L’espace dans Thirst
La notion d'espace dans
Thirst est aussi singulière que le concept d'un vampire vivant de nos jours dans une ville coréenne... L'espace peut être qualifié tour à tour de "simple" – comme en témoigne l'espace de Sang-hyun – et de "complexe" – comme en atteste l'espace de Tae-ju.
Plusieurs scènes se déroulant après la transformation de Sang-hyun en vampire ont été tournées en intérieur : l'objectif était alors de créer une atmosphère claustrophobe et oppressante.
L'espace de Sang-hyun a été conçu de manière à refléter la vie morale et ascétique d'un prêtre, comme on peut le voir à travers le monastère et l'hôpital. Les murs blancs et nus, le plancher en bois et les rares meubles composent un décor très austère et créent un climat froid et rude. Les étroits couloirs sinueux de l'hôpital évoquent le conflit psychologique et la détresse d'un prêtre qui a renoncé à sa foi.
A l'inverse, l'espace de Tae-ju – l'atelier de la couturière – est un mélange détonant d'éléments culturellement hétérogènes. Le département Décoration a utilisé des papiers peints et des tissus qui s'inspirent des peintures fantasmagoriques du peintre symboliste français Odilon Redon pour créer une toile de fond. Dans la maison de style typiquement japonais, on trouve pêle-mêle des costumes coréens traditionnels, de la vodka, des médicaments à base de plantes, des disques de musique coréenne à l'eau de rose et des images de la Vierge Marie. Ces objets hétéroclites ont été choisis pour ôter toute identité nationale à la pièce.
Cet espace qui heurte le regard symbolise la frustration de Tae-ju et son désir de s'en échapper. C'est là que Sang-hyun laisse libre cours à son désir charnel. C'est aussi un espace fantastique qui provoque la mort et la renaissance.
Le maquillage et les costumes
La transformation des personnages se produit au même rythme que leurs changements émotionnels et se manifeste à travers les costumes et le maquillage.
Au départ, Sang-hyun porte des tenues aux couleurs atones, fabriquées en tissu souple, qui évoquent un simple et honnête prêtre catholique. Ses vêtements civils sont de simples chemises à col Mao ou des pulls à col roulé, ce qui lui permet de se fondre dans la foule.
Cependant, après sa transformation, il est beaucoup plus négligé et ses cheveux sont en bataille, loin de son style clérical. Ce changement physique est à mi-chemin entre le style débraillé du personnage de dur et celui de son ennemi en costume impeccable dans Old Boy.
Quant à Tae-ju, ses bouleversements émotionnels se traduisent par un changement de couleurs, qui passent de teintes neutres au bleu. Lorsqu'elle vit encore sous la coupe de sa belle-mère autoritaire et qu'elle doit subir son mollasson de mari, son teint est pâle, ses cheveux rebiquent et sont mal coiffés, et ses vêtements n'ont aucun éclat.
En revanche, après sa rencontre avec Sang-hyun, elle retrouve sa vitalité. Son visage rayonne. Elle porte des robes souvent bleues qui mettent en valeur la ravissante femme qu'elle est devenue. Alors que le fard à paupière rouge de Geum-ja évoquait la colère et la vengeance dans Lady Vengeance, le fond de teint couleur pêche de Tae-ju sublime la chair d'une femme amoureuse.
De la cantate de Bach aux chansons traditionnelles
La Cantate BWV 82 de Bach que Sang-hyun écoute sur sa chaîne et les chansons coréennes traditionnelles de Lee Nan-young et Nam In-soo qu'on entend chez Tae-ju ont été consciencieusement choisies par le réalisateur.
Les paroles de l'Aria de Bach, également connue sous le nom de "Ich habe genug", parlent de l'attente de l'éternité – "parce que le Christ a racheté nos péchés, nous pouvons accueillir la mort comme un repos éternel". L'Aria fait écho à ce que Sang-hyun ressent à ce moment-là. Elle incarne aussi le rationalisme propre à la culture occidentale.
À l’inverse, les chansons coréennes traditionnelles des années 40 de Lee Nan-young et Nam In-soo évoquent l'atmosphère oppressante dans laquelle vit Tae-ju. Ce sont les chansons préférées de sa belle-mère, mais elles contribuent à rendre la vie de la jeune femme terriblement ennuyeuse. La nostalgie excessive qui se dégage des paroles reflète les états d'âme des Coréens.
Ces paroles incarnent la tradition et la culture asiatique.
La Cantate BWV 82 de Bach est le thème musical qui a inspiré la bande originale du film. Les vieilles chansons de Lee Nan-young expriment de manière abstraite les sentiments complexes qui envahissent le cœur des amants, qu'il s'agisse de leurs regrets, de leurs désirs, de leur nostalgie ou de leur nihilisme.