Notes de Prod. : The Red Riding Trilogy - 1980

    en DVD le 16 Mars 2010

Écrire The Red Riding par Tony Grisoni

En février 2006, Andrew Eaton m’a fait une proposition que je ne pouvais pas refuser. Il m’a demandé de lire The Red Riding (le Quatuor du Yorkshire), la quadrilogie de David Peace, dans l’optique d’en faire une adaptation. J’ai donc ouvert 1974, et j’ai tout lu d’une traite, depuis la première parodie dérangeante d’un ange déchu jusqu’à la dernière fusillade jacobéenne.

J’ai ensuite dévoré les trois autres romans, 1977, 1980 et 1983. Cela faisait penser à un James Ellroy anglais couplé avec du Stan Barstow et baignant dans la sensibilité occulte de Iain Sinclair. Ces fictions étaient toutes inspirées de faits réels. Chaque livre était puissamment ancré dans son époque ; 1974 faisait allusion au parlement sans majorité et à la vague d’attentats de l’IRA, 1977 parlait du Jubilé et du mouvement punk, 1980 de la majorité du parti tory de Margaret Thatcher et de l’Eventreur du Yorkshire, et 1983 de la guerre des Malouines et de la réélection de Margaret Thatcher.
Mais le monde de The Red Riding n’est pas purement matériel, c’est un univers où les rêves, les cauchemars et le surnaturel sont aussi vivants que le monde réel. Il est question de l’âme des gens. Les romans parlent de damnation éternelle et de rédemption. C’est un Yorkshire noir. Du Dickens sous acide. Et c’est ce que nous voulions rendre à l’écran. J’avais déjà travaillé avec Andrew Eaton et Revolution Films. In the world de Michael Winterbottom a été une des meilleures expériences de tournage. J’ai donc tout de suite accepté sa proposition. La véritable décision était de savoir si nous allions adapter uniquement le premier roman, ou la quadrilogie complète. J’ai choisi la quadrilogie, même si cela signifiait m’immerger entièrement pendant deux ans et demi dans le monde très sombre de David Peace.
Notre idée était de faire de chaque roman un long métrage indépendant et en même temps interconnecté avec les trois autres. Les personnages devaient réapparaître dans les films suivants, et chaque épisode ferait référence à des événements rappelés sous forme de flash-backs. Cela signifiait que le moindre changement dans l’action, dans les personnages ou dans une séquence d’une histoire aurait des conséquences sur les autres.


J’ai donné à chaque film un sous-titre qui expose son thème général :


The Red Riding Trilogy - 1974 : « Voici le Nord, où nous faisons ce que bon nous semble. »
The Red Riding Trilogy - 1977: « Nous sommes les fleurs dans la poubelle / Nous sommes le poison dans votre machine humaine / Nous sommes l’avenir, votre avenir. »
The Red Riding Trilogy - 1980 : « Dans ces rues minables, un homme va qui n’est ni misérable, ni déshonoré, ni apeuré. »
The Red Riding Trilogy - 1983 : « Chacun est coupable du bien qu’il n’a pas fait. »

Revolution Films et Channel 4 ne m’ont pas demandé de détails sur les grandes lignes des histoires, ils m’ont donné carte blanche pour une première version des scénarios. Hayley Williams a été engagé pour disséquer chaque roman. Elle a détaillé les événements, les personnages, a noté précisément ce qu’ils savaient les uns des autres, ce qu’ils avaient fait, et à qui. Il a fallu trouver une réelle cohérence. J’ai fini par rencontrer David Peace. Il était à Londres pour faire la promotion de son nouveau roman, 44 jours : The Damned United. David vit à Tokyo, le Quatuor du Yorkshire a donc été écrit en exil. J’avais une longue liste de questions à lui poser sur les personnages, les lieux et les événements des romans avec lesquels il pensait en avoir terminé. Nous avons passé quatre heures à décortiquer les différentes histoires et les motivations cachées. Il m’a aidé à mettre tout cela au jour et à comprendre la quadrilogie. Voici un extrait d’un de ses e-mails : « Pour moi, les livres parlent de l’inné contre l’acquis. Sont-ce cette époque, cet endroit et la société du Yorkshire de l’Ouest qui ont « engendré » Peter Sutcliffe, ou était-ce juste la malchance ? » J’ai fait un amalgame de plusieurs personnages. Dans The Red Riding Trilogy - 1974, John Dawson, le sadique magnat de l’immobilier, est un mélange de trois personnages du roman. J’ai aussi compressé et simplifié les événements pour créer une narration claire et dynamique, mais j’ai conservé la noirceur profonde des romans et l’écheveau de leurs intrigues qui donnent l’impression que quelque chose de terrible se déroule juste à la périphérie de votre champ de vision. La difficulté était de conserver cette angoisse sans créer quelque chose de confus. Kate Ogborn dirigeait à cette époque le département développement des projets télévisés de Revolution Films. Presque tous les matins, je passais une ou deux heures chez elle à discuter de l’évolution de l’intrigue, de morts mystérieuses ou de tortures barbares. Ensuite, j’allais à la bibliothèque de Stoke Newington où je vivais quasiment six jours par semaine.

