Notes de Prod. : The Social Network

    en DVD le 16 Février 2011

Entretien avec Aaron Sorkin Scénariste

Pourquoi avoir écrit ce film sous forme d’une série de récits contradictoires ?

Eh bien, parce qu’il y avait réellement des récits contradictoires, et plutôt que de n’en choisir qu’un seul en particulier et de décider qu’il était « le vrai », ou le plus intéressant, j’ai pensé que la chose la plus passionnante à faire était de tous les adapter à l’écran. Ces versions discordantes sont le sujet du film. Les récits qui ne font que relater les faits de façon linéaire sont plus adaptés au biopic conventionnel qu’à ce que j’avais envie d’écrire.

Quelles recherches avez-vous faites ?

J’ai fait le plus de recherches possible. J’ai eu une série d’entretiens en tête à tête avec de nombreuses personnes représentées dans le film – et également avec beaucoup d’autres présentes au commencement de Facebook. Je ne peux pas révéler mes sources, mais ces entretiens ont été longs et détaillés, ils étaient également fascinants parce que chacun de mes interlocuteurs avait sa propre perception des événements. Une grande partie du film relate des événements qui se sont déroulés entre deux personnes dans une pièce il y a sept ans de cela. Même aujourd’hui, ces deux personnes ne sont toujours pas d’accord sur ce qui s’est passé entre elles, et ce après les poursuites judiciaires, les dépositions et les décisions de justice – et j’ai fait tout mon possible pour dépeindre ces désaccords avec exactitude. Ce sont les désaccords qui conditionnent l’histoire.
Un homme ne va évidemment pas se conduire de la même manière au cours d’une procédure judiciaire, dans une chambre d’université, pendant une soirée de fête ou quand sa petite amie le quitte, c’est pour cela que les entretiens en tête à tête ont été d’une aide précieuse. Le blog que Mark tenait à l’université a également été précieux, tout comme le Harvard Crimson (le journal d’Harvard). Ben Mezrich a très généreusement partagé ses propres recherches avec moi. Je n’ai pas vu le livre avant que le scénario soit presque achevé parce que lui et moi écrivions au même moment, mais ses recherches m’ont été très utiles.
Mon objectif était d’en savoir suffisamment sur les faits, de maîtriser parfaitement cet éventail d’informations contradictoires afin de pouvoir parler de manière détaillée, spécifique et même anthropologique des personnes, des lieux et des événements – parce que l’ampleur émotionnelle de ce que ces gamins ont fait et qui a commencé dans l’appartement H33 de Kirkland House, est ce qui m’a attiré en premier lieu et que je voulais lui rendre justice.

Avez-vous réalisé immédiatement que la décision que vous preniez concernant la structure du récit allait élargir vos possibilités au niveau de l’écriture ?

Au début, j’étais un peu perdu parce que je me disais : « Mince alors, il n’y a pas deux personnes qui disent la même chose ! » Mais ensuite, je me suis rendu compte que c’était justement ça qui était génial, qu’il n’y ait pas deux versions identiques. C’était exactement comme cela que j’allais procéder. J’ai donc eu l’idée du système des dépositions parallèles. Non seulement les différentes versions de l’histoire pouvaient être présentées, mais je pouvais également mettre tout le monde dans la même pièce et avoir Mark assis face à ses accusateurs.

Après avoir trouvé ce procédé de construction pour guider l’intrigue, étiez-vous conscient d’avoir également trouvé la thématique du film ?

Non, et je trouve cela normal – le thème ne m’est apparu qu’au cours de l’écriture. Quand je commence à écrire, je ne pense pas immédiatement aux thèmes, mais plutôt à la direction générale du sujet – quelles sont les grandes lignes de l’intrigue, quel est l’objectif et quels sont les obstacles, d’où part-on, où veut-on arriver et que se passe-t-il entretemps ? Les thèmes se révèlent d’eux-mêmes au cours du processus et vous reprenez alors le scénario pour le peaufiner, faire ressortir ces thèmes afin qu’ils s’intègrent au film. Comme je pense l’avoir dit plus tôt, quand j’ai réalisé que la structure du scénario était, en elle-même, un moyen d’exposer les thèmes du film – à savoir que chacun de nous possède de multiples facettes – j’ai trouvé cela passionnant. Je me suis rendu compte que grâce à un procédé de construction – c'est-à-dire une façon pratique, technique de raconter l’histoire – j’avais également trouvé une manière d’aborder les thèmes clés du film et ses personnages. Mais c’est le procédé qui m’a captivé au départ – bien sûr les recherches que j’avais faites étaient particulièrement provocantes, mais pour être honnête l’ampleur du sujet ne m’est apparue que lorsque j’ai entamé l’écriture des scènes. Quand j’ai commencé à enchaîner les pages, il est assez rapidement devenu évident que cette construction du scénario rejoignait également les thèmes de l’intrigue.

Comment avez-vous abordé Mark ?

