Pourquoi cette attirance pour un tel personnage ?
J'ai aimé la sobriété du scénario et ce personnage, dessiné presque trop simplement, m'a interpellé. Ce scénario m'est d'ailleurs arrivé d'une étrange façon : j'étais en vacances, et un ami - investisseur - me l'a envoyé pour connaître mon opinion. Inutile de vous dire qu'on se méfie toujours de tels scénarios ! Mais, là, j'ai été totalement bluffé.
Comment se préparer pour un rôle si particulier ?
Comme pour tout rôle ! J'ai mené mes propres recherches et j'ai travaillé sur toute la documentation qu'avait réunie Nicole (Kassell) car elle avait beaucoup enquêté au fil des mois.
Walter parle peu, et c'est là toute la difficulté du rôle...
Il parle encore moins que dans le scénario original. Pendant les répétitions, nous avons décidé de supprimer une grande partie de ses dialogues. J'ai beaucoup insisté là-dessus.
Comment, justement, épurer le dialogue et nourrir le silence ?
Je pense qu'il est plus intéressant d'observer les réactions d'un personnage face au monde qui l'entoure ou de lire dans son regard. C'est toute la beauté du cinéma. Et toute la puissance de l'acteur ou du metteur en scène qui choisit cette voie. Je me méfie toujours de ces grandes scènes où le personnage explique à grand renfort de raisonnements « sa » motivation intérieure. Pour ce film, nous avons voulu privilégier le silence.
Nicole Kassell parle de la mélancolie du Sergent Lucas qu'interprète Mos Def. Est-ce votre vision aussi ?
Mos a fait un remarquable travail d'acteur. Nous n'avions pas pu répéter ensemble avant le tournage, il a donc librement choisi son interprétation, très surprenante ! Il est tout simplement génial. Les scènes entre vous et Hannah Pilkes [qui joue le rôle de Robin, la jeune fille] sont d'une rare puissance. Comment les avez-vous travaillées ? Nous avons très peu répété, mais c'était essentiel. Il fallait qu'Hannah se sente en sécurité avec moi, qu'elle différencie bien mon personnage de Kevin, l'acteur marié et père de famille. Lorsqu'on joue avec des enfants ou des adolescents, il est toujours important de les rassurer. Nous avons beaucoup travaillé nos scènes pendant le tournage luimême, et Robin a des instincts très sûrs.
Pourquoi avoir proposé Kyra Sedgwick, votre femme, pour le rôle de Vickie ?
Ce rôle exigeait une actrice belle, sexy mais pourtant crédible dans le milieu de l'aciérie. Au départ, par crainte d'une réaction négative du public ou par superstition (la fameuse théorie du couple maudit !), mes partenaires hésitaient. Mais franchement, ce rôle était fait pour Kyra.
Vous êtes mariés depuis 15 ans. N'était-ce pas difficile de jouer ce couple d'étrangers formé au hasard de la vie ?
Mais c'est ça, le cinéma ! Les acteurs ne sont que des illusionistes professionnels. Croyez-moi, c'est aussi dur de jouer au couple marié depuis 15 ans avec une totale inconnue.
Comment Nicole Kassell vous-a-elle dirigé ?
J'ai adoré tourner avec elle. Nicole est aussi intelligente que têtue, j'aime ça. C'est aussi une femme douce, à l'écoute des autres, une belle âme qui porte un regard passionné sur le cinéma et le monde. Je crois que nous avons trouvé un équilibre, ensemble, et nos désaccords étaient toujours fructueux.
La ville de Philadelphie a-t-elle participé au ton si particulier du film ?
Je suis né à Philadelphie où j'ai grandi avant de m'installer à New York, à 17 ans. J'étais très heureux d'y tournerce film, et je pense sincèrement qu'il en porte l'empreinte. Beaucoup d'acteurs et de techniciens étaient d'ailleurs originaires de la ville et c'était franchement très agréable pour tout le monde.
Quand avez-vous décidé d'être également le producteur exécutif du film ?
Dès que j'ai décidé d'incarner Walter ! J'ai pensé qu'ainsi, je serais plus impliqué dans toutes les décisions importantes, dont le choix des autres acteurs, bien sûr. THE WOODSMAN est un pari risqué à bien des niveaux, et je n'étais certainement pas guidé par le goût du profit. Je sentais simplement qu'il fallait être là, à 100%.
Quelle réaction attendez-vous des gens qui auront vu votre film ?
THE WOODMAN évoque un sujet rarement traité au cinéma. Les personnages qu'il montre sont généralement perçus comme des monstres et ce que je trouve effrayant là-dedans, c'est justement qu'ils n'ont rien de monstrueux. Ce sont des êtres de chair et de sang comme nous, ils ont des familles, ils vont à la messe, ils sont conseillers dans des colonies de vacances... C'est l'aspect le plus terrifiant pour moi. Si c'étaient de vrais monstres, il suffirait d'appeler un superhéros pour s'en débarrasser. C'est un problème profondément ancré dans notre société et notre film le dénonce avec un terrible réalisme. Sans jamais passer par la case Hollywood et sans offrir de grandes réponses, il montre des personnages dans la réalité de leur triste vécu.