A la fin de 2006, nous avions deux ébauches de scénario pour chaque film, The Red Riding Trilogy - The Red Riding Trilogy - 1974, The Red Riding Trilogy - 1977 et The Red Riding Trilogy - 1980. Ces scénarios très sombres restaient fidèles à l’esprit des romans, exempts de sentimentalisme, et évitaient les notions simplistes de bien et de mal. Les héros, ou plutôt les antihéros, plongent dans un monde pourri par la corruption et le doute. Les journalistes et les policiers s’efforcent d’y combattre le mal et de découvrir la vérité, mais leurs efforts finissent toujours par les compromettre. Début 2007, je commençais l’adaptation de The Red Riding Trilogy - 1983. L’action revisite celle de The Red Riding Trilogy - 1974 et apporte un éclairage sur quelques-uns de ses aspects les plus sombres. La conscience d’un homme le force à se remémorer les événements et les années. Mais la fin du roman très sombre de David était très dure et posait un problème. J’ai donc essayé de sauver ce dernier enfant et de faire de cette histoire une histoire sur la rédemption. Aucun secret ne devait rester enterré. La vérité devait éclater. La difficulté était de trouver comment y parvenir sans nuire à la nature profonde des romans de David.
Pendant tout le processus d’écriture, je me suis accroché à ses mots comme à un guide, espérant sans cesse qu’il n’allait pas se sentir trahi, mais je m’étais donné pour mission de sauver absolument ce dernier enfant.

Une adaptation de longue haleine

En mars 2008, nous avons appris que Channel 4 allait financer le projet. Malheureusement, la dure réalité des impératifs financiers allait nous obliger à produire une trilogie, et pas la quadrilogie complète. Nous avons donc décidé de supprimer The Red Riding Trilogy - 1977plutôt que de tout démonter pour reformer une synthèse. The Red Riding Trilogy - 1980, l’histoire de Peter Hunter qui se déroule sur fond de traque de l’Eventreur du Yorkshire, s’est donc retrouvée entre The Red Riding Trilogy - 1974et la recherche des enfants disparus, et The Red Riding Trilogy - 1983 qui revisite les événements neuf ans plus tard. Pour faire de The Red Riding une trilogie, nous avons été obligés de mettre plus en avant certains personnages, et d’en rendre d’autres moins importants qu’ils ne l’étaient dans les romans. J’ai travaillé différemment avec chacun des trois réalisateurs. Quand j’ai commencé à travailler sur les adaptations, je savais déjà que James Marsh était très intéressé par The Red Riding, et en particulier par The Red Riding Trilogy - 1980. Julian Jarrold et Anand Tucker ont complété ce triumvirat, Julian avec un The Red Riding Trilogy - 1974très inspiré par Chinatown, et Anand avec un The Red Riding Trilogy - 1983qui parle de rédemption. Nous nous sommes alors plongés dans les scénarios pour resserrer certains passages et faire correspondre nos ambitions au budget, tout en essayant de ne rien supprimer et de nous réinventer sans cesse. Tout s’est mis en place aussi avec l’arrivée des acteurs, des décors et des équipes. Certains acteurs m’ont contacté pour me poser des questions, comme je l’avais fait avec David, sur leurs personnages et leurs motivations et sur l’histoire. Dans The Red Riding, un homme ordinaire, Michael Myshkin, est arrêté par la police pour l’enlèvement et le meurtre d’un enfant. D’une façon assez troublante, la réalité a rattrapé la fiction lorsqu’en novembre 2007, le verdict d’un procès a définitivement innocenté Stefan Kiszko qui, après avoir passé seize ans en prison pour le meurtre d’une jeune fille, est mort d’une crise cardiaque quelques mois après sa libération. Comme me l’a dit David, le cas Kiszko a été « une source d’inspiration tragique ».Lors de l’écriture des scénarios, nous avons été hantés par plusieurs événements réels qui semblaient rejoindre la fiction : Stephen Lawrence, Madeleine McCann, Natascha Kampusch, Shannon Matthews, Joseph Fritzl, Haut de la Garenne, Michael Todd, Jean Charles de Menezes, et John Humble, l’homme qui a envoyé de fausses lettres de l’Eventreur du Yorkshire.Parfois, il était difficile de savoir où s’arrêtait la fiction et où commençait la réalité dans les histoires tragiques que nous étions en train de développer.« Nous sommes une nation en guerre. Tout est délabré, fermé, obsolète. C’est une terre blessée sans héros où des hommes mauvais font des choses horribles sans être inquiétés. Un âge de ténèbres où les innocents payent pour les coupables. »

