La production d’un film d’animation ressemble beaucoup à une formule chimique…
Préproduction
Scénario : « comment hiérarchiser l’imagination ! »
Un concept
A l’origine d’un film il y a toujours un concept, une idée. Pour
Lucky Luke : Tous à L'Ouest, tout est parti de l’envie de raconter l’épopée glorieuse des pionniers qui entreprenaient la traversée des USA. De là naturellement, est venue l’idée de s’inspirer de la BD " La Caravane " créée par Morris et Goscinny, puis au fur et à mesure des discussions autour du film,
Lucky Luke : Tous à L'Ouest s’est écarté de la BD pour devenir une nouvelle aventure de Lucky Luke.
Du concept au scénario
Du concept naît le synopsis, texte assez court (d’une demi-page à quelques feuilles) qui définit les grandes lignes de l’histoire. Le synopsis permet de se faire une idée globale du film, esquisse les évolutions des personnages, les retournements de situation, etc.
La deuxième étape consiste à étoffer le synopsis : « les idées sont mises en couches » et le film peut alors être découpé par séquence. Le séquencier décrit en détail le film, mais sans les dialogues.
Le séquencier est utilisé comme base pour le script/scénario. On écrit les dialogues et on précise l’action.
Design : « on connaît déjà le graphisme de Lucky Luke, mais… »
Parallèlement au travail d’écriture commence le développement graphique. Même si « la filiation graphique reste la même, c’est-à-dire Morris » (dixit
Olivier Jean-marie), un long métrage comme
Lucky Luke : Tous à L'Ouest nécessite un développement graphique important sur les designs de décors, des personnages, anciens et nouveaux, etc.
Ainsi, plusieurs groupes travaillent sur différents éléments du film : personnages, décors, props (objets/accessoires animés).
Story-board : « des feuilles, des cases, des indications techniques »
Le script est mis en images, les indications techniques et les mouvements de caméras sont précisés. Toutes ces étapes permettent de faire le story-board, « bande-dessinée du film ». Chaque plan est découpé en plusieurs vignettes dessinées, à côté desquelles on reporte le dialogue et la description de l’action.
Voix : « y’a pas que le physique »
En animation, c’est la voix qu’on caste, pas le physique. Le choix de la voix qui donnera vie au dessin est primordial ! Les acteurs sont enregistrés préalablement à l‘animation. Ainsi, le jeu du comédien, les intentions, le ton donnent des indications sur le personnage et la façon dont il sera animé.
Animatique : « le film version rough »
Le story-board est filmé, monté, les dialogues calés, les effets sonores placés, une version maquette de la musique posée : ce film version « rough » permet d’avoir une première idée de ce que le film donnera sur grand écran.
Cet animatique sera ensuite modifié et les plans du story-board remplacés tout au long de la production au fur et à mesure que les plans animés arrivent (plans de lay-out, puis animation rough, animation cleanée, etc.).
Production
Lay-out : « là où tout commence ! »
Chaque case du story-board passe ensuite au lay-out (traduction : mise en place technique) : le début du travail « grandeur nature ». Tous les éléments composant les plans sont décomposés par couches indépendantes… ainsi, les éléments « décors » vont au département BG (backgrounds), les personnages à l’animation, les véhicules à la 3D et les effets aux « effets spéciaux ».
Distribution :
• Décors : Du noir et blanc à la couleur
- L'encrage au pinceau, la particularité du film : « pour préserver le style Morris, chaque décor est encré au pinceau »
Les décors sont donc ici travaillés au pinceau, comme Morris le faisait, en noir et blanc.
Pourquoi utiliser cette technique ? Parce qu’elle permet d’identifier de manière graphique plutôt que de manière photo réaliste, la profondeur de champ.
- Mise en couleurs des décors et personnages
Les décors encrés sont scannés puis mis en couleur numériquement. Une importance toute particulière a été donnée à la lumière et à l’éclairage. Le directeur artistique est aussi le directeur de la photographie.
L'équipe des décors détermine également les couleurs des personnages car celles-ci peuvent varier selon les situations, les ambiances et les moments du jour ou de la nuit.
• 3D : « est-ce que tu pourrais me faire un trait, mais vu du dessus » Jean-Luc Savarino, superviseur 3D
Beaucoup d’éléments sont en 3D dans
Lucky Luke : Tous à L'Ouest notamment les «véhicules» - du chariot au wagonnet, de la mule au tramway – la 3D fait maintenant largement partie de l’outillage du petit réalisateur pas maladroit. Possibilité d’employer tous les outils à disposition pour une narration moderne, elle permet aussi la résolution technique de certains problèmes artistiques.
La 3D a permis, entre autres, de réaliser des courses poursuites ébouriffantes au cœur de New York ou dans les méandres d'une mine…
Si dans
Lucky Luke : Tous à L'Ouest la 3D ne ressemble pas à de la 3D, c'est qu’elle a pour objectif de s’intégrer parfaitement entre décors et personnages. Un rendu 2D et l'application de textures permettent d'obtenir ce style so « Lucky Luke ».
• Animation : « quand les personnages prennent vie »
Plusieurs animateurs vont animer le même personnage, des planches de modèles sont donc conçues lors du développement graphique. Ainsi, chaque animateur se réfère à celles-ci pour que tous dessinent le même personnage.
- les animateurs dessinent les poses clés de l’animation.
- les assistants animateurs et les intervallistes finalisent l’animation dans le détail.
L’animation des personnages est testée sur le line-test qui permet de visionner l’animation avant sa mise en couleur et les mouvements de caméra.
Compositing : «où les éléments épars du film sont enfin rassemblés … puis retravaillés !»
Enfin, tous les éléments sont assemblés dans l’ordinateur, couche par couche, image par image : décors, personnages animés, 3D, effets spéciaux, pour donner naissance au plan final. On peaufine, on affine les mouvements de caméras. La totalité de ces plans sont appelés « rushes »
Postproduction
Rushes et montage : « comme pour le cinéma live : »
Les rushes obtenus au compositing sont montés. C’est la dernière étape où le rythme du film peut encore être modifié.
Bande son : « c’est l’univers sonore du film… »
La bande-son comprend toute la partie sonore du film (dialogues+bruitage+musique). Elle est construite au fur et à mesure, au rythme de l’avancée des séquences.
Les bruitages sont réalisés par un bruiteur (surprise !). Il peut utiliser des bruits préenregistrés ou générés électroniquement, ou les créer en studio manuellement, avec toutes sortes d’accessoires…
La musique est très présente dans le film. Musiques d’époques telles que foxtrot, clin d’œil aux films muets de Mack Sennet mais aussi musiques de gens du voyage, fanfares, l’objectif étant de retranscrire l’ambiance « joyeux bazar » musical et multiculturel des pionniers qui composaient les caravanes à la conquête de l’ouest.
Le mixage : « l’étape finale, c’est le mixage »
Le mixage est fait sur le montage image final. Les voix et la bande-son sont intégrées, calées et équilibrées. Les derniers choix sont faits ici ! Quand on sait qu’un bruitage mal mis en valeur, un dialogue peu audible, une musique trop faible ou trop forte peuvent gâcher une séquence malgré les centaines de jours de travail qu’elle a nécessité auparavant, on comprend l’importance de cette dernière étape.
Le film est fini, prêt à être mis sur bobines !