Histoire Du Quartier
Charlestown est un quartier de Boston qui occupe une place bien particulière dans l’Histoire américaine. Son site touristique le plus couru : le Monument de Bun- ker Hill, commémore une célèbre bataille de la Guerre d’Indépendance, mais c’est une autre guerre qui se livre aujourd’hui dans ce secteur de 1,6 km2 – une guerre sans fin qui, depuis des années, oppose flics et gangsters... Réalisé, co-écrit et interprété par
Ben Affleck, The
Town est ancré dans ce décor singulier.
Ben Affleck : «Le film fonctionne à deux niveaux. On peut le voir comme une histoire de braquage, mais aussi, et plus profondément, comme l’histoire d’un homme qui cherche à rompre avec son passé et à fuir une situation invivable. C’est ce dernier aspect qui m’intéressait le plus. The Town montre à quel point nous sommes façonnés par l’éducation que nos parents nous ont donnée, et quel lourd tribut nous leur payons parfois. C’est quelque chose qui résonne, me semble-t-il, chez nombre de gens, y compris ceux qui ne s’intéresseraient pas à la dimension criminelle de cette histoire.» The Town est basé sur le roman de Chuck Hogan «Prince of Thieves». Originaire du Massachusetts, Hogan choisit d’inscrire ce récit policier dans Charlestown parce que ce quartier détient le record mondial des braquages de banques et attaques de fourgons blindés au km2. Ce déluge d’agressions est très probablement lié à la présence d’une prison de haute sécurité qui fit de Charlestown une enclave criminogène durable.
Ben Affleck : «Lorsque des braqueurs échouaient dans cet établissement, leurs familles venaient s’installer dans le quartier. Sitôt libérés, les hommes retombaient dans un environnement hautement incitatif, qui les poussait à reprendre leurs activités criminelles, et ainsi de suite. Le livre et le film émettent l’hypothèse que l’art du braquage s’est ainsi transmis à Charlestown de père en fils.»
Jeremy Renner, qui tient le rôle de Jem, le complice et meilleur ami de Doug, ajoute : «Ces gens forment une
communauté étroitement unie observant une omertà sans faille. Chacun savait ce qui s’y passait, mais personne ne disait rien. Cela facilitait le boulot.» Publié en 2004, «Prince of Thieves» obtint le Prix Hammett de l’International Association of Crime Writers et attira l’attention du producteur
Graham King.
Graham King : «J’ai été séduit par sa saveur, par ces affrontements entre flics et gangsters. J’aimais aussi le non-dit, ces amitiés entre gars qui passent leurs soirées ensemble, qui travaillent en bande, quoi qu’on puisse penser par ailleurs de leur «spécialité». Lorsque Doug amoureux d’une de leurs otages, des problèmes imprévus surgissent et des choix difficiles s’imposent qui auront un impact sur chacun. C’est un mélange intéressant.»
Rebecca Hall interprète Claire, la femme dont s’éprend Doug
Rebecca Hall : «The Town est un vrai thriller, qui vous agrippe et vous offre tout ce qu’on souhaite en matière d’action. Mais c’est aussi une histoire romanesque qui vous réserve quelques surprises. Et c’est, surtout, magistralement raconté.»
Basil Iwanyk (Producteur) : «L’histoire opère à de multiples niveaux. Il y a, d’un côté, les relations de ces amis de toujours, issus du même quartier. Ces hommes me fascinent par leur énergie, leur assurance, leur insolence. Et puis, il y a cette histoire d’amour, si inattendue, qui m’a immédiatement captivé.» C’est sur cette dimension relationnelle que le scénariste
Peter Craig a mis l’accent.
Peter Craig : «Chacune de ces relations est complexe. L’histoire d’amour occupe en place centrale, mais Doug entretient également des rapports avec Jem, avec son père, avec la sœur de Jem et avec le reste de l’équipe. Tous ces éléments jouent un rôle vital dans l’intrigue. Le but était de préserver la densité de ces interactions et leur résonance.»