A chaque fois que j’écris le rôle d’un antagoniste, j’ai envie de le faire comme si le personnage plaidait sa cause devant Dieu et lui expliquait pourquoi il devrait avoir le droit d’aller au paradis. Personne n’est tout blanc ou tout noir et c’est aussi le cas de Mark. Mais il n’y avait qu’une seule personne sur Terre qui puisse faire ce qu’il a fait. Mark possède à la fois une vision sociale utopique et d’immenses facultés techniques couplées à de l’ingéniosité, et il est particulièrement déterminé à faire ce qu’il est sur le point de faire. Il a la vision et l’intelligence – mais des gens et des choses sont détruites en cours de route. Je voulais écrire sur l’échec de l’idéal utopique de Mark – l’idée que le succès règlera tous ses problèmes (alors bien sûr que ce n’est pas le cas) et qu’un réseau social nous permettra à tous de nous rapprocher quand c’est en réalité l’inverse qui s’est produit. Je trouvais les contradictions inhérentes au sujet passionnantes. J’ai trouvé fascinant que quelqu’un souffrant d’une incapacité à communiquer, à se sentir à l’aise en société, ait cette vision d’un réseau d’interactions sociales, une communauté dans laquelle les gens n’ont jamais besoin d’être dans la même pièce pour pouvoir échanger. Il y a également à mon sens quelque chose d’intensément dramatique dans le fait que Mark est non seulement un créateur, mais également un destructeur – et c’est un sujet fantastique sur lequel écrire puisque la plupart de nos grands créateurs sont aussi fondamentalement des destructeurs. Nos bâtisseurs visionnaires sont souvent les premiers à abattre ce qui les a précédés et ce qui se trouve sur leur chemin quand ils commencent à comprendre ce qui sera nécessaire à l’accomplissement de leur vision. Les exemples sont innombrables. C’est une image courante dans ce que les gens appellent « le caractère américain ». Mark est la forme que pourrait prendre au XXIe siècle un personnage de Fitzgerald ou de Dreiser.

La création et la destruction vont-elles généralement de pair ?

Ce que je peux vous assurer, c’est que la création et la destruction sont partie intégrante de la narration d’une histoire. Et pour que cela constitue une histoire, il faut que quelqu’un paie en quelque sorte la rançon du succès, ce qui est le cas de Mark. C’est pour cela que j’ai pu en faire le personnage central d’un film.L’autre aspect de la question, que j’espère que certains se poseront, c’est de savoir quelle est la part réelle de destruction dont il est responsable, et quelle est la part projetée sur Mark par les gens qui pensent avoir été détruits par lui. Je voulais laisser aux spectateurs la possibilité de se faire leur propre opinion. Je pense réellement cependant que malgré ce qui détruit leur relation, et malgré le rôle central de Mark dans la manière dont cela se produit, il tient à Eduardo. Il y a des passages dans le film qui le montrent clairement et que je trouve très importants – en particulier quand ils parlent du père d’Eduardo et quand Mark essaie de convaincre Eduardo de quitter New York et de venir à Palo Alto – mais je pense que ce dont Mark se rend également compte dans le film, c’est qu’Eduardo n’a pas les épaules pour le job, qu’il ne sera pas capable de tenir le coup face à ce que cette société est devenue en si peu de temps. Qu’Eduardo est un bon trésorier pour une petite structure créée dans une chambre d’étudiant, mais qu’il ne sera pas capable de dépasser cela. Et ensuite le très impressionnant Sean arrive avec des avocats tout aussi impressionnants et lui dit : « Hé Mark, c’est avant tout pour le bien de ton ami – est-ce que tu préfères qu’Eduardo ait 30 % de rien du tout, ou une fraction d’un pourcentage de quelque chose qui vaudra des milliards de dollars ? ». Ces personnages présentent les choses à Mark d’une telle façon que c’est un peu comme s’ils lui retiraient le couteau des mains au moment où il devait tuer Eduardo. Ils ont fait en sorte que Mark puisse se dire : « C’est ce qu’il y a de mieux à faire, pas seulement pour Eduardo mais aussi pour la société – la société est importante – et aussi pour le monde entier parce que Facebook va devenir important pour le monde. » Je pense que des gens intelligents ont facilité la décision de Mark. J’ai conçu ces trois personnages centraux de la manière suivante : Sean et Eduardo sont des figures parentales pour Mark. Dans la majorité du film, Eduardo est le guide moral de Mark : « Tu ne peux pas faire ceci, tu dois faire cela, l’idée des animaux de ferme était mauvaise, les Winklevoss sont sérieux. » Sean arrive, et c’est lui qui va se débarrasser d’Eduardo. C’est le gars qui veut faire une fête, mais qui s’assure d’abord que les parents de Mark sont partis avant de ramener l’alcool. En s’emparant du rôle de guide moral de Mark, Sean est en mesure d’orienter les choses dans la direction dans laquelle il a besoin qu’elles aillent. Ce film essaie – à chaque fois que c’est possible – de tourner le prisme et de vous montrer différentes facettes de l’histoire. Il suggère que Mark a pu orchestrer la chute de Sean tout comme il réfute totalement cette hypothèse.

Après quoi Mark court-il ?

La réinvention, la projection, l’invention d’un soi idéalisé – ces idées sont en grande partie ce que représente Facebook pour notre période culturelle actuelle, et en grande partie ce dont parle le film selon moi. Mark veut se réinventer. Pendant une bonne part du film, il veut se réinventer en Sean Parker, qui s’est lui-même réinventé. Sean était un pauvre type au lycée, et il s’est entièrement métamorphosé en un très bel homme à l’aise aussi bien en boîte de nuit que lors de réunions avec des hommes d’affaires tape-à-l’œil, et qui a du succès auprès des femmes. Mark veut être capable de se réinventer lui aussi, et quiconque utilise les réseaux sociaux ou Internet sait que l’on peut s’asseoir devant son écran et être quelqu’un d’autre que celui ou celle qu’on ne supporte pas au quotidien. Donc, si vous voyez un commentaire aussi simple que « Soirée filles hier. J’ai abusé des calamars ! Je ferais mieux d’aller au sport ce matin ! » – c’est une personne qui veut être Ally McBeal, qui utilise un dialogue du type série télé pour se faire passer pour la fille ordinaire, 100 % nana. Elles utilisent ce genre de langage. Ce qui attire vraiment les gens vers Internet – ce qui a attiré Mark – c’est l’anonymat relatif et la possibilité d’être quelqu’un d’autre. En tant qu’écrivain, j’aimerais que tout le monde pense que je suis aussi rapide et intelligent que mes personnages – ce n’est pas le cas – et donc ce n’est pas difficile pour moi de comprendre pourquoi les gens sont attirés par les réseaux sociaux. Ils veulent s’auto-remanier et gommer certains de leurs défauts avant d’appuyer sur la touche « Envoi ».

