archives de l’Holocauste de la ville de Bad Arolsen, arguant en particulier de la nécessité du respect de la vie privée. En mai 2006, 20 ans d’efforts déployés par le mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis ont abouti à l’annonce que des millions de documents seraient enfin mis à disposition des survivants et des historiens.

Quid de la génération d’après ?


L’auteur de The Reader Bernhard Schlink et ses contemporains allemands étaient dans une position unique - ils n’avaient rien à voir avec les crimes de leurs parents mais ils étaient nés et grandissaient dans l’ombre de ces atrocités. La façon dont sa génération, et d’ailleurs toutes les générations d’après le Troisième Reich, réagissent aux crimes nazis est un processus que Schlink décrit comme « le passé qui nous marque de son empreinte et avec lequel nous devons réussir à vivre ». Comme le dit un professeur de droit dans le film : « ce que nous ressentons n’a pas
d’importance - ce qui en a, c’est ce que nous faisons. »

Le scénariste David Hare explique que, « The Reader est le roman allemand le plus connu sur l’après-guerre et sur l’impact du nazisme sur les Allemands eux-mêmes. Très peu de choses ont été écrites sur ce qu’il est advenu de cette génération qui devait vivre avec la culpabilité d’être née à un moment où, sans avoir rien fait de mal, ils héritaient d’un crime monumental. »

« Nous avons tous condamné nos parents à la honte, ajoute Schlink, même si tout ce qu’on pouvait retenir contre eux était d’avoir toléré que des crimes aient été perpétrés en leur sein. Le passé nazi était un poids même pour les enfants qui ne pouvaient accuser leurs parents d’aucun méfait, ou qui ne le voulaient pas ». Schlink fit le choix d’exorciser ses démons par l’écriture. Il présente Hanna à ses lecteurs, en prenant soin que son crime soit à la fois bien délimité et traité avec la sévérité qu’il mérite, tâchant de rester sur une frontière très mince entre les deux positions. Il admet qu’à travers Michael, « je voulais simultanément comprendre le crime de Hanna et le condamner. Mais c’était bien trop terrible pour que j’y parvienne. Quand j’essayais de le comprendre, j’avais le sentiment de ne pas le condamner comme je l’aurais dû. Et quand je le condamnais comme je le devais, il n’y avait plus de place pour une quelconque compréhension... Je m’étais imposé le devoir de faire les deux - la compréhension et la condamnation. Mais cela s’est avéré presque impossible à réussir. »

Le livre n’a bien évidemment pas été sans controverse. Selon Hare, « on ne peut pas écrire sur un tel sujet sans que ce soit très sensible. » Schlink a mis un bourreau plutôt qu’une victime au centre de son histoire, ce qui représentait une prise de distance importante avec la littérature sur l’Holocauste. Et sa façon d’approcher la culpabilité d’Hanna a fait débat, lui valant l’accusation de réviser et de falsifier l’histoire pour rendre ses personnages plus facilement acceptables. Dans le journal « Süddeutsche Zeitung ». Jeremy Adler accusa même Schlink de « pornographie culturelle » en affirmant que le roman simplifie l’histoire en permettant aux lecteurs de s’identifier avec ceux qui ont commis les crimes.

Schlink a répliqué en expliquant que l’essentiel des critiques concernant l’incapacité de Michael à condamner totalement Hanna viennent de ceux qui ont à peu près l’âge du personnage. Selon lui, les générations plus anciennes, qui ont vécu cette époque, sont moins critiques, quelle qu’ait pu être leur propre expérience de la guerre.


Hanna et Michael : La vieille et la nouvelle Allemagne


La relation entre Hanna et Michael représente l’équilibre délicat entre la vieille et la nouvelle Allemagne dans les années qui ont suivi la guerre : « La souffrance que j’ai endurée à cause de mon amour pour Hanna était, en un sens, le destin de ma génération, un destin allemand », conclut le jeune homme dans le roman.

Tout au long du film, on peut voir des scènes de construction en arrière-plan - pendant la liaison passionnelle de Hanna et Michael et même ensuite, quand le garçon est devenu un avocat de talent et que Hanna est depuis longtemps sortie de sa vie, physiquement du moins. Le pays luttait alors pour reconstruire non seulement ses immeubles, ses bureaux et ses structures, mais aussi son caractère national.
Michael représente la nouvelle Allemagne, et Hanna l’ancienne. C’est la raison pour laquelle leur différence d’âge est aussi marquée et qu’une génération complète doit les séparer. Hanna est sans réaction face à ce qui s’est passé ; Michael, lui, est plein de colère et exige des réponses. « Peu importe ce que je ressens, peu importe ce que je pense », dit Hanna dans une des scènes clefs du film, refusant encore et toujours d’exprimer des remords. « Ça ne ramènera pas les morts. »

Dans le roman, Michael demande, « qu’est-ce que notre deuxième génération aurait dû faire, qu’aurions nous dû faire de notre savoir que les Juifs avaient été exterminés ? Nous ne devrions pas nous croire capables de comprendre l’incompréhensible, nous ne devons pas chercher à comparer l’incomparable, nous ne devons pas tenter de nous renseigner, parce que transformer de telles horreurs en un objet de renseignement revient à en faire un objet de discussion, plutôt que de simplement les accepter en silence, en signe de révulsion, de honte et de culpabilité. Devons-nous vraiment rester silencieux en signe de révulsion, de honte et de culpabilité ? Et dans quel but ? »

Du livre au film

Comment peut-on vivre dans l’ombre du plus grand crime de l’histoire moderne ? Les fils doivent-ils assumer les péchés impardonnables de leurs pères ? Est-il possible de refuser un héritage trop lourd, trop terrifiant, trop ignoble pour qu’on puisse jamais s’en défaire ?

Les visages de The Reader

Dès le départ, le romancier Schlink s’était imaginé l’actrice Kate Winslet dans le rôle pivot d’Hanna Schmitz, la conductrice de tram de 36 ans qui a une liaison secrète avec un gamin, avant qu’il ne soit révélé qu’elle a été gardienne dans un camp de concentration. « Kate Winslet était ma première idée, » dit Schlink. « C’est une femme sensuelle et enracinée, juste comme Hanna ».

Carnet de tournage...

Septembre 2008 - Fin de dispute pour Le Liseur

Le film événement Le Liseur sortira bien le 12 décembre prochain. C’est ce qu’ont annoncé dimanche Harvey Weinstein et Scott Rudin, en dispute depuis quelque temps sur la date de sortie.

Si la production avait initialement demandé que le réalisateur Stephen Daldry livre le film le 5 octobre, celui-ci avait estimé que cela était impossible, surtout qu’il était en pleine préparation de Billy Elliot pour Broadway. Il avait donc demandé à Weinstein, son producteur exécutif, de repousser la date, et c’est ainsi qu’ils sont entrés en conflit avec Rudin, le producteur. Tous les trois viennent d’annoncer qu’ils étaient heureux d’avoir trouvé une terrain d’entente et de pouvoir collaborer à nouveau ensemble.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 445 entrées
  • 1er jour IDF : 11 160 entrées
  • 1ère semaine IDF : 88 890 entrées
  • Cumul IDF : 249 788 entrées

  • 1ère semaine France : 227 454 entrées
  • Cumul France : 728 903 entrées