Graham King adressa à Affleck une des premières moutures du scénario après avoir vu sa première réalisation.
Graham King : «Ben avait fait un travail remarquable sur Gone Baby Gone, et nous avons été ravis qu’il s’intéresse d’emblée à ce sujet. Sans parler du fait qu’il est natif de Boston et connaît cette ville comme sa poche.
En dépit de leur familiarité avec la capitale du Massachusetts, Affleck et son coscénariste
Aaron Stockard
réalisèrent que Charlestown constituait vraiment un monde à part.
Aaron Stockard : «Ben et moi sommes de Cambridge, qui est tout proche, mais il nous restait quantité de choses à découvrir au sujet de Charlestown. Nous connaissions le quartier de réputation,
et pensions qu’il avait été grandement mythifié. Ce que nous prenions pour pure fabulation s’est révélé authentique, rendant l’histoire encore plus passionnante à nos yeux.»
Ben Affleck : «Nous nous sommes solidement documentés, nous avons visité les prisons locales, nous avons discuté avec d’anciens braqueurs et avec des agents du FBI dont nous nous sommes inspirés pour le personnage de l’Agent Frawley, interprété par
Jon Hamm. Nous avons incorporé ces données dans la trame de l’histoire pour l’enrichir et lui donner le maximum d’authenticité.»
Basil Iwanyk : «Ben s’est préparé à fond, tant pour l’interprétation que pour la réalisation. Il a prémédité chaque seconde du film et a eu la sagesse de s’entourer d’une équipe technique et artistique supérieurement douée dont il a écouté attentivement chaque proposition.» The Town a été tourné entièrement dans Boston et ses environs, notamment à Charlestown, dans le quartier Nord, à Cambridge et dans le vénérable Fenway Park, qui est le plus ancien stade de baseball de la Major League encore exploité.
Les Personnages
Nous découvrons Doug McRay et sa bande en planque devant une banque de Cambridge qu’ils s’apprêtent à braquer.
Ben Affleck : «Prisonnier de son passé, Doug continue de se livrer à cette activité qu’il sait lui être nocive. Il avait d’autres choix ; il aurait pu, par exemple, devenir hockeyeur profes- sionnel, mais il s’est détruit lui-même. Il est devenu accro et est retombé dans l’ornière encore plus profondément. Un peu plus clean, décidé à changer de vie, il reste victime des circonstances.»
Aaron Stockard : «C’est le paradoxe de cet homme. Doug est arrivé à un stade de sa vie où il réalise qu’il ne changera plus jamais s’il ne change pas maintenant. Ce n’est pas seulement la peur de la prison qui le motive, ni celle de se faire tuer. Non, ce qu’il veut plus que tout au monde, c’est devenir un autre homme.»
Ben Affleck : «Le milieu dans lequel il a grandi est partiellement responsable de cet état de choses. Sa mère est partie, son père était déjà un criminel endurci. Doug a suivi son exemple, à l’instar de ses propres amis d’enfance.
Cela ne l’excuse pas, mais cela permet de porter sur lui un jugement nuancé.»
Graham King : «Ben comprenait parfaitement l’itinéraire psychologique et affectif de Doug. Nous savions qu’il était le mieux placé pour jouer le rôle. J’ai été époustouflé par l’intensité de son jeu et la façon dont il évoquait chaque étape de l’évolution de son personnage.» Jem, le complice et ami le plus proche de Doug n’a en revanche aucun désir de changer de vie et de renoncer au crime.
Jeremy Renner : «Ces deux hommes sont unis comme des frères et dépendent étroitement l’un de l’autre depuis toujours. Voyant Doug prendre ses distances avec leur style de vie le seul qu’il ait connu jusqu’ici , Jem s’efforce de l’y ramener en arguant qu’ils ne seront jamais que des voleurs. C’est de là que part leur conflit.»