Le langage est une des principales manières dont vos personnages se positionnent et se projettent. Pouvez-vous nous en dire plus sur son utilisation dans ce film ?

J’envie les écrivains visuels qui sont capables de raconter des histoires à travers les images qu’ils décrivent, moi je n’y arrive pas. J’écris des personnages qui parlent dans une pièce. En fait, je pensais que cela allait être un vrai défi pour moi d’écrire ce scénario parce que les personnages du film sont beaucoup plus jeunes que ceux sur lesquels j’ai l’habitude d’écrire. J’ai pensé que je devrais écrire, littéralement, dans un langage différent, un langage de « jeunes », et après être resté bloqué puis avoir essayé de me lancer à plusieurs reprises sur la première page, je me suis dit : « Ça ne marchera pas ». Pour commencer, toutes les personnes de 19 ans ne parlent pas de la même manière et cela va être ridicule si j’essaie d’imiter le langage jeune et branché. Je me suis dit : « Je vais écrire comme je le fais d’habitude et je vais mettre le plus possible de moi-même dans ce travail. Je connais ce type, c’est une version de moi, et je ferai un bien meilleur scénario si je l’assume et que je le fais le plus proche possible de ce que je suis. » Des personnages différents ont une maîtrise différente du langage. Pour Mark, s’exprimer en public est un véritable défi parce que quelque part il sait qu’il ne s’en sort pas aussi bien qu’il le voudrait face aux autres, en particulier aux femmes – donc je l’ai toujours mis face à cette difficulté, à commencer par la première scène avec Erica. Mais le langage est aussi une arme dans le scénario, une arme que Mark utilise tout comme les avocats, les Winklevoss, Eduardo ou Sean. Le langage sous-tend toute l’histoire – l’analyse des informations, qui dit quoi à qui, la manière dont les personnages répondent aux questions posées pendant les interrogatoires avec des vérités partielles ou dissimulées. Tout est dans leur façon de parler.

Mark semble bien plus à l’aise à l’oral dans la salle des dépositions qu’il ne l’est dans la partie du film se déroulant à Harvard.

Oui, beaucoup plus. Cela nous semblait important à David et moi, parce qu’au moment de la déposition cinq ans se sont écoulés – nous voulions que Mark soit quelqu’un de plus fort, plus confiant, plus à l’aise, qui a traversé des épreuves difficiles pour arriver là où il en est aujourd’hui. Et il n’est pas près de se laisser reprendre tout cela. Il se trouve dans une pièce remplie de personnes terriblement intelligentes, mais il est le plus intelligent de tous. L’une des choses qui font de Mark le protagoniste, c’est que c’est dans la salle de déposition qu’il est l’opprimé. Il est malmené par une équipe d’avocats réputés payés pour le détruire, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de David Fincher ? Il y a dans ce film de nombreuses questions fondamentales concernant les thèmes et les personnages que David et vous ne voyez pas de la même manière. Est-ce gênant ?

Non, pas du tout. Il y a de nombreuses questions fondamentales que vous et la personne assise à côté de vous au cinéma n’allez pas voir de la même façon. David et moi étions d’accord sur ce à quoi devait ressembler chaque scène – nous étions en parfait accord sur le film que nous voulions faire – mais nous avions bien sûr des divergences de temps en temps quant à savoir qui avait raison et quelles étaient les motivations des personnages.

Une partie de cette tension est-elle palpable à l’écran ?
Je pense, oui. Je l’espère. Par exemple, je crois honnêtement qu’à la fin du film Mark a des remords – et David n’en est pas si sûr. Et je trouve ça formidable. J’adorerais que ce débat se retrouve chez les gens qui auront vu le film !

Selon vous, qu’est-ce que David a apporté au film ?

Alors là, je pourrais vous en parler pendant des heures. Tout d’abord, l’alliance scénario/réalisateur était inattendue. Comme je l’ai dit, j’écris sur des gens qui discutent dans une pièce, et David est un incomparable réalisateur visuel – vous ne penseriez donc pas immédiatement à lui pour l’un de mes scénarios. Mais David a intégré la totalité des dialogues dans le film, et il y a ajouté un style visuel obsédant qui le place bien au-dessus de ce qu’il aurait pu être si quelqu’un de moins talentueux l’avait réalisé. David est également parvenu à obtenir le meilleur de chaque acteur. J’ai particulièrement aimé qu’il fasse un grand nombre de prises. Il lui arrivait de prendre 70, 80 ou 90 prises pour faire oublier aux comédiens qu’ils jouaient, leur faire perdre la conscience du jeu et les amener à prononcer les dialogues de façon innée et complètement naturelle. Par exemple, pour la scène où Mark et Eduardo sont dans la maison de Palo Alto, quand Eduardo est sorti au beau milieu de la nuit pour aller à San Francisco et qu’ils se disputent, nous avons commencé à tourner vers 19 h 00, mais David n’a été satisfait que bien après minuit, quand Jesse et Andrew étaient si épuisés que soudain, la scène a surgi, vivante, fascinante. Il a également fait des choix remarquables. Dans le scénario, j’avais indiqué après la scène d’ouverture dans le bar avec Erica que nous regarderions Mark marcher en direction de sa chambre, passer devant d’autres personnes et d’autres élèves très animés et joyeux alors que lui est concentré et plongé dans son propre monde. J’avais proposé une chanson très rapide, bruyante et énergique pour l’accompagner quand il marche. David n’a pas seulement fait quelque chose de légèrement différent ici – il a pris un virage à 180°. La musique est très douce et presque intérieure. Trent Reznor utilise un titre très lent, un peu industriel ici, et on entend pour la première fois le début du thème musical de Mark. Il y a un son d’ambiance en arrière-plan, des bruits de pas, un peu de violon. Il décrit la solitude et l’aliénation, et c’est tellement mieux et plus original que tout ce que j’avais en tête. J’avais écrit « colère », et David y a ajouté une incroyable tristesse. Je pense que c’est en fait ce passage, au début, qui dit au public : « Ce n’est pas un film sur des étudiants comme on les faisait autrefois ». Ce n’est que l’une des très nombreuses choses extraordinaires que David a apportées au film.