Un ton, un style, propres à chaque volet.

Andrew Eaton, producteur et cofondateur de Revolution Films, rêvait depuis longtemps de porter à l’écran une adaptation des romans de la série The Red Riding. Il était tombé instantanément sous le sombre charme des thrillers noirs et complexes de David Peace, qu’un de ses amis lui avait recommandés. Il contacta Tony Grisoni pour écrire le scénario.
Il raconte : « J’ai demandé à Tony s’il voulait adapter les livres parce que j’avais déjà travaillé avec lui sur In The World. « Je savais que Tony serait assez sensible pour préserver la vision de David Peace, et en même temps assez sûr de lui pour prendre ses distances avec les livres et créer quelque chose d’unique et de très cinématographique. »
La responsable du département fictions de Channel 4, Liza Marshall, déclare : « Andrew et moi étions persuadés que Tony Grisoni était le scénariste parfait pour cette adaptation parce que les histoires sombres, palpitantes et psychologiques des romans convenaient parfaitement à son style d’écriture. Robert Wulff-Cochrane de Channel 4, Revolution Films, Tony et moi-même avons beaucoup travaillé pour transposer le potentiel dramatique des romans à l’écran, et les scénarios brillants de Tony m’ont finalement convaincue que Channel 4 devait franchir le pas et financer le projet. C’est très rare de trouver des romans qui ont une telle richesse de personnages et je savais que cela allait nous permettre de réunir un casting prestigieux. »

Les trois films pouvaient avoir un ton et un style différents les uns des autres – une idée que les réalisateurs Julian Jarrold, James Marsh et Anand Tucker ont exploitée à travers leurs visions personnelles. Liza Marshall explique : « Dès les premières phases de développement, nous avons discuté du fait que nous désirions pour chaque film un réalisateur différent qui soit capable d’apporter son interprétation et sa vision créatives et personnelles de l’histoire. » Andrew Eaton raconte : « Nous avons commencé par dresser une liste de cinéastes dont nous aimions le travail. Nous voulions engager les trois réalisateurs en même temps, mais nous savions qu’il était important de trouver trois personnes à la fois différentes et compatibles. Nous voulions aussi travailler avec des noms que l’on n’associe pas forcément tout de suite avec ce genre.
Chaque livre est indépendant, mais tout en étant différents les uns des autres, les films devaient être interconnectés par le biais de leurs intrigues et de leurs personnages. » Liza Marshall explique : « C’est une trilogie, mais chaque film a un parfum et une atmosphère différents. » Andrew Eaton remarque : « Même s’ils ont vécu les mêmes événements, les gens ont tendance à s’en souvenir de façon variable, et le fait d’avoir trois réalisateurs qui ont tous un style et une façon de travailler différents reproduit le même effet. »

Ville et comédiens, les acteurs majeurs de l’oeuvre.