Ben Affleck : «Doug et Jem ont une relation complexe. Ils ont été les meilleurs amis du monde depuis leur plus tendre enfance, mais ils ont changé, et s’ils se rencontraient aujourd’hui, ils ne deviendraient pas amis. Mais le fait est qu’ils sont liés par tout un passé, une longue histoire commune, faite d’amitié et de loyauté, qui pèse maintenant terriblement à Doug. Jem est toujours sur le point d’exploser, et Doug est seul capable de le contenir.»
Jeremy Renner : «Jem est un électron libre. Sa propension à la violence constituait pour moi un challenge supplémentaire car il ne fallait pas se fixer sur ce seul trait de caractère. Au-delà de sa brutalité assez effrayante, ce type n’est pas dénué de cœur et d’humour. Il fallait montrer ces diverses facettes pour le faire exister pleinement.»
Basil Iwanyk : «Jeremy est une révélation. Il m’a permis de m’investir émotionnellement dans son personnage, d’être touché par lui bien plus que ne m’y attendais en lisant le script.»
Ben Affleck : «Jeremy a capté la dichotomie de cet homme qui se rend coupable «d’actes répréhensibles», mais qui n’en reste pas moins attachant. Il nous donne à voir pourquoi Jem est devenu ainsi. C’est un acteur prodigieux dont la gentillesse naturelle et l’humanité transparaissent à chaque scène du film.» Renner trouva en Affleck un allié doublement précieux, tant comme partenaire que comme réalisateur.
Jeremy Renner : «J’ai eu l’impression de travailler avec l’un de mes meilleurs amis. Ben m’a donné la force d’aller au bout des choix qui me semblaient appropriés, et il a été le premier à s’en réjouir lorsqu’ils fonctionnaient. Il a créé sur ce tournage une ambiance extraordinaire et a aidé chacun à se sentir à l’aise.»
La distance qui avait commencé de se creuser insidieusement entre Doug et Jem s’accroît de façon alarmante lors du braquage de la Merchant Bank de Cambridge, avec la prise en otage de la directrice de l’établissement, Claire Keesey. La bande relâche rapidement celle-ci, mais Jem découvre avec angoisse que Claire habite depuis peu Charlestown. Aurait-elle vu ou entendu quelque chose qui lui permettrait d’identifier le gang ? Jem veut tout de suite s’en assurer, mais Doug, sachant de quoi il est capable, annonce qu’il prend l’affaire en main.
Ben Affleck : «Pour apaiser les inquiétudes de chacun, il promet de «s’occuper» de Claire et commence à la filer. La rencontre fortuite qui s’ensuit va bouleverser le cours de sa vie.» Claire (
Rebecca Hall) ne soupçonne pas un instant l’implication de Doug dans le braquage et la prise d’otage, mais c’est cette agression traumatisante qui va paradoxalement les rapprocher l’un de l’autre.
Rebecca Hall : «Une relation qui se noue dans des circonstances extrêmes est toujours plus intense. Le fait que Claire rencontre Doug alors qu’elle en pleine crise de larmes et sur le point de craquer va entraîner une réaction immédiate. Claire a désespérément besoin de quelqu’un qui la soutienne, et c’est à cet instant précis que surgit ce parfait inconnu qui lui sourit et réussit à la faire rire. Dans d’autres circonstances, rien ne dit qu’elle sortirait avec lui, mais l’état de vulnérabilité où elle se trouve, Doug lui apparaît comme un sauveur.» Affleck ne choisit pas seulement
Rebecca Hall «parce qu’elle est belle et incroyablement douée, mais aussi parce qu’elle est authentique. Ce degré d’honnêteté, de normalité était très important dans un tel rôle. On n’a pas de peine à imaginer que Claire travaille dans cette banque, qu’elle vient de s’installer dans ce quartier et qu’elle aura le courage d’y rester même après cette agression.» À mesure que leur relation se noue, «Claire en vient
à représenter pour Doug l’espoir d’une autre vie, radicalement différente de celle qu’il mène depuis des années.»
