L’histoire d’une des œuvres les plus importantes du siècle commence sur les planches du Royal Court Theater Upstairs de Londres. Le Royal Court est une toute petite salle de théâtre qui tremble sous les vibrations. Et des vibrations, il y en a ce 16 juin 1973 !
C’est en effet à cette date qu’a lieu la première d’une petite pièce musicale sans prétention intitulée “The Rocky Horror Show”. Comédie musicale écrite par Richard O’Brien, interprétée par lui-même et une bande d’allumés, le “Rocky” démarre doucement. Accueillant chaque soir à peine plus d’une soixantaine de personnes, cette histoire débridée allait devenir en un temps record, l’un des objets cultes les plus célèbres du monde.
Au commencement…
La légende raconte que la genèse du “Rocky” vient d’une déception sentimentale. En effet, suite à une probable peine de cœur, Richard O’Brien, alors fermier en Nouvelle-Zélande, quitte son pays natal pour s’exiler à Londres. Dans la patrie du prince Charles, O’brien mène la vie difficile et aléatoire des acteurs au chômage. Après avoir lancé quelques répliques dans des pièces plus ou moins mineures, il connut une petite consécration pour sa participation à la comédie musicale “Jesus Christ Superstar”. À cette époque, un metteur en scène l’engage pour figurer dans une comédie musicale intitulée “La main invisible”. Ce metteur en scène s’appelle
Jim Sharman. Il sera le futur réalisateur du “Rocky Horror Picture Show”.
Durant ses soirées d’hiver, O’Brien écrivait l’ébauche d’un opéra rock de sa création intitulé “They Came From Denton High To Superstar’s”. Sur le papier, le squelette de cette pièce se limitait à quelques chansons, des gags mais aussi des dialogues et des situations inspirées par les séries B de science fiction et d’horreur qui avait bercé sa jeunesse. Armé de ces quelques idées, O’Brien présente son projet à
Jim Sharman accompagné d’une cassette où il interprétait ce qui sera la chanson d’ouverture du film : “Science Fiction/Double Feature”.
Michael White, un producteur indépendant dont le bureau se trouvait en face de celui de Sharman, se montra enthousiasmé par la pièce et la chanson. Les deux hommes donnèrent leur feu vert à O’Brien. Le projet “The Rocky Horror Show” venait de naître. Le casting fut rapidement établi : O’Brien jouera le rôle de majordome Riff-Raff, celui du docteur Frank N.Furter sera interprété par
Tim Curry et
Meat Loaf prêtera ses traits et sa voix au personnage d’Eddie.
La suite se passe en 1973. Le show, malgré son côté “trash”, fut plutôt bien accueilli par la critique et le public. Pendant plusieurs mois, le bouche à oreille favorable fût un formidable catalyseur et le “Rocky Horror Show” connu un très bon succès d’estime en Grande-Bretagne. Une reconnaissance qui amena l’équipe du “Rocky” à traverser l’Atlantique pour se produire aux Etats-Unis.
C’est dans le luxueux cadre du théâtre Roxy à Los Angeles, dont le directeur n’est autre que
Lou Adler (futur producteur du film), que la pièce débuta sa carrière américaine. Celle-ci dura neuf mois. Le triomphe d’O’Brien et sa troupe ne passa pas inaperçu aux décideurs de la Twentieth Century Fox. Le studio décida dès lors de porter le “Rocky Horror Show” à l’écran. Le tournage débuta en octobre 1974 dans le Manoir de Oackley Court en Angleterre sous la direction de
Jim Sharman. Bien que des acteurs américains furent engagés, comme
Barry Bostwick (Brad) et
Susan Sarandon (Janet), la plupart des comédiens originaux (O’Brien, Curry, Loaf, etc.) reprirent leurs rôles pour l’adaptation cinématographique.
En septembre 1975, le film (re-titré pour l’écran “The Rocky Horror Picture Show”) sort en salle et fît une carrière… désastreuse. Certains spectateurs, offusqués par les scènes tendancieuses et ambiguës du film, quittent la projection rapidement. Seule une poignée de spectateurs semblent apprécier le film. D’autant plus que ces derniers revenaient le voir régulièrement. Très vite le “Rocky Horror Picture Show” fut cantonné à être projeté en séance de nuit aux côtés d’autres productions considérées “underground”.
Dans le cercle très fermé des spectateurs de minuit, le film de Sharman connu très vite un succès et une réputation sans précédent.
Le triomphe du “Rocky horror Picture Show” l’amena à être rejoué au théâtre mais, fidèle à la tradition, uniquement en séance de nuit. Jour après jour, le public continua de grandir. Les uns amenant les autres. Telle une initiation, une relation particulièrement forte entre le public et le film fit son apparition. On vit alors des spectateurs s’approprier le film en se rendant au cinéma habillé comme certains personnages du “Rocky” tout en reprenant en chœur les chansons du film (qu’ils connaissaient par cœur) ou en lançant les répliques au moment où les acteurs les prononçaient. Le phénomène “Rocky Horror Picture Show” prit de l’ampleur, dépassa les frontières et accéda très vite au rang de film culte. À New York, un fan-club fut créé et recense aujourd’hui plusieurs milliers de membres.
Depuis, chaque année, de nombreuses manifestations et conventions consacrées au “Rocky” voient le jour. Dans certains cas, les acteurs du film viennent faire la fête avec le public et chanter en direct face à une salle remplie de fans déguisés. Voilà 25 ans que le phénomène dure. Et il est parti pour tenir encore plusieurs décennies car, comme le souligne Little Nell, qui joue le rôle de Magenta : “Je ferai encore le Time Warp (le saut dans le temps) à 90 ans ! ”