« Comme Zola,
Upton Sinclair n’a rien d’un styliste extasié : il peint large, vite, puissant, il emporte le lecteur et l’incite à s’insurger : Sinclair n’aurait pas renié l’acception utilitaire de son travail. Pourtant
Oil ! / There Will Be Blood demeure un récit d’aventure. Tel Géant, livre qui fut lui aussi adapté au cinéma,
Oil ! / There Will Be Blood se veut le roman du pétrole. Le pétrole volontiers scélérat que Sinclair avait déjà affronté en manifestant contre les Rockfeller. On ne manquera pas d’être frappé, au long de toute la première partie du livre, par la toute puissance de J. Arnold Ross, magnat de la génération fondatrice de l’industrie pétrolière américaine, et de la soumission parfaite de son fils Bunny. Pourtant, le jeune homme s’affranchit de cette tutelle écrasante et finit par tracer son propre chemin, singulièrement différent de ce que dessinait l’exemple paternel. Sept cents pages d’idéalisme empreintes de toutes les composantes du roman d’éducation. On sent qu’
Upton Sinclair aspire à donner vie à la chimère de la littérature américaine de tout temps, le great American novel, le grand roman américain à l’échelle du pays-continent qui une fois pour toutes s’inscrira dans l’histoire littéraire. Un tel ouvrage doit constituer un ferment, ouvrir un chemin, voire une école, connaître le succès public, c’est essentiel. Eh bien, ces critères là,
Oil ! / There Will Be Blood les réunit tous. »
Extraits de la préface d’Olivier Barrot
À l’instar d’un Norman Mailer,
Upton Sinclair fut l’écrivain américain engagé de la première partie du XXe siècle capable, par la violence et l’aisance de sa plume, d’accompagner - voire de provoquer - les mutations de toute une société.
Upton Sinclair naît à Baltimore en 1878 et connaît une enfance pauvre et nomade. Il devient correspondant de guerre à Cuba. En 1909, Sinclair atteint une renommée internationale grâce au succès de « La Jungle» (réédité par Mémoire du Livre en 2003). Ce livre de « muckracker », de remueur de boue, brûlot dénonçant les horreurs de l’industrie agroalimentaire, suscite un tel engouement qu’il entraînera des réformes législatives dans le monde entier. Il multiplie les livres coup de poing sur les tares de la société américaine et publie en 1927 son chef-d’œuvre avec
« Oil !/There Will Be Blood» - réédité sous le titre
« Pétrole ! There Will Be Blood » - qui sera traduit en 29 langues ! Le livre est interdit à Boston pour outrage à la morale. Quatre-vingts ans plus tard,
« Pétrole ! There Will Be Blood» garde son impact romanesque et son potentiel subversif. Tout en poursuivant une prolifique carrière littéraire - il a publié près de 100 livres et a reçu le prix Pulitzer -,
Upton Sinclair se lance dans la politique. Il échoue de peu aux élections de 1934 au poste de gouverneur de Californie, campagne restée célèbre pour avoir été la première où furent utilisés les moyens modernes de communication comme le cinéma. Le cinéma lui doit d’ailleurs
Que Viva Mexico !: il fit venir aux États-Unis Sergueï Eisenstein et finança ce chef-d’œuvre inachevé qui engloutit presque toute sa fortune. Proche des milieux progressistes jusqu’à sa mort en 1968,
Upton Sinclair comptait parmi ses amis Charlie Chaplin, George Bernard Shaw, Jack London ou Albert Einstein, avec lequel il passait de longues heures à jouer du violon.
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