Mais ce rêve d’une «autre vie» représente la pire des menaces pour la bande comme pour Krista, la sœur de
Jem, interprète par
Blake Lively.
Blake Lively : « Mère célibataire, elle a dû apprendre à se débrouiller par ses propres moyens, mais maintenant, elle ne désire qu’une chose : que Doug l’aime et qu’il l’arrache à ce quartier où elle a grandi entourée de malfrats.»
Blake Lively fut séduite par le mélange de dureté et de fragilité de Krista.
Blake Lively : «Elle a un fond de vulnérabilité, une face d’ombre, quelque chose de dur en même temps que de désespéré. Certains la jugeront peu recommandable, mais j’étais avide de la jouer pour aider le spectateur à sympathiser avec elle et à comprendre sa conduite.» «Blake a réussi un mélange parfait de pathos, de sensualité, de tristesse et d’agressivité», commente simplement Iwanyk.
Ben Affleck : «Lors de notre première rencontre, je lui ai dit quelque chose qu’on entend rarement à Hollywood, à savoir que nous recherchions une femme plus toute jeune et moyennement séduisante. Blake a été formidable. Elle a passé du temps avec les gens de Charlestown et s’est donné la peine de comprendre son personnage et les mesures extrêmes qu’elle prend pour sa survie.»
Blake Lively : «Krista est sa pire ennemie. Elle fera beaucoup de mal à Doug sans s’en percevoir à partir du moment où elle le verra prendre ses distances.» L’Agent spécial Frawley (
Jon Hamm) dirige l’équipe du FBI qui enquête sur les braquages de banques de Boston. Il ne se soucie guère des fondements sociaux de ces crimes et ne soupçonne pas plus que Krista les relations personnelles qu’entretiennent Doug et Claire. «Que Charlestown prédestine ou non ses résidents au crime ne l’intéresse pas», note Affleck. «Tout ce qu’il veut c’est
faire tomber cette bande.»
Jon Hamm : «Frawley est étranger à cette ville, mais il a une solide expérience de ce genre de criminels, et il est bien renseigné sur la pègre locale. La dernière série de braquages est particulièrement frustrante à ses yeux parce qu’il en connaît les auteurs, mais n’arrive pas à les coincer. Cela crée un rapport intéressant entre Doug et lui. L’antagonisme des bons et des méchants a toujours été un ingrédient essentiel dans la réussite d’un film de braquage, mais ici, la ligne de démarcation est beaucoup plus floue que d’habitude, et le spectateur peut sympathiser avec chaque camp.»
Ben Affleck : «Fan de Jon, je suis vraiment chanceux de l’avoir eu sur le film. Lorsque j’ai rencontré de vrais agents du FBI, j’ai senti émaner de leur personne une force intérieure et une intelligence que je retrouve dans le jeu de Jon. Jon possède une intelligence aiguë et une aura qui force le respect. Aucun acteur n’était plus apte à tenir ce rôle.» À l’inverse de Frawley, l’inspecteur Dino Ciampa est un pur «Townie» (natif de Boston), interprété par
Titus Welliver, qu’on avait déjà vu dirigé par Affleck dans Gone Baby Gone.
Titus Welliver : «Dino a grandi à Charlestown, mais a suivi une autre voie que Doug et Jem. Il est rejeté par ce groupe qui le considère comme un traître. Défié par la bande, il n’a rien de plus pressé que de la faire tomber.» Dino sait quel levier psychologique utiliser contre Doug : mentionner son père, Stephen McRay, criminel endurci détenu à la prison de haute sécurité de Walpole. C’est
Chris Cooper qui tient ce rôle dans la toute première scène jamais filmée au sein de cet établissement.