La distribution des rôles principaux avait une importance majeure pour le projet. Liza Marshall note : « Beaucoup d’acteurs ont saisi l’occasion de jouer des rôles radicalement différents, comme Sean Bean qui, dans son rôle de gangster des années 70, est bien loin de son personnage télévisé, Richard Sharpe, Rebecca Hall qui est venue directement du plateau de Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen ou Andrew Garfield après sa performance dans Boy A.
`Les productrices Wendy Brazington et Anita Overland ont travaillé à Leeds avec les acteurs durant les mois d’été où la trilogie a été filmée. Les trois films se recoupant en certains points, les acteurs ont dû s’habituer à passer du plateau d’un film à un autre, et à jouer leurs personnages à des époques différentes. L’intensité du tournage a développé chez les comédiens une mentalité et une ambiance proches de celles d’une troupe de théâtre, un esprit qui a été encouragé pour donner au triptyque une authenticité créative et artistique. Un autre défi a été de trouver à Leeds des lieux de tournage qui n’ont pas changé depuis les années 70 et 80. Anita Overland explique : « Recréer des extérieurs qui ressemblent aux années 70 et 80 coûte très cher parce qu’en plus des décors, il y a aussi les véhicules et tous les costumes des acteurs et des figurants.
The Offence de Sidney Lumet nous a donné l’idée de transformer le peu de moyens dont nous disposions en avantage. C’est un film qui se déroule dans les années 70, et l’austérité de ses décors et de ses extérieurs reflète parfaitement cette époque.
Nous avons donc décidé de nous en inspirer, et de travailler selon le principe que moins il y en avait, mieux c’était. » Les célèbres bureaux du Yorkshire Post, qui ont conservé leur splendeur des années 70, ont été utilisés comme décor dans de nombreuses scènes de The Red Riding Trilogy - 1974 qui ne se déroulent pas au journal, mais dans de tout autres lieux. Anita Overland raconte : « Le bâtiment du Yorkshire Post a été un de nos principaux lieux de tournage. Nous y avons recréé les décors de plusieurs postes de police des années 70 et 80.
C’est un bâtiment fantastique, un superbe exemple de l’architecture des années 70 qui nous a permis de concevoir des plans très intéressants. Comme la rédaction du Yorkshire Post travaille toujours à cet endroit, nous devions filmer pendant les week-ends. Notre équipe de décorateurs arrivait le vendredi soir, nous tournions le samedi et le dimanche, et ensuite ils passaient la nuit à tout remettre en ordre pour que les journalistes puissent travailler le lundi matin. »

Entretien avec James Marsh, réalisateur de The Red Riding Trilogy - 1980

Comment êtes-vous arrivé sur le projet de The Red Riding Trilogy ?

J’ai rencontré Tony Grisoni à un festival à Dublin, et au cours de la conversation il a fait allusion à une adaptation de romans policiers qu’il avait commencée. Par la suite, j’ai pu lire sa première version de 1974. C’était passionnant, étrange, le rythme était effréné, presque hors de contrôle, comme le personnage central. La série complète n’a été commandée que deux ans plus tard. Dans l’intervalle, j’ai lu les quatre romans et j’ai réalisé combien les adaptations de Tony étaient fidèles. Quand j’ai appris que le projet allait se concrétiser, j’ai fait pression pour en faire partie. Je savais que je devais faire The Red Riding Trilogy - 1980.

Entretien avec Paddy Considine (Peter Hunter dans The Red Riding Trilogy - 1980)

Comment décririez-vous Peter Hunter et son rôle dans The Red Riding Trilogy - 1980 ?

Peter Hunter est envoyé dans le Yorkshire pour reprendre l’enquête sur l’Eventreur que la police locale n’a pas été capable de mener à bien. Il est tout de suite pris en grippe par les autres policiers parce que les plus corrompus d’entre eux voient en lui un homme vertueux, et le détestent pour cela.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1er jour IDF : 70 entrées
  • 1ère semaine IDF : 540 entrées
  • Cumul IDF : 834 entrées

  • 1ère semaine France : 564 entrées
  • Cumul France : 564 entrées