Qu’en est-il de vous ? Quel aspect de vous-même avez-vous utilisé pour écrire ce scénario ?

On se fait tous traiter de « loser » en grandissant. Certains sont capables de se débarrasser de cette étiquette plus facilement que d’autres. Nous avons tous l’impression d’être exclus, de ne pas nous asseoir à la table des enfants populaires. Cette partie de moi a été assez facile à inclure dans le scénario. Un autre aspect de moi-même, un peu plus adulte celui-ci, concerne le fait que quand vous écrivez un film, un spectacle pour la télévision ou une pièce quelle qu’elle soit, vous pouvez vous attendre à ce que des gens surgissent de nulle part en clamant qu’ils l’ont écrit dix ans auparavant et que vous le leur avez volé. C’est détestable et très inconfortable d’y être confronté. Il était donc très facile pour moi de m’identifier à Mark sur ces points – je me suis déjà senti marginalisé à différentes étapes de ma vie, et j’ai également vu l’authenticité de mon travail remise en cause. Ce sont des expériences fréquentes – nous savons tous ce que c’est que d’être mis en doute et de devoir relever des défis – et elles me sont très utiles en tant qu’écrivain. Les deux ont certainement influencé ma manière d’aborder le scénario. Il y a également des choses plus profondes, que je n’aborderai pas ici.

Mais alors, est-ce la colère qui pousse Mark à agir ?

Je pense plutôt que c’est la solitude et un sentiment d’amour-propre. Ce garçon qui est allé à Exeter, qui est à Harvard, dont le Q.I. est à l’évidence hors norme et qui est manifestement compétent dans ce qu’il aime tant, ne se sent pas reconnu. Il est certain d’être un loser, que personne ne le comprend ni ne peut le comprendre, et le monde qu’il observe, qu’il utilise comme un miroir, lui reflète cela. Maintenant, dans le cas de Mark, cette notion d’amour-propre et de sa valeur méconnue s’est transformée en une véritable colère, particulièrement acérée. Mais la colère est son moteur, c’est une drogue.
Certains diront que les Winklevoss – qui vivent dans le monde fantasmé dont Mark veut faire partie – sont les méchants dans ce film et que Mark est un héros. Mais Mark pense également que ce monde est indigne de lui. Il a créé cette chose extraordinaire à partir de rien du tout et il l’a fait pendant que les gens ne cessaient de lui envoyer des piques, et dans un endroit où quelqu’un comme lui ne peut pas évoluer avec autant de facilité et d’aisance que des gens comme Tyler ou Cameron, ou même Sean.

Etes-vous d’accord avec cela ? Mark est-il un héros ?

Je dis que Mark est un antihéros qui devient un héros tragique à la fin du film parce qu’il paie le prix fort en cours de route. Je crois qu’il a d’énormes remords. Il a perdu son meilleur et peut-être son seul ami. Il est présenté au monde désormais – pas seulement dans ce film, mais dans chaque article que vous lisez sur lui, dans chaque interview de Diane Sawyer ou Leslie Stahl – comme quelqu’un qui n’est justement pas un héros. Comme un type profondément bizarre qui regarde bien trop loin dans le futur pour être dans l’instant présent. Cela m’a ému. Personne n’aime un milliardaire de 26 ans. Alors Mark en paie le prix. Il paie le fait d’avoir perdu son meilleur ami, et je pense qu’à la fin du film – particulièrement quand on le voit essayer de devenir l’ami d’Erica – il a des remords et il essaie, s’il le peut, de recoller les morceaux. Et, quelque part, même s’il n’en est pas conscient, il sait que ce n’est pas possible.

Parlons de la fin justement. Quand Erica dit que rien ne peut être effacé d’Internet, Mark est-il victime de cela ?