Ben Affleck : «J’avais tourné en compagnie de Chris juste avant The Town, et je sais qu’il habite dans le Massachusetts. Je l’ai donc appelé pour lui proposer ce rôle, et nous avons discuté au téléphone pendant près de quatre heures. Il s’est pleinement imprégné de nos personnages respectifs et de leurs relations. Le jour du tournage, mon père faisait une de ses rares visites sur le plateau. J’ai remarqué que Chris l’observait en douce. Il a demandé à porter les mêmes lunettes durant notre scène et a glissé deux ou trois autres trucs empruntés à mon père, qui m’ont réellement intimidé et mis encore plus dans l’ambiance. Chris est devenu le personnage, au point que les gardiens lui trouvaient l’air d’un taulard de longue durée ! Il nous a tous époustouflés.» L’équipe fut tout aussi impressionnée par un autre vétéran :
Pete Postlethwaite, qui interprète Fergie Colm, le fleuriste dont la boutique sert de façade à de multiples activités criminelles : blanchiment d’argent, etc.
Graham King : «L’homme n’est pas physiquement imposant, mais il a quelque chose d’inquiétant. Pete l’a investi d’une grande autorité. On sent, même quand il sourit, qu’on n’a pas intérêt à le contrarier !»
Ben Affleck : «
Chris Cooper et
Pete Postlethwaite confèrent une authenticité sans faille à ces rôles. Travailler avec de tels acteurs et a fortiori les diriger, vous rend humble.» La distribution réunit aussi un certain nombre
de natifs de Boston, qui apportent une touche supplémentaire de vérité. Le chanteur
Slaine, qui avait débuté dans Gone Baby Gone, joue Albert «Gloansy» Magloan, complice de Doug et Jem, et chante également la chanson «Run It».
Owen Burke, découvert à l’occasion d’un casting sauvage, est le quatrième membre du gang : Desmond Elden, alias Dez. Dennis McLaughlin fait sa première apparition à l’écran dans le rôle de Rusty, l’homme demain de Fergie.
Ben Affleck : «J’ai découvert ce colosse au cours des repérages, en train de regarder la télé, torse nu, dans son appartement. Il s’était fait tatouer sur un bras la carte du Massachusetts aux couleurs du drapeau irlandais et avec le code postal de Charlestown. Effet garanti ! On lui a fait passer une audition où il s’est révélé le choix idéal. Voilà un type qui a plongé, qui est sorti de prison et qui a travaillé dur pour rebondir.»Plusieurs natifs de Boston qui avaient eu maille à partir avec la justice furent recrutés pour jouer... des policiers face à de vrais policiers engagés comme figurants.
David Crockett (Producteur exécutif) :«Un grand nombre des gens que vous voyez dans ce film sont de Boston, et la majorité d’entre eux est issue de Charlestown. Au tournage, certains faisaient à Ben des suggestions en matière de jeu ou de dialogue, et il était toujours partant pour les essayer. L’authenticité est son objectif premier, et il sait que le public y est sensible.»
La Préparation
Les acteurs non originaires de Boston, comme Renner et Lively, durent assimiler l’accent local, et plus spécifiquement celui de Charlestown, qui demande un certain apprentissage. Ceux qui incarnaient des flics ou des gangsters se préparèrent aux séquences d’action sous la direction du chef accessoiriste/armurier Douglas Fox et du chef cascadeur Gary Hymes. Hamm eut quant à lui l’avantage de travailler avec le consultant FBI Thomas B. Devlin, natif de Charlestown qui a passé 24 ans au Bureau Fédéral, dont 8 en tant que superviseur du programme Antigang de Boston. La police, l’antenne locale du FBI et divers services de maintien de l’ordre de la région apportèrent leur concours au film.
Ben Affleck : «Le plus difficile a priori était de cerner la mentalité de la pègre de Charlestown, mais nous avons trouvé des gens prêts à rompre la loi du silence, quitte à terminer chaque conversation par «Ne dites à personne que je vous ai parlé !»
