Deux questions à Aruna Villiers, réalisatrice et adaptatrice
Comment est né le projet ?
Il y a quatre ans, j’ai découvert le roman de Louise L. Lambrichs, A ton image. Il abordait le clonage sous un angle concret, un cas particulier traité du point de vue de l’individu et non pas de celui de la science. Même si le livre se plaçait par rapport au père, ce que je n’ai pas conservé dans l’adaptation, il a eu le mérite de me sensibiliser encore un peu plus au sujet. Il l’a rendu tangible pour moi. Il n’était pas question de science-fiction, mais des conséquences réelles d’une situation qui devient chaque jour plus plausible.
Le sujet trouvait un écho d’autant plus fort en moi que je suis moi-même mère de jumeaux. Je fais chaque jour l’expérience de la recherche d’identité de deux personnes qui ont du mal à trouver leur propre personnalité.
Pour l’adaptation, j’ai préféré centrer le film sur la relation mère-fille, sur cette place d’elles-mêmes qu’elles n’arrivent pas à définir. L’homme jour le rôle de déclencheur, d’arbitre, de témoin. Il est un enjeu, aussi.
C’est un premier film, ce n’est pas un sujet simple. Quel est votre but en racontant cette histoire ?
C’est d’abord une histoire à laquelle je crois. La situation de cette famille offre un potentiel dramatique à la fois inédit et fort. Le film peut en partie être perçu comme un pur thriller, avec une situation qui échappe à tout contrôle et va bien au-delà de ce qui était imaginable, mais ce n’est pas tout. On y parle aussi des relations d’une famille à travers le prisme d’une situation que la science est en train de rendre possible. Le clonage a souvent été représenté comme un exploit ou comme une malédiction, mais au-delà de ces clichés, qu’en sera-t-il concrètement dans les relations de tous les jours ? A défaut d’apporter une réponse catégorique, j’ai voulu que les gens se posent la question.
J’espère que le public aura face à l’histoire la même réaction que moi. Alors que je ne me sentais pas plus concernée que cela par le clonage, je me suis trouvée impliquée par ce qui arrive à cette famille, à ce couple. D’un seul coup, le clonage n’est plus un vague tour de magie scientifique, il nous remet en cause, il nous pose des problèmes intimes. Ce sont les sentiments qu’inspire le sujet qui m’ont donné la force de ma jeter à l’eau, de commencer l’écriture seule, d’aller voir des gens alors que je n’avais fait que deux courts-métrages, et de les convaincre.