Absolument. Quand j’écrivais le scénario, j’avais hâte d’écrire la fin. Quand vous écrivez quelque chose – quand vous faites le premier jet – vous connaissez certains éléments mais vous en ignorez la plupart. Vous marchez dans le noir en espérant que quand vous y serez, vous saurez quoi écrire. Mais parfois, vous sentez qu’il y a à une cinquantaine de kilomètres plus loin un endroit très sympa où prendre des photos. Vous savez très exactement ce que vous allez écrire. J’ai toujours su qu’à la fin, dans une scène très calme, Mark serait rattrapé par le message sur les animaux de la ferme – cette chose qui avait eu lieu un mardi soir, quand il était saoul, en colère et blessé, et qu’avec ses amis, il n’a fait que suggérer la possibilité qu’il puisse faire cela. A ce moment arrive cette jeune avocate interprétée par Rashida Jones qui est ici la voix de la raison, qui se substitue au public, et qui dit : « Ecoute, peu importe les faits dans cette affaire, parce qu’un jury – composé d’humains – doit prendre une décision, et ils vont te regarder, ils vont entendre le témoignage sur les animaux, et ils vont dire : « Je me moque de savoir d’où ça vient, mais je veux que ce type fasse un chèque. Je veux qu’il soit puni. » Oui, Mark est rattrapé et puni par le fait qu’Internet est gravé dans le marbre – et c’est ce dont, en tant que scénariste, vous êtes si reconnaissant. C’est également fondamentalement lié à la nature d’Internet et à ce qu’il a engendré chez nous en tant qu’humains. C’est la chose même qui a attiré tout le monde vers Internet qui nous permet également d’être grossiers, méchants, racistes, en colère, stupides, amers – et tout ça sous couvert d’anonymat. C’est comme si vous étiez à un match des New York Giants et qu’une personne ivre criait quelque chose à un joueur, l’attaque personnelle la plus blessante, le truc le plus grossier, quelque chose qu’il n’oserait jamais lui dire en face une heure après s’il se retrouvait à côté de lui dans le parking. Mais on peut le hurler quand on est noyé dans la foule. De mon point de vue, c’est à cela qu’Internet ressemble. C’est une immense foule anonyme.

Est-il important que l’on aime Mark à ce moment-là ? Est-ce que cela fait partie du champ de bataille que décrit le personnage de Rashida ?

C’est une bataille, c’est sûr. On met même l’accent dessus à la fin, sur la sympathie, la popularité, l’attachement. Au cinéma, le mot « aimer » est généralement employé dans le sens où vous « aimez » George Clooney dans un film, vous « aimez » Spencer Tracy dans un film – à partir du moment où il apparaît on sait qu’on aime ce type, qu’on est avec lui. C’est plus difficile d’aimer Mark, et je veux que cela soit difficile. Cela ne peut pas constituer une histoire si on se moque qu’il vive ou qu’il meure – alors que je veux qu’il soit difficile d’aimer Mark, mais je veux aussi qu’on l’aime, même si on n’est pas sûr que l’on devrait.
Pour en revenir à Rashida à la fin du film, je pense que son personnage dit ce que je ressens : « Tu n’es pas un mauvais garçon, mais tu essaies de toutes tes forces d’en être un parce que tu penses que c’est ce que tu dois être pour pouvoir briser la vitre qui te sépare d’un monde que tu crois réel. » Par « un monde que tu crois réel », j’entends ceci : au début du film, on voit une fête où Mark ne se trouve pas, la fête du Phoenix. C’est une super fête où on aimerait tous pouvoir aller. Tout le monde s’amuse. Filles, mecs, drogue, sexe et rock’n’roll. La totale. On ne sait pas si la fête est réelle ou si elle n’existe que dans la tête de Mark comme l’endroit où il voudrait être quand il fait tout ça, mais je pense que – comme nous tous – Mark voudrait se sentir comme les autres, ou comme ce qu’ils ont l’air d’être. Mark veut être comme les gens qu’on voit dans les pubs Coca-Cola. C’est ce qu’il essaie d’atteindre.

Dans quelle mesure son âge a-t-il influencé son comportement ?

C’est une très bonne question. Je pense que son âge a joué un rôle pour deux raisons. Premièrement, 19 ans c’est l’âge auquel la reconnaissance sociale prend le plus d’importance à vos yeux. Mais il avait également 19 ans à une période où tout était possible avec Internet. J’ai récemment lu quelque chose qui m’a frappé : quand Neil Armstrong a marché sur la Lune en 1969, la moyenne d’âge des hommes au centre de contrôle de la mission était de 26 ans. Ce qui veut dire que quand Kennedy a annoncé que nous irions sur la Lune, ces types avaient 18 ans ! C’était une époque où tout était possible. C’était la même chose pour Mark d’avoir 19 ans en 2004. Avec Facebook, il s’agissait au départ de mettre la vie universitaire sur Internet. Ce devait être un truc d’université. C’est tout – il s’agissait d’un mec qui se sentait exclu, et qui voulait trouver un moyen non seulement d’être intégré, mais également d’être le leader. Comme je le lui fais dire, « comme un club sélect dont on serait le président. » Je pense avant tout que Mark voulait avoir un sentiment de pouvoir – il voulait devenir la super-version de lui-même, probablement sans réaliser qu’il pourrait bien avoir à payer cher pour ça. Je ne sais pas exactement ce à quoi pensait Mark quand il a créé Facebook – je ne suis pas dans sa tête – mais ce que je crois, malgré tous les gens préoccupés, et c’est légitime, par les questions de vie privée qui affirment que ses intentions étaient mauvaises, c’est qu’au moment de la création il ne pensait pas au phénomène mondial que Facebook allait devenir. Il pensait à quelque chose qui attirerait l’attention des étudiants d’Harvard. C’était tout. Et quand cela a effectivement attiré leur attention, le phénomène a continué à prendre de l’ampleur, et il a continué à utiliser sa brillante imagination. Mais au départ, sa première idée n’était pas de construire quelque chose qui, s’il était un pays, serait aujourd’hui le troisième le plus peuplé de la planète. Il ne pensait pas qu’il allait bâtir une société qui, en termes d’actifs, ferait la taille de General Motors. Il faisait juste quelque chose qui lui donnerait suffisamment d’influence sur le campus pour pouvoir intégrer un club sélect.

La vérité est-elle importante dans ce film ?

