Notes de Prod. : Tout Ira Bien

Entretien avec Robert Thalheim, réalisateur du film

Tout ira bien, objet de travail dans le cadre d’un projet de long-métrage, est réalisé lors de la troisième et dernière année d’étude et apparaît déjà comme un “vrai” premier film... Comment cela est-il arrivé ?
ÀKonrad Wolf (Académie du Film et de la Télévision de Potsdam), nous avons l’habitude de tourner en premier lieu des courts-métrages. C’est un “ticket d’entrée” pour pouvoir travailler plus tard en tant que réalisateur professionnel. Cependant nos professeurs nous disaient toujours : “Si vous voulez devenir réalisateur, vous devez tourner, tourner et tourner”. Ensuite, ils nous ont dit qu’ils nous laisseraient deux semaines, deux personnes, du matériel et que nous pourrions avoir un studio pour tourner un projet de long-métrage. Et une chose en a entraîné une autre. Pour la plupart de ceux de notre équipe, c’était le dernier film de la troisième année.

Apropos des acteurs et de leurs personnages, comment avez-vous réussi à tourner avec Milan Peschel ?
Milan Peschel est le meilleur acteur que je connaisse. Il possède une énergie et une intelligence incroyables. Il travaille spontanément avec le texte, comme s’il provenait directement de lui-même. C’était extrêmement important pour moi, car dans le film, le concept était de laisser une place importante à l’improvisation.
C’était très présomptueux de le solliciter, étant donné qu’il allait travailler sans être payé et qu’il n’y avait pas de scénario existant au moment du casting. J’ai été totalement surpris quand il a tout simplement accepté. Cependant il voulait absolument tenir le rôle d’un perdant.

Et vous avez réalisé son souhait. Milan Peschel joue Marcel Werner, un chômeur, rêvant d’être garde du corps.
Oui, j’ai écrit le scénario pour lui en trois mois. Mais ce personnage de Marcel Werner traînait dans ma tête depuis déjà pas mal de temps. Il représente ces perdants de la quarantaine, fruits de l’ex-RDA, qui n’arrivent à pas à s’intégrer au monde occidental, et que vous pouvez trouver dans chaque “Imbiss” (snack-bar) du pays. Ces gens-là se retrouvent en marge de la société. Je connais plusieurs tristes histoires de ce genre. Je crois que pour la plupart d’entre eux, les “Imbiss” sont leur dernier salut. Les patrons de ces “Imbiss” sont en fait des psychothérapeutes de l’“Après-Mur”. Le fils de Marcel Werner, Sebastian, est né en 1989. Il n’a pas les mêmes problèmes que son père. En fait c’est quasiment l’inverse.
Au départ, le fils ne devait pas jouer un si grand rôle ; il n’était là que pour venir voir son père. Mais après, je me suis rendu compte qu’il y avait un potentiel important à exploiter pour le film sur la relation père-fils et que cela peut en dire beaucoup plus sur l’état de notre société. J’ai donc adapté le scénario. Je connaissais déjà Sebastian Butz car il a joué dans la pièce de théâtre WILD BOYS que je mettais en scène au théâtre Maxim Gorki. Comme le fils de Marcel Werner, il a parfaitement conscience du monde qui l’entoure. Il connaît les règles du jeu. Mais bien sûr, il veut quand même un père qui sait où il en est et à qui il peut faire face
sans honte.

Toujours ce sérieux conflit. ! Pourtant, le film n’est pas marqué par ce sentiment de frustration, et en plus, il est drôle.
Pour moi c’était également important. Bien évidemment nous sommes face à une réalité très dure, amère, où il n’y a quasiment pas de quoi rire. Mais je crois que cela révèle le point de vue d’un inactif. Marcel a plein d’idées et de rêves. Il lui a sans doute manqué un événement insignifiant qui aurait rendu sa vie totalement différente. Les retrouvailles avec son fils et même les conflits avec celui-ci lui permettent de révéler à nouveau son côté jovial. Ala fin du film on aperçoit une lueur briller à nouveau en lui.

A propos du tournage, comment se déroulait une journée de tournage type ?
Nous avons développé très rapidement notre propre méthode de travail. Grâce à une petite équipe et la technologie de la caméra DV, nous avons eu le temps de nous concentrer pleinement sur le jeu des acteurs. J’ai fait tout mon possible pour éviter des situations comme : “tu vas de là à là, puis tu tournes autour de la lumière et prononces ta phrase avec cet accent.” Parfois nous jouions une scène tout entière sans aucune répétition. La caméra était par elle-même l’observateur. J’ai rédigé précisément à l’avance les grandes
lignes, comme par exemple les dialogues entre le père et le fils. Mais parfois pour certaines scènes, il y avait juste écrit dans le scénario : “Sebastian explique à son père “Warhammer”. (jeu de rôle, NDLR)” Quand la caméra ne filmait pas, je donnais des conseils ou des idées que Milan et Sebastian pouvaient utiliser et continuer à travailler.

A propos des conditions de production : Ainsi, les restrictions liées à un budget aussi virtuel et le fait de n’avoir que 17 jours de tournage vous ont-ils aussi aidé ?
Oui. Les restrictions nous ont forcé à faire avec les moyens du bord. Cela nous a donné des moments très particuliers, la scène du grenier par exemple. C’était une idée spontanée qui a fait de la scène ce qu’elle est à présent. Ainsi, le film tout entier tient autour de la même énergie. Nous avons travaillé dur, précisément pour donner cette impression de spontanéité préservée. Ensuite, au montage, il a fallu décider par où commencer avec les 50 heures de rushs : Faut-il abandonner des scènes, alors qu’elles contiennent des moments où le jeu des acteurs est bon ? Un tram doit-il passer devant la scène ? Où doit-on jouer du violon en musique de fond ? Mon objectif pour le film a toujours été d’avoir ce côté direct, instantané, afin que le spectateur puisse le ressentir.

A propos de la musique : La musique de Peter Tschernig joue un grand rôle dans votre film. Etes-vous un fan de musique country ?
J’aime les chansons de Johnny Cash, elles sont simples et vraies. J’ai cherché pour mon film ce genre de musique, mais en allemand. Je pensais que cet “Imbisshocker” (pilier de bar) avait besoin que l’on croie en lui. Le directeur de production, Matthias Miegel, était DJ à Berlin Est, et m’a recommandé la musique de Peter Tschernig. Quand j’ai écouté les enregistrements de Tschernig, la première chanson était "Mein Bester Kumpelistund Bleibtmein Vater" (Mon meilleur pote est et reste mon père). Alors, évidemment, tout s’est éclairé ! Par la suite, c’était important pour moi d’utiliser les chansons comme un fil conducteur du film. Cette musique, c’est le monde dans lequel Marcel est né et auquel il est attaché.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 3 581 entrées
  • Cumul IDF : 4 943 entrées

  • 1ère semaine France : 5 913 entrées
  • Cumul France : 8 238 entrées