Basil Iwanyk : «Nous avons eu quelques consultants tout ce qu’il y a de plus «officieux», et non des moindres. Certains avaient très mauvaise réputation, mais ils se sont révélés doux comme des agneaux.»
Le Tournage
Le film ne pouvait être tourné qu’à Boston, tant la ville y est présente, à travers ses habitants, ses rues, ses
maisons. Les prises de vues débutèrent à Charlestown, le quartier qui donne son nom au film.
Basil Iwanyk : «The Town», comme on l’appelle là-bas, s’est transformé et civilisé ces dernières années. On y voit d’un côté de belles résidences entourées d’arbres magnifiques qui ont l’air de sortir d’un conte de fées, et de l’autre, à seulement quelques centaines de mètres, des cités.»
Sharon Seymour (Chef décoratrice) : «Ben et moi tenions à souligner ce contraste, propre à une société coupée en deux. Mais il y a encore un autre Charlestown, avec ses maisons de bois à deux étages où des familles habitent depuis des générations. Ces contrastes transparaissent dans la relation de Doug, l’homme issu du secteur ouvrier, et Claire, directrice de banque qui vient tout juste d’emménager dans un ravissant appartement proche du square.» Ces fractures sociales sont également perceptibles dans les habillements respectifs de Krista et Claire. «Les tenues de Krista sont hautes en couleur», explique la chef costumière
Susan Matheson. «Elle porte une ribambelle de bijoux : colliers, bagues, boucles d’oreille géantes, alors que Claire a adopté une ligne très dépouillée, non seulement au travail, mais dans le privé.» L’accessoire le plus percutant du film est sans conteste le masque «tête de mort» arboré par le gang dans la première scène.
Ben Affleck : «Durant notre visite au QG du FBI, notre attention fut attirée par une grande photo représentant un gars en tenue de jogging, le visage dissimulé sous un masque squelettique. L’image avait été captée par une caméra de surveillance au cours d’un hold-up. L’homme brandissait un fusil d’assaut, mais c’est le masque qu’on remarquait avant tout.» Et
Susan Matheson de confirmer : «C’était tellement frappant, tellement effrayant, que Ben et moi avons pensé que ce serait l’image idéale pour démarrer le film.» Après cette intro, filmée à la Cambridge Savings Bank, la bande attaque un fourgon blindé en plein jour, dans les rues du quartier Nord. Prenant en compte les racines catholiques de ces gangsters irlandais, Matheson et Affleck choisirent de les déguiser en nonnes... équipées de gilets pare-balles. La scène débouche sur une poursuite effrénée dans les rues étroites et sinueuses du vieux quartier. Affleck collabora avec Gary Hymes et le réalisateur deuxième équipe Alexander Wit au réglage de cette scène délicate impliquant plusieurs dizaines de véhicules. Pour placer le spectateur au cœur de l’action et lui faire vivre viscéralement les sensations des fuyards, Affleck et le chef opérateur
Robert Elswit fixèrent la caméra au châssis et utilisèrent des focales courtes, renforçant la proximité physique avec les personnages. La poursuite s’achève avec la fermeture du pont de Charlestown, mesure exceptionnelle que rendit possible l’esprit de coopération de la municipalité. Le prestige de
Ben Affleck ouvrit également à l’équipe les portes du terrain de baseball légendaire de Fenway Park où se déroulerait un affrontement armé de grande ampleur entre flics et gangsters. «Je suis un enragé de l’équipe des Red Sox», confie le réalisateur», et je n’aurais manqué pour rien au monde une telle occasion.» Et Affleck de conclure : «La réalisation de The Town m’a fait vivre quantité de belles expériences. J’ai spécialement apprécié de pouvoir travailler avec des gens aussi talentueux. Ce film est né des efforts conjoints de nombreuses personnes qui s’y sont investies et lui ont donné le meilleur d’eux-mêmes.»