Bien sûr. Ici cependant la vérité est subjective. Les faits ne sont pas subjectifs, mais près des fontaines à eau, sur le parking, il y aura des gens qui diront : « Allez, arrête de dire n’importe quoi. Il a volé l’idée à Cameron et Tyler. Sans eux, Facebook n’existerait pas. C’est aussi simple que ça. » D’autres diront « Tu as perdu la tête. Premièrement, le truc de Cameron et Tyler n’était pas Facebook, c’était un site de rencontres. Deuxièmement, la preuve, c’est que Mark n’a pas utilisé une seule ligne de code de Cameron et Tyler. Il n’a pas utilisé un seul mot de leur roman pour écrire le sien. » Je peux facilement défendre les deux thèses, et j’ai adoré les développer dans le scénario. Mais la base qui m’a permis de le faire de manière crédible, ce sont les recherches. Sans cela, sans être ancré dans les faits, ce serait de la fiction – or ça n’en est pas.
Toutes les parties impliquées dans les deux contentieux sont entrées dans une pièce, ont juré sur la Bible de dire la vérité, et ont ensuite raconté trois histoires différentes. J’ai donc dû en quelque sorte rassembler toutes ces différentes versions que les participants garantissaient être exactes afin de pouvoir décrire une vérité plus large, ce qui fait la différence selon moi entre une intrigue et une histoire – non seulement comment tout cela est arrivé, mais aussi pourquoi.

Y-a-t-il des films dont vous vous soyez inspiré ?

A l’évidence, Rashomon d’Akira Kurosawa est une sorte de référence en la matière – une trame dans laquelle on ne nous dit jamais vraiment ce qui s’est réellement passé, et où la vérité est masquée par différents points de vue sur les événements précis de l’histoire.
Rashomon est bien sûr un modèle, et nous en avons souvent parlé avec David. EVE, de Joseph L. Mankiewicz, est aussi un très bon exemple – le scénario est brillant – mais vous voyez, petit j’adorais les histoires de procès, donc c’est un peu comme si j’avais ça dans le sang. La première chose que j’ai écrite était une histoire de procès. Dans un bon film de ce genre, vous avez différentes versions d’une même histoire, et vous changez constamment d’avis quant à savoir qui a raison. C’est une coïncidence, mais j’ai récemment regardé Douze Hommes En Colère, le film de Sidney Lumet, que je n’avais pas vu depuis longtemps, et je me suis dit : « C’est le film que nous venons juste de faire. Cinq hommes en colère. »
Au début de ce film, vous pensez que tout le monde dans la salle excepté Henry Fonda se dit : « Cette affaire va être vite réglée, ce gamin a poignardé son père. » Mais ensuite de petites choses commencent à être révélées – attendez une minute, le témoin n’avait pas ses lunettes, elle était de l’autre côté de la rue, il aurait pu se produire ceci ou cela. Ce n’est pas si évident que ça, et un par un, les jurés passent d’un vote de 11 contre 1 à 12-0 pour le verdict opposé.
Avec The Social Network, nous avons pris un ensemble de faits, et nous avons créé une vérité. En réalité, pour être plus précis, nous avons créé trois vérités. Il n’y a pas qu’une seule histoire vraie, il y en a trois entremêlées, imbriquées les unes dans les autres. Nous avons pris des faits qui ne sont pas sujets à caution et avons relié ces points pour dessiner une figure. Mais entre ces points, il y a a) le caractère et b), le fait que c’est à vous de décider où se trouve la vérité. Nous ne vous disons pas « voilà la seule et unique vérité », nous présentons un ensemble de vérités – trois en fait, toutes racontées sous serment par trois parties différentes, chacune ayant une menace de parjure au-dessus de la tête – à la recherche d’une vérité plus grande, c'est-à-dire la série de conditions à l’origine de toute cette affaire et qui a rendu tout cela possible.
Je pense que c’est une formidable question, un fantastique sujet de discussion, parce qu’on parle tellement de cette affaire, et parce que Facebook et Mark disent que ce film est une fiction. Mais je ne veux pas répondre à la question en disant : « Ma foi, qui peut réellement dire où est la vérité ? ». Parce qu’on peut dire où elle est. Il n’y a rien dans ce film que nous présentions comme un fait et qui n’en soit pas un. Les choses que nous affirmons être des faits sont des faits purs et simples.
Vous pouvez prendre n’importe quel exemple de grand film basé sur des faits réels – que ce soit Les Hommes Du Président, La Liste De Schindler, Révélations ou encore The Queen – vous y trouverez des éléments auxquels vous référer, un peu comme des bouées, c'est-à-dire des événements dont la véracité n’est pas remise en cause, et vous devez, en tant qu’écrivain, nager d’une bouée à l’autre. Peter Morgan n’avait aucune idée de la conversation qui a eu lieu entre la Reine et son mari – personne ne le sait, mais il a eu connaissance d’une série de faits qui se sont déroulés, et ensuite il a fait son travail d’écrivain. Je viens juste de lire un article du New York Times sur les mémoires de Tony Blair, dans lesquelles il décrit une conversation privée avec la Reine qui est quasiment identique à l’une des scènes du film. Dans les mémoires de Tony Blair, la Reine lui dit : « Vous êtes mon 10e Premier Ministre. Le premier était Winston Churchill. Vous n’étiez même pas né. » Et dans le film, la Reine dit à Blair : « Vous êtes mon 10e Premier Ministre, Monsieur Blair. Le premier était Winston Churchill. » Peter Morgan a écrit la scène du film en faisant appel à son imagination – il l’a inventée, c’est entièrement fictif – et pourtant Blair maintient qu’il n’a jamais vu le film. Ce qui est amusant, bien sûr, c’est qu’à l’époque Blair s’est donné beaucoup de mal pour dire que le film était une fiction.

Avez-vous entrepris d’écrire un film de ce genre ?

J’ai une immense admiration pour ces films, et je voulais vraiment que THE SOCIAL NETWORK s’inscrive dans leur lignée. C’était évidemment les références vers lesquelles je voulais tendre. Mais je n’ai vraiment réalisé l’ampleur de cette opportunité qu’une fois immergé dans le sujet – dans les recherches et l’écriture, quand j’ai découvert, au premier sens du terme, que c’était une occasion vraiment unique d’écrire une version hypermoderne du classique du cinéma américain. Cette histoire traitait de tous les thèmes américains sur lesquels je pouvais rêver d’écrire – la justice, le pouvoir, les classes sociales, l’argent, la cupidité, la solitude, la trahison, le châtiment, le rêve américain, le pardon. Et c’était ça pour moi, cette opportunité de charrier tous les thèmes du cinéma américain classique, mais dans un contexte très contemporain et authentique. L’histoire du film n’est ni plus ni moins qu’une version moderne d’un roman d’Horatio Alger racontant l’ascension sociale d’un personnage vivant dans la misère, sauf que notre personnage à nous est un jeune pirate informatique, et qu’il passe de pirate informatique à PDG. C’est ce gamin solitaire dans une chambre d’université qui possède un instinct anarchiste et toutes ces autres motivations que nous avons évoquées, et qui devient en très peu de temps un personnage très important dans le monde entier. Et c’est, par essence, le monde moderne – le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui même. C’est un sujet rêvé pour un auteur, et je ne suis pas sûr d’en avoir réellement pris conscience avant de m’être mis concrètement au travail.

Qu’est-ce que cela signifie d’être un pirate informatique, et qu’est-ce que cela implique pour le film de parler de l’un d’eux ?

J’aurais été bien incapable de dire quoi que ce soit concernant l’univers des pirates informatiques avant de commencer l’écriture de ce film mais – je peux le dire maintenant – il s’agit fondamentalement d’anarchie. Les hackers sont, par nature, des anarchistes. Cela veut dire qu’ils se moquent de l’ordre établi, qu’ils démolissent tout ce qu’ils croient être en travers de leur chemin. Prenons l’exemple de Facemash, créé par Mark au début du film. Facemash est issu d’un piratage informatique virtuose et flamboyant – dans le film, on voit que Mark est extrêmement doué là-dedans, mais c’est quand même un pirate, ne nous y trompons pas. Ce que je veux dire, c’est que Mark n’a pas l’impression de faire quoi que ce soit de mal. En d’autres termes, le credo du pirate informatique est le suivant : « Si je peux m’introduire dans l’ordinateur de ta banque et voler un million de dollars, alors je l’ai fait de manière légitime. J’ai vaincu ton système informatique. Nous jouions à un jeu, j’ai battu ton système informatique et j’ai gagné. » Ce qui est dans la même logique que de dire que si je peux trouver un moyen de m’introduire dans votre voiture, alors elle est à moi. Et contre qui Mark se révolte-t-il ? Contre les gens qui d’une manière ou d’une autre font du monde un endroit qui le rend malheureux.
Le jargon utilisé par ces hackers est étonnamment immature. Vous ne vous attendriez pas à cela venant de gens avec un Q.I. aussi élevé mais ça donne des choses du genre : « Ces gens sont idiots. » « Ces gens sont stupides. » « Ce système est tellement stupide. » Ce genre de vocabulaire transparaît dans les premiers commentaires de Mark sur son blog. Il nous fait le compte-rendu de son piratage au fur et à mesure. C’est un type de langage très immature – et ensuite il tombe sur cette idée de génie qu’est Facebook. Et sa voie est toute tracée.
Pour le reste d’entre nous, être créatif est très important mais nous avons également besoin de vivre, et cela veut dire que nous devons trouver un moyen de gagner de l’argent grâce à cela. Nous voulons vivre de ce que nous créons. Mark n’a jamais été intéressé par l’argent. La dernière chose dont il avait envie – et c’est un élément important de l’histoire – c’était de tuer Facebook en en faisant une marchandise. Par le tuer, j’entends rendre Facebook « pas cool » en gagnant de l’argent avec, en lui ôtant son côté anarchiste – bien qu’il soit très difficile de dire d’une société qui pèse 25 milliards de dollars qu’elle est anarchiste. Mais c’est cela qui fait de Mark un visionnaire – et c’est vraiment le sujet du film, le parcours d’un hacker qui devient PDG.

Donc en fin de compte, le message du film c’est qu’avoir l’idée – la vision – prime sur tout le reste ?

Je pense que c’est le contraire. A mon sens, la réalisation prime sur tout le reste. Les gens ont des idées, ou ce qu’ils pensent être des idées, tout le temps. Vous pouvez dire, par exemple, « Je vais écrire un film sur Facebook ». La différence se fait entre ceux qui le disent et ceux qui le font.

Notes de tournage...

23 septembre 2009 - Justin Timberlake accro à Facebook

L’idée peut sembler saugrenue, mais en tout cas le projet est bel et bien sur les rails : David Fincher, le réalisateur visionnaire de Seven, Fight Club ou plus récemment L'Étrange histoire de Benjamin Button va bien réaliser un film sur Facebook… Et le casting se précise : David Fincher vient d’engager Jesse Eisenberg, Andrew Garfield et le tombeur de ces dames Justin Timberlake pour interpréter les trois co-fondateurs du site internet.

L'histoire

Un soir bien arrosé d’octobre 2003, Mark Zuckerberg, un étudiant qui vient de se faire plaquer par sa petite amie, pirate le système informatique de l’université de Harvard pour créer un site, une base de données de toutes les filles du campus. Il affiche côte à côte deux photos et demande à l’utilisateur de voter pour la plus canon. Il baptise le site Facemash. Le succès est instantané : l’information se diffuse à la vitesse de l’éclair et le site devient viral, détruisant tout le système de Harvard et générant une controverse sur le campus à cause de sa misogynie. Mark est accusé d’avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. C’est pourtant à ce moment qu’est né ce qui deviendra Facebook.

Notes de Production

Chaque époque a ses visionnaires, ses génies, ceux dont on dit qu’il y a eu « avant » et « après » tant leur apport a changé le monde. Mais ces changements se produisent rarement sans entraîner de rudes batailles pour déterminer exactement ce qui s’est passé, qui était là et quel rôle précis a joué tel ou tel acteur du changement. Dans The Social Network, le réalisateur David Fincher et le scénariste Aaron Sorkin explorent l’épopée de la création de Facebook, le phénomène social le plus révolutionnaire du siècle nouveau, à travers les points de vue conflictuels des jeunes gens exceptionnellement intelligents qui prétendent chacun en être l’inventeur. Le résultat est un drame où s’affrontent création et destruction, un film qui s’abstient volontairement de donner une perspective unique, préférant suivre plusieurs trames narratives comme autant de miroirs des vérités antagonistes et des relations sociales constamment en évolution qui définissent notre époque. S’appuyant sur de multiples sources, le film passe des salles de Harvard aux box de bureaux de Palo Alto, capturant le frisson des tout premiers jours de la naissance d’un phénomène qui a changé radicalement la culture mondiale. Il montre aussi, à l’échelle humaine, comment cette aventure a réuni un groupe de jeunes esprits révolutionnaires avant de les séparer : Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg), le brillant étudiant de Harvard qui a conçu un site Internet qui a redéfini le tissu social du jour au lendemain;

L'épopée d'une invention planétaire

Jamais Aaron Sorkin n’avait dit « oui » aussi rapidement à un projet. Tout a commencé lorsque le scénariste, à qui l’on doit « A la Maison Blanche » et La Guerre Selon Charlie Wilson, a reçu la proposition initiale sous la forme d’un précis de 14 pages du livre de Ben Mezrich « The Accidental Billionaire » (paru en France sous le titre « La Revanche d’un solitaire – la véritable histoire du fondateur de Facebook » aux éditions Max Milo). Instantanément, ces quelques pages ont éveillé son désir de mener sa propre enquête sur l’histoire de Facebook. Il était fasciné par la trajectoire accélérée des personnages, surtout celui du cofondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, qui de hacker anarchiste, est devenu pratiquement du jour au lendemain un « web-entrepreneur » et un PDG qui a marqué son époque comme peu l’ont fait.

Le réalisateur

Pour porter à l’écran le scénario d’Aaron Sorkin, le réalisateur David Fincher s’est démarqué de ses films précédents. Le réalisateur puissamment visuel à qui l’on doit les univers aux atmosphères intenses de
L'Étrange Histoire De Benjamin Button , Zodiac, Seven et Fight club, dirige ici sa caméra plus intimement sur la nature humaine des protagonistes, des personnages réels de jeunes anarchistes qui se sont trouvés, puis se sont séparés en donnant naissance au phénomène Facebook. Au départ, David Fincher n’était pas certain d’être attiré par le sujet, mais lorsqu’il a lu le scénario, son opinion a radicalement changé. Il se souvient : « Scott Rudin et Amy Pascal ne cessaient de me dire qu’il fallait que je lise ce scénario, que c’était une histoire fascinante et un script brillant. Et quand je l’ai enfin lu, j’ai adoré parce que c’était avant tout une histoire humaine, et parce qu’on y décortique un mythe n’ayant que quelques années d’existence. Je trouvais cela très intrigant.

Les acteurs

David Fincher savait que rendre vivants ces moments à l’écran nécessitait de réunir des acteurs assortis avec soin, capables de collaborer et de se heurter de façon passionnante et révélatrice pour le public. « Nous avons cherché des acteurs capables de montrer les différents aspects des personnages et de rendre leurs relations complètement crédibles. Chacun devait occuper une place équivalente aux autres dans ce jeu de billard où les boules s’entrechoquent et rebondissent les unes sur les autres. Il fallait qu’ils soient très différents les uns des autres mais qu’ils fonctionnent bien ensemble. Je voulais montrer la dimension humaine de chacun, car je n’ai jamais vu Mark, Sean ou les Winklevoss comme des méchants. Je ne considère pas le manque d’imagination d’Eduardo comme quelque chose de mauvais. Je les regarde tous et je me dis que ce sont des jeunes, qu’ils vont commettre des erreurs, qu’ils font faire certaines choses pour de bonnes raisons, et qu’ils vont se détourner de ce qui est bien pour de mauvaises raisons. Le secret, c’était de trouver un groupe de gens volontaires pour expérimenter, sans savoir ce qu’ils allaient faire. Je voulais être capable de les pousser au-delà de leurs limites afin qu’ils dépassent l’idée préconçue qu’ils avaient d’eux-mêmes. »

Entretien avec David Fincher

Ce film, du moins en apparence, semble représenter une nouvelle direction pour vous en tant que cinéaste. Si l’on se réfère à vos précédents films, mettre en scène des personnages dont le premier moyen d’expression est la parole ne vous est pas familier. Avez-vous